Image tirée de la vidéo postée par Nawaf el-Farès et dans laquelle il annonce sa défection. YouTube/al-Jazira/Reuters
La Syrie a pour sa part pris acte hier de la défection de son diplomate. « Le ministère syrien des Affaires étrangères déclare que Nawaf el-Farès a été relevé de ses fonctions et n’a plus aucun lien avec notre ambassade à Bagdad ou le ministère. L’ambassade en Irak continuera de fonctionner normalement », peut-on lire dans un communiqué. Par ailleurs, les autorités syriennes ont menacé de le traduire en justice pour ses propos. « Nawaf el-Farès a fait (mercredi) des déclarations aux médias en contradiction avec son devoir qui consiste à défendre les positions et la cause de son pays. Il doit pour cela être poursuivi par la justice et être traduit devant le conseil disciplinaire », ajoute le communiqué. En outre, ajoute le ministère, « il a quitté son poste à l’ambassade syrienne à Bagdad sans autorisation préalable du ministère des Affaires étrangères ».
Côté Maison-Blanche, le porte-parole a estimé hier que la défection de Farès représentait un « nouveau signe de désespoir » du régime syrien, ajoutant qu’elle montrait que « l’entourage d’Assad commence à reconsidérer ses chances de rester au pouvoir ».
Farès, qui était étroitement lié à l’appareil de sécurité syrien, est le premier diplomate de haut rang à faire défection. Dans une vidéo diffusée sur le réseau social Facebook ainsi que sur la chaîne al-Jazira, il déclare « rejoindre les rangs de la révolution » et appelle les membres de l’armée à « tourner leurs armes » contre les « criminels » au pouvoir à Damas.
Nawaf el-Farès a été nommé ambassadeur à Bagdad en 2008. Sa mission était de renouer des liens bilatéraux rompus depuis 30 ans.
Appartenant à la grande tribu sunnite des Ouqaydate, alliée de longue date de la minorité alaouite dont Assad est issu, et implantée notamment à Deir ez-Zor, dans l’est du pays, Nawaf Farès a commencé comme policier avant de travailler avec les redoutables services de renseignements, puis de devenir l’un des chefs du parti Baas, gouverneur et enfin diplomate.
Ce parcours suscite la méfiance des militants. « Je sais que cet homme est un criminel », a ainsi affirmé le président de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane. « C’est assez similaire à l’histoire de Manaf Tlass (...), les services de renseignements occidentaux cherchent à sélectionner des personnalités qui pourront être utilisées pour la période transitoire », a-t-il estimé. Une opinion partagée par un militant de Hama se présentant sous le nom d’Abou Ghazi : « Les gens sont très méfiants sur les motivations qui l’ont poussé à déserter. Peut-être que (...) la communauté internationale et le régime cherchent à mettre sur pied un gouvernement consensuel et cette défection s’inscrit dans ce scénario. » « Mais, ajoute-t-il, nous voulons vivre dans une démocratie et dans un État de droit et vous ne pouvez pas les construire avec des gens qui ont tant de sang sur les mains. »
(Source : agences)

