À Syrte, une affiche électorale a été déchirée. Mohammad Abed/AFP
« Je veux voter, mais je ne sais même pas comment on fait. On nous parle de démocratie mais personne ne nous explique ce que c’est. En plus, on ne connaît pas les candidats, ils ne passent pas à la télé ». Comme beaucoup de Libyens, Mohammad, commerçant de Souk Jemaa, quartier de Tripoli, est dans le flou. Plus de 4 000 candidats sont en lice pour briguer les 200 sièges de ce Parlement qui remplacera le Conseil national de transition (CNT), au pouvoir depuis la chute de Mouammar Kadhafi, mort en octobre dernier. Cent-vingt sièges sont destinés aux 2 500 candidats indépendants et 80 à ceux issus des partis politiques. Mais pour ce père de famille, la situation sécuritaire est la principale préoccupation : « Tout le monde est armé, cela ne va pas. »
Alors que dans la capitale, les checkpoints se font de plus en plus rares, nombreux sont les Libyens à s’inquiéter de la situation sécuritaire du pays. « Le CNT est incapable de désarmer les révolutionnaires », fustige Mustapha.
« Pour désarmer les révolutionnaires, il faut d’abord être sûr de l’avenir du pays. À l’heure actuelle, nous n’avons rien d’autre. Pas de police, pas d’armée. Les révolutionnaires ont le plus de légitimité », estime Othman Ben Sassi, directeur administratif du CNT, dont l’institution est en perte de légitimité. Pour faire face au défi sécuritaire, plusieurs katibas ont été intégrées au sein des ministères de la Défense et de l’Intérieur pour assurer la sécurité des villes et du territoire, comme à Koufra, dans le sud du pays.
Boycottage
Dans cette ville de 40 000 habitants située aux confins du désert libyen, les combats entre les toubous, communauté noire libyenne marginalisée sous Kadhafi, et les zwaï auraient fait près de 50 morts fin juin. En février, une centaine de personnes auraient été tuées lors d’affrontements similaires qui, selon les chiffres de l’ONU, ont poussé la moitié de la population de Koufra à fuir. À Sebha, à l’ouest du pays, des combats ont eu lieu en mars dernier entre des membres de la tribu Oualed Slimane et des toubous. Mi-juin, c’est Zintan qui était au centre de l’actualité. Cette tribu s’est opposée aux machachias de Chguiga, accusés d’avoir soutenu Mouammar Kadhafi pendant la révolution. Bilan : 105 morts. « À chaque fois que les élections approchent, il y a des problèmes avec les anciens de Kadhafi. Le gouvernement ne fait rien. Nous sommes obligés d’aller au combat pour nous protéger et protéger la révolution », se défend Mokhtar el-Akhdar, le chef de la brigade de Zintan qui détient notamment Seif el-Islam, le fils de Mouammar Kadhafi. Cet ancien guide touristique espère que les élections apporteront de la stabilité.
Mais la tension est montée d’un cran le 5 juillet. Les toubous ont appelé au boycottage des élections. Près de 1 000 d’entre eux, sur les 7 000 inscrits, ont été récemment radiés des listes électorales. De leur côté, les zwaï dénoncent le manque d’engagement du gouvernement dans le conflit à Koufra et bloquent, depuis le 5 juillet, la production de pétrole de plusieurs villes de l’est du pays, en Cyrénaïque.
Contre l’Ouest
Dans cette région marginalisée sous Kadhafi, un groupe de fédéralistes, difficiles à quantifier, appelle au boycott des élections depuis plusieurs semaines. Dimanche 1er juillet, ils ont saccagé le local de la commission électorale à Benghazi. Le 4 juillet, un feu a détruit le matériel électoral dans la ville de Ajdabiya, menaçant le bon déroulement de l’élection dans cette localité.
Les fédéralistes demandent une nouvelle répartition régionale des sièges au sein du Congrès national. Selon la loi électorale, 100 sièges sont destinés à la région tripolitaine, 60 à la Cyrénaïque (Est) à laquelle appartient Benghazi et 40 au Fezzan (Sud). « Nous sommes contre le système des élections parce que l’Ouest va dominer nos ressources », fustige Assem, un fédéraliste. Ils demandent un retour au système fédéral en vigueur sous le roi Idriss el-Senoussi de 1951 à 1963, période où la Cyrénaïque, qui possède plus de 80 % des ressources pétrolières, dominait politiquement et économiquement le pays.
Pour essayer de calmer les tensions, le CNT a annoncé le 5 juillet que la Commission des 60 membres, répartie équitablement entre les trois régions, sera élue par le peuple et non plus nommée par le Congrès. « Ce n’est pas suffisant. Le Congrès est celui qui est capable de valider des lois et de changer cette nouvelle règle, tout comme la Constitution. Je pense qu’il n’y aura pas d’élection » le 7 juillet, menace Juma Sati, un membre du bloc national des fédéralistes.
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04 h 42, le 08 juillet 2012