L’aide est cruciale pour sauver les blessés, car ceux admis dans les hôpitaux publics sont inévitablement arrêtés. Ricardo Garcia Vilanova/AFP
Il faut ainsi marcher plus d’une heure le long des routes accidentées entre la Turquie et la Syrie pour traverser la frontière, où les paquets sont remis à d’autres membres du réseau, qui les acheminent en voiture là où la population en a besoin. Mais cette aide est cruciale pour sauver les blessés, car ceux admis dans les hôpitaux publics sont inévitablement arrêtés, selon les opposants. Mais le voyage est risqué pour les volontaires qui peuvent être interpellés ou abattus par les troupes syriennes. « Pour les autorités syriennes, le transport de médicaments équivaut au trafic d’armes », affirme Khaled Moustapha, un militant d’un comité chargé d’assister les réfugiés syriens au Liban. Alors que les autorités turques facilitent l’aide médicale, l’opération est beaucoup plus difficile depuis le Liban, où le gouvernement ne souhaite pas prendre ouvertement position dans la crise syrienne. Les dons sont recueillis auprès de sympathisants et les médicaments sont achetés dans les pharmacies sur le territoire libanais, selon M. Moustapha. Leur introduction en Syrie peut prendre d’un jour à une semaine en fonction de la vigilance des autorités syriennes le long de la frontière. « Des livraisons ont été confisquées et de nombreux volontaires arrêtés ou blessés » par les autorités syriennes, ajoute-t-il. Quant aux Syriens de l’étranger, ils s’activent pour aider leurs compatriotes, certains versant une partie de leur salaire pour contribuer à soigner les victimes de la répression.
Cependant, malgré cette aide, la Syrie souffre d’une « très grande » pénurie de produits médicaux, indique Anas al-Nouaïmi, un des fondateurs de la campagne al-Khair d’aide aux réfugiés. « Vous pouvez à peine introduire quatre à cinq caisses par jour, ce qui n’est rien », relève-t-il. « À ce jour, aucune aide médicale humanitaire n’a pu être adéquatement fournie à ceux qui en ont besoin en Syrie », confirme Antoine Foucher, chef de la mission de Médecins sans frontières (MSF) en Jordanie.
Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires estime que jusqu’à 1,5 million de Syriens ont besoin d’aide. Près de six mois après la révolte, déclenchée en mars 2011, des médecins ont commencé à établir des hôpitaux de campagne sur le terrain pour soigner les victimes. Mais « les autorités ont brûlé un hôpital de campagne que nous avions créé », assure l’un de ces médecins, une femme qui préfère taire sa véritable identité et se présente comme Rama el-Hallak. Elles ont également dérobé le matériel médical et les stocks de médicaments dans deux cliniques, et arrêté le personnel, raconte-t-elle, en précisant que l’aide étrangère comprend des anesthésiques que seuls les hôpitaux publics sont autorisés à posséder et des substituts sanguins, les transfusions sanguines normales étant difficiles à réaliser en toute sécurité dans des hôpitaux de campagne.
Amnesty International a annoncé la semaine dernière que trois médecins syriens avaient été torturés et tués, une semaine après leur arrestation. Un médecin d’un hôpital public en Syrie, qui a fui le pays, a déclaré que « les forces de sécurité, armées, avaient l’habitude d’entrer dans les salles d’opération. Une fois, elles nous ont arraché des mains un blessé » en pleine opération. Selon Mme Hallak, « de nombreux médecins arrêtés pour avoir assisté des blessés sont toujours en détention ». Ils seraient 200 selon l’opposition. « C’est le prix à payer pour le personnel médical qui a choisi d’aider les blessés à l’intérieur de la Syrie », constate M. Foucher.
(Source : AFP)

