Le climat paisible qui a prévalu pendant les discours politiques était annonciateur d’une détente dans le vote des projets de loi. C’est ainsi que la séance d’hier a permis de mettre un terme à un conflit qui a duré pendant des mois et qui a pratiquement paralysé l’État en bloquant les dépenses publiques. L’affaire ayant atteint un point menaçant pour l’ensemble des parties, il a donc fallu trouver un compromis. C’est donc ce qui a été fait après d’ultimes concertations, après la séance de la matinée et avant celle de l’après-midi. Le moment étant important et attendu par les Libanais, le Parlement a pratiquement affiché full avec la présence d’un grand nombre de députés dont le général Michel Aoun qui n’était pas venu le matin. Finalement, vers 18h, le Parlement a adopté le projet de loi sur une avance du Trésor de onze milliards de LL en les réduisant de 20 % et à la condition pour le gouvernement de présenter son projet de budget pour l’année en cours dans les 15 prochains jours pour qu’il soit étudié par le Parlement avant la fin du mois. Happy end donc pour un projet qui a longtemps traîné sur les tables des parlementaires. Cet écueil surmonté, les 32 autres projets de loi ne pouvaient plus constituer un véritable problème et ils ont été adoptés les uns après les autres avec parfois quelques amendements mineurs.
Les plaques d’immatriculation « spéciales »
Seul le nouveau code de la route a provoqué quelques discussions. Ce projet de loi de 420 articles, préparé par le député Mohammad Kabbani, est étudié depuis plusieurs années en commissions. Il constitue un grand pas vers la modernisation du code de la route libanais et il a été décortiqué point par point par les commissions. Seul un article continue à poser problème et il porte sur les plaques d’immatriculation. Le projet de Kabbani prévoit une plaque d’immatriculation unifiée pour tous les Libanais et « intelligente », dans le sens que les données qu’elle contient puissent être visibles et compréhensibles pour les policiers et autres agents de la circulation de loin. Quant aux numéros spéciaux, le code propose de les classer dans une catégorie « A ». Ce qui a poussé une partie des députés, à leur tête Georges Adwan et Nabil de Freige, à refuser toute discrimination et toute distinction dans les plaques d’immatriculation, allant même jusqu’à rejeter les plaques bleues pour les députés et spéciales pour les ministres. Berry a abondé dans ce sens, rappelant qu’il détient depuis 20 ans l’honneur d’avoir la plaque numéro 2 (en tant que président de la Chambre), sans jamais l’avoir utilisée. Ce qui a permis à Nabil de Freige de lancer : « Nous savons pourtant que votre cœur penche vers le bleu. » Adwan a lancé que tous les citoyens doivent être égaux... au moins dans les plaques d’immatriculation de leurs voitures. Face à ce plafond, les autres députés pouvaient difficilement affirmer qu’ils tiennent à leurs privilèges en matière de plaques d’immatriculation. Ali Ammar a ainsi suggéré qu’au lieu des plaques, les députés portent leur numéro sur leur tee-shirt comme les footballeurs, mais il s’est quand même demandé ce qu’il faut faire pour les Libanais qui ont versé des sommes importantes pour avoir des plaques spéciales. Hikmat Dib a proposé que les numéros des plaques soient accordés automatiquement par l’ordinateur... Le débat s’est prolongé, le sujet étant visiblement une source d’inspiration pour les députés. Finalement, il a été convenu de voter le nouveau code de la route tout en en retirant l’article 154 portant sur les plaques d’immatriculation, qui fera l’objet d’un projet indépendant qui sera soumis aux députés ultérieurement. Un projet de loi sur le Conseil constitutionnel a été adopté fixant à six ans le mandat de ses membres. Un autre projet de loi prévoyant d’accorder des médailles et des titres honorifiques aux juges a aussi été adopté ainsi que d’autres projets plus techniques.
S. H.

