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Liban - Éclairage

Positions inchangées au Liban sur fond de tensions locales et régionales

S’il faut retenir un élément de la séance du dialogue de lundi, c’est bien la volonté de toutes les parties de gagner du temps. Certes, l’ambiance à l’intérieur de la grande salle de réunions des participants à la table de dialogue au palais de Baabda était tendue et les échanges souvent orageux, mais il était clair que toutes les parties en présence souhaitaient maintenir le fil du dialogue, sans pour autant modifier leurs positions respectives. Selon un des participants, la tenue des réunions bénéficie d’une couverture de pays arabes et internationaux, mais elle ne signifie pas qu’il faut conclure des compromis à la va vite et renoncer aux positions de principe. Des deux côtés, il n’y a donc pas eu de véritable percée, mais plutôt un exposé d’opinions déjà connues et d’idées générales, en attendant d’entrer dans les détails le 24 juillet prochain.
C’est d’ailleurs après avoir été critiqué par certaines voix au sein du 14 Mars pour avoir accepté le report de l’ouverture du dossier des armes lors de la précédente séance, que l’ancien Premier ministre Fouad Siniora a pris le temps, lundi, de développer sa vision de la stratégie de défense en faisant une distinction entre avant 2000 où, selon lui, les armes du Hezbollah étaient nécessaires puisqu’il y avait une occupation du territoire, et après 2000 (date de la libération) où elles sont devenues inutiles, voire encombrantes. Il a donc appelé à l’adoption d’un plan précis pour remettre les armes du Hezbollah sous le contrôle de l’État. Le représentant du Hezbollah Mohammad Raad a aussitôt riposté, demandant à ses interlocuteurs de quel État il s’agit : « Celui qui veut chasser l’armée libanaise du Nord ou encore celui qui refuse de se déployer dans la banlieue sud en dépit de la demande pressante du Hezbollah ? »
Le président Amine Gemayel a estimé que les armes du Hezbollah constituent une violation de la Constitution et le président de la Chambre Nabih Berry a répondu que la Constitution prévoit entre autres la protection et la défense du Sud. Or, selon lui, c’est la mission des armes de la résistance, qui sont aussi nécessaires pour protéger les ressources pétrolières du Liban. Berry voulait au départ proposer une formule de complémentarité entre l’armée libanaise et la résistance dans le genre de ce qui s’est passé à Adayssé, lorsque l’armée a eu un accrochage avec les Israéliens, mais il a finalement préféré garder ce projet pour la prochaine séance. Le général Michel Aoun est resté silencieux, se contentant de dire qu’il faudrait trouver un moyen pour profiter des armes du Hezbollah au lieu de les stigmatiser. Quant à Walid Joumblatt, il s’est limité à un rôle d’auditeur. Il y a eu ensuite une série d’échanges plus ou moins aigres-doux entre l’ancien ministre Michel Pharaon, le député Serge Torsarkissian d’un côté et le chef des Marada Sleimane Frangié, le chef du PSNS Assaad Hardane de l’autre.
Le président Michel Sleiman a écouté toutes les positions exprimées avant d’annoncer qu’il présentera un projet à la prochaine séance lequel devrait prendre en considération les remarques des différentes parties. Selon des proches de Baabda, le chef de l’État souhaiterait proposer une formule de compromis qui placerait l’armée en première ligne, tout en maintenant les armes de la résistance. Celles-ci seraient toutefois bien encadrées par l’État et ses forces légales. Les proches de Baabda précisent que pour le chef de l’État, s’il n’est pas possible de placer rapidement les armes du Hezbollah sous le contrôle de l’État, on peut en tout cas mettre des freins à leur usage, c’est-à-dire qu’il faudrait empêcher ces armes d’avoir un rôle régional, notamment dans le cas d’une évolution dramatique des événements en Syrie ou de nouveaux développements entre l’Iran et Israël.

Contrepoids
Ce qui est désormais sûr, c’est que les parties en présence ont conscience de la gravité de la situation et que si rien n’est fait pour l’ empêcher, le Liban est en train de basculer lentement dans le chaos. Le soudain réveil des camps palestiniens à cette période précise est perçu comme un indice négatif de la radicalisation systématique des positions. Selon une source du 8 Mars, il est clair que le projet de faire du Nord sunnite un contrepoids à la banlieue sud chiite est en voie d’exécution. Les groupes islamistes n’ayant pas été très bien accueillis par la population du Nord à cause des derniers incidents, ceux qui sont derrière ce plan cherchent désormais à faire bouger les Palestiniens dans le but de les présenter « comme l’armée des sunnites », reprenant ainsi un slogan qui prévalait dans les premières années de la guerre civile. Au Nord, les camps palestiniens devraient ainsi se dresser contre l’armée libanaise et, au Sud, contre leur environnement chiite, c’est-à-dire le Hezbollah.
Déjà, des témoins rapportent qu’au nord du Liban, des soldats libanais circulent désormais en civil, alors que dans certaines zones du Akkar, l’Armée libre de Syrie organise des patrouilles nocturnes. Un témoin raconte aussi qu’à la suite de la mort d’Ahmad Slim dans le camp de Nahr el-Bared, une délégation de 150 ulémas est venue présenter ses condoléances. Le témoin s’est d’ailleurs demandé où étaient ces cheikhs pendant la guerre de Nahr el-Bared ? Mais à l’époque, il n’y avait pas encore un plan précis pour transformer le Nord en zone de libre circulation pour l’opposition syrienne, ni pour dresser les sunnites et les chiites les uns contre les autres. Surtout, il n’y avait pas encore de troubles en Syrie... En effet, depuis l’éclatement de la révolte en Syrie, le Liban est tiraillé entre deux courants contraires : le premier veut le déstabiliser pour l’utiliser comme une carte de pression dans le dossier syrien (et là, il y a aussi bien ceux qui veulent le transformer en base arrière de l’opposition syrienne et ceux qui veulent y semer le chaos pour montrer que la déstabilisation de la Syrie entraîne celle de toute la région) et le second cherche à le protéger des remous syriens. Dans un tel contexte, les réunions du dialogue ne peuvent être qu’une tentative d’apaisement...
S’il faut retenir un élément de la séance du dialogue de lundi, c’est bien la volonté de toutes les parties de gagner du temps. Certes, l’ambiance à l’intérieur de la grande salle de réunions des participants à la table de dialogue au palais de Baabda était tendue et les échanges souvent orageux, mais il était clair que toutes les parties en présence souhaitaient maintenir le fil du dialogue, sans pour autant modifier leurs positions respectives. Selon un des participants, la tenue des réunions bénéficie d’une couverture de pays arabes et internationaux, mais elle ne signifie pas qu’il faut conclure des compromis à la va vite et renoncer aux positions de principe. Des deux côtés, il n’y a donc pas eu de véritable percée, mais plutôt un exposé d’opinions déjà connues et d’idées générales, en...
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