L’opposition russe a réussi une forte mobilisation hier à Moscou, bravant le durcissement du pouvoir marqué la veille par des perquisitions sans précédent visant les leaders du mouvement. Alexander Nemenov/AFP
La mobilisation rassemble « plus de 100 000 personnes », a lancé de la tribune Sergueï Oudaltsov, le leader du Front de gauche, un des principaux leaders de la contestation sans précédent de ces derniers mois contre le régime russe. Le rassemblement s’est terminé « sans incident » avenue Sakharov en début d’après-midi, a rapporté la police, faisant état de 15 000 personnes à la fin de la manifestation, après avoir donné le chiffre de 18 000 dans l’après-midi. M. Oudaltsov, qui a ignoré une convocation de la police pour se rendre à la manifestation, a repris devant la foule les slogans du mouvement d’opposition contre le pouvoir « des voleurs et des escrocs », et pour un « pouvoir honnête ». Il s’est finalement rendu au comité d’enquête en fin de journée.
Dans la manifestation, des banderoles reprenaient le leitmotiv des manifestations depuis décembre : « La Russie sans Poutine. » « Ils ont peur », a de son côté lancé Boris Nemtsov, un autre leader d’opposition, ancien vice-Premier ministre du président Boris Eltsine. Des officiers de police sont montés sur la tribune pour remettre aux deux hommes des convocations pour se rendre au comité d’enquête, comme ont dû le faire mardi notamment le militant anticorruption et nationaliste Alexeï Navalny et le leader du mouvement Solidarnost Ilia Iachine. Une nouvelle perquisition a par ailleurs eu lieu au bureau de l’association anticorruption Rospil Alexeï Navalny, après la fin de son interrogatoire, a annoncé son avocate Olga Mikhaïlova.
À Saint-Pétersbourg, entre 5 000 et 6 000 personnes ont traversé la ville en scandant eux aussi « La Russie sans Poutine » et en arborant des ballons blancs, la couleur choisie comme symbole de la contestation.
Au même moment, devant l’élite politique du pays réunie au Kremlin pour célébrer la fête nationale, Vladimir Poutine a lancé un nouvel avertissement. « Tout ce qui affaiblit le pays et désunit la société est inacceptable pour nous », a-t-il déclaré, selon la télévision publique. La manifestation de mardi avait été autorisée par les autorités après de longues négociations.
Plus de 12 000 membres des forces de l’ordre – policiers, unités antiémeute et troupes du ministère de l’Intérieur – étaient mobilisés dans la capitale, selon les autorités. Cette grande manifestation est la première depuis l’investiture le 7 mai au Kremlin de Vladimir Poutine pour un troisième mandat de président après ceux de 2000-2008 et un intermède de quatre ans comme Premier ministre. Elle intervient après des mesures interprétées par les observateurs comme un signe de durcissement du régime après cinq mois d’une contestation sans précédent depuis une décennie.
Plusieurs sites d’opposition, comme celui de la radio Echo de Moscou, de la télévision satellite Dojd et du journal Novaïa Gazeta, étaient inaccessibles dans la journée. Dojd a indiqué être victime d’une attaque pirate, comme cela a été le cas régulièrement lors d’élections ou de manifestations d’opposition.
Des perquisitions avaient eu lieu lundi au domicile d’une dizaine de leaders et membres de l’opposition, dont MM. Navalny et Oudaltsov. Le comité d’enquête a motivé ces opérations par une enquête en cours sur des « troubles massifs à l’ordre public » lors de la manifestation du 6 mai à Moscou, la veille de l’investiture de M. Poutine. Des heurts avaient fait plusieurs blessés parmi les participants et les policiers.
Le département d’État américain s’est dit lundi « préoccupé » par des mesures qui « ressemblent fort à du harcèlement visant des figures de l’opposition russe ».
Le Parlement a en outre adopté la semaine dernière en urgence une loi controversée qui porte à plusieurs milliers d’euros les amendes possibles pour les participants ou organisateurs de manifestations. Vladimir Poutine a signé la loi vendredi, ignorant l’appel lancé par son propre conseiller aux droits de l’homme pour qu’il y mette son veto.
(Source : AFP)


Printemps Russe !
02 h 48, le 13 juin 2012