Après dix ans dans l’opposition, le camp du président aurait alors la main sur l’Élysée et le gouvernement, l’Assemblée nationale et le Sénat, en plus de diriger la quasi-totalité des régions, ainsi qu’une majorité de départements et de grandes villes. Une suprématie qui frôle l’abus de pouvoir, selon la droite. Une chance unique d’appliquer à la lettre le programme présidentiel, réplique le PS, à l’image de François Hollande qui a demandé aux Français qui l’ont élu le 6 mai de lui accorder « une majorité large, solide, cohérente ».
Les sondages donnent de l’avance au camp du nouvel exécutif, faisant s’éloigner à la fois la menace d’une cohabitation, certes, mais aussi la perspective d’une vague rose comme celle de 1981 après l’élection de François Mitterrand. Un souci d’équilibre pourrait donc amener les électeurs à n’accorder au PS qu’une majorité relative, comme ce fut le cas en 1988, également pour François Mitterrand, pourtant réélu quelques semaines plus tôt avec 54 % des voix. « Le PS ne pouvait gouverner qu’en négociant avec le groupe communiste ou bien en utilisant l’article 49-3 (qui permet de passer en force) – le gouvernement Rocard a été celui qui l’a le plus utilisé sous la Ve République », dit Pascal Perrineau, directeur du Centre de recherche de l’Institut de sciences politiques de Paris (Cevipof).
Au tournant
À l’approche du vote, M. Perrineau considère « une confirmation-amplification de la victoire présidentielle » comme le scénario « le plus probable ». Le PS aurait alors « tous les leviers ... ce sera plus facile pour les socialistes, mais ils auront une responsabilité importante parce qu’ayant tous les pouvoirs, ils ne pourront pas expliquer qu’ils n’ont pas tous les moyens », résume le politologue. Frédéric Dabi, de l’IFOP, parle lui aussi d’un exécutif « attendu au tournant ». « Les attentes seront très fortes pour le PS, qui ne pourra pas évoquer un Sénat à droite ou un déséquilibre des pouvoirs : le PS aurait toutes les cartes en main pour appliquer son programme et tenter de redresser le pays ... les élections intermédiaires de 2014 pourraient, si le PS ne réussit pas dans ce cadre-là, être un début de revanche pour l’UMP. »
Cohabitation de combat ?
Dans ce contexte, la droite française se prépare à une ère troublée de refondation après le retrait de Nicolas Sarkozy, quel que soit le résultat de ces législatives aux ressorts incertains. Officiellement, le parti de l’ex-président croit en ses chances d’imposer un contre-pouvoir à la gauche à l’issue du scrutin des 10 et 17 juin. « Le réflexe premier des députés, après la défaite du Sarkozy, c’était “tous aux abris”, mais compte tenu des premiers couacs du gouvernement Ayrault, de l’écart de voix plutôt étroit au second tour de la présidentielle, de la sortie réussie de Nicolas Sarkozy, il y a plutôt un sentiment d’optimisme », assure ainsi un responsable de l’UMP.
Mais les pronostics sur une éventuelle cohabitation de combat restent mesurés en privé. Une majorité relative pour François Hollande et la droite s’en trouverait presque satisfaite. « Il y a certes un réflexe Ve République, une cohérence des électeurs – on vote pour le parti du président au premier tour –, mais il peut y avoir un gros correctif aux dépens de la gauche au second tour comme en 2007 », relève un dirigeant de l’UMP. La droite avait alors perdu une soixantaine de sièges. « Il me semble que l’UMP devrait être à plus de 200 sièges. S’il n’y a pas de poussée de la gauche, on peut être à 220-230 », juge ce même dirigeant. Le seuil de la majorité est à 289.
(Source : Reuters)

