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Diaspora

Disparition d’un grand géographe libano-brésilien, écologiste de la première heure

Hommage Aziz Nacib Ab’Sáber était le géomorphologue le plus respecté du Brésil. Il s’est éteint le 16 mars à Cotia (État de São Paulo).
04/06/2012

Ab’Sáber était un brillant scientifique libano-brésilien, né en 1924 à São Luiz do Paraitinga (État de São Paulo). Il a été récompensé notamment pour ses études dans les domaines de la géographie, de la géologie, de l’écologie, de l’archéologie et de la biologie évolutive.


Licencié en géographie et histoire de l’Université de São Paulo (1944), ancien président puis président honoraire de la Sociedade Brasileira para o Progresso da Ciência (Société brésilienne pour le progrès de la science), ce professeur émérite de la faculté de philosophie, lettres et sciences humaines de l’Université de São Paulo était également membre de plus haut rang de l’Ordem Nacional do Mérito Científico (ordre national du Mérite scientifique du Brésil) et membre honoraire de l’Institut de la culture arabe (Icarabe). Il s’est marié à deux reprises et a eu cinq enfants.
Nacib Ab’Sáber, père de Aziz, était originaire de Kafr Ammay (région de Aley, à l’est de Beyrouth). Il s’est installé au Brésil en 1911, sur les traces de son père qui avait émigré quelques années auparavant. Travaillant comme colporteur, Nacib épousa une Brésilienne d’origine portugaise, Juventina, mère de Aziz, qui aidait sa famille dans le commerce dès son plus jeune âge. Mais les difficultés financières grandissant, Aziz décida de changer de vie et s’engagea dans des études académiques en géographie et en histoire.


Diplômé à l’âge de 20 ans de l’Université de São Paulo (USP), il commença deux ans plus tard, en 1946, à voyager au Brésil et particulièrement dans la région de l’Amazonie. Après des années de recherches sur le terrain, il créa en 1968 la théorie des « refuges », qui considère que la biodiversité de l’Amazonie est le résultat de l’interaction de différents écosystèmes. La même année, il devint professeur titulaire de géographie physique à l’USP, poste qu’il occupera jusqu’en 1983.

Éducation et loisirs pour les plus pauvres
Le professeur Aziz, qui connaissait le grand territoire brésilien de 8,5 millions de kilomètres carrés comme la paume de sa main, dirigea plusieurs institutions scientifiques au Brésil. Il a toujours défendu des programmes d’éducation et de loisirs pour la population pauvre de la périphérie de São Paulo, rassemblant des milliers de livres et créant plus de 16 postes de lecture communautaire publics et dans les prisons, estimant que la solitude était dangereuse.
Même après avoir pris sa retraite, Aziz était une voix active dans les questions sur la biodiversité et la préservation de l’environnement. Il publia ainsi de nombreux livres et développa des centaines de recherches et traités scientifiques. Ses études sont à l’origine de la découverte du pétrole dans le bassin de Potiguar, et il participa également à la création du parc de préservation de la Serra do Mar et la Serra do Japi. Il contribua aux classifications des domaines des écosystèmes sud-américains, à la planification urbaine, à l’élaboration de modèles pour la diversité biologique néo-tropicale, et à la connaissance des routes de la migration des peuples précolombiens sud-américains, défendant la préservation du patrimoine historique. Sa dernière critique fut dirigée contre le concept du réchauffement global de la planète. Il estimait en effet que l’excès de chaleur provenait de l’activité périodique d’El Niño, conséquence régionale d’une perturbation dans la circulation atmosphérique générale entre les pôles et l’équateur.


Aziz a reçu plusieurs prix au long de sa vie, comme le prix « Jabuti » en sciences humaines (1997 et 2005) et en sciences exactes (2007), le prix de l’Unesco pour la science et l’environnement (2001), le prix « Almirante Álvaro Alberto » pour la science et la technologie (1999), décerné par le ministère brésilien de la Science et de la Technologie, le prix international d’Écologie (1998)... Il était docteur honoris causa de plusieurs universités brésiliennes, comme l’Unesp, l’UFRJ et l’UERJ.


Le professeur Aziz était consultant en environnement pour le Parti des travailleurs (PT). Il était devenu proche de l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva, avant de critiquer la politique d’environnement de son gouvernement. Cela n’a pas empêché Lula, à l’annonce de la mort de Aziz, de publier une note officielle dans laquelle il a souligné que « Aziz Ab’Sáber est sans doute l’un des plus grands géographes que le Brésil ait connus. Sa profonde connaissance de la géographie et sa recherche constante du compromis avec le peuple brésilien était une source d’inspiration pour tous... ».
Aziz a légué une grande partie de sa bibliothèque personnelle, de ses écrits et de ses enregistrements à l’Institut culturel arabe de São Paulo. Celui-ci devrait construire une bibliothèque qui portera son nom.
En 2008, à l’occasion de la nomination de Beyrouth par l’Unesco « capitale mondiale du livre », il avait raconté au cours d’une conférence à São Paulo sa fierté de toujours d’avoir des racines libanaises.

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