Charles Taylor avait été reconnu coupable le 26 avril des onze chefs d’accusation de crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Photo Handout/AFP
« L’accusé est responsable d’avoir aidé, encouragé et planifié certains des crimes les plus haineux de l’histoire de l’humanité », a ainsi déclaré le juge samoan Richard Lussick lors d’une audience publique devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), à Leidschendam, dans la banlieue de La Haye. Les traits tirés et la tête souvent penchée vers l’avant, M. Taylor, 64 ans, a régulièrement fermé les yeux pendant que le juge lisait la décision. Si elles souhaitent interjeter appel du jugement et/ou de la peine infligée, la défense et l’accusation peuvent le faire au plus tard 14 jours après avoir reçu le texte complet de la décision sur la peine. Ce processus pourrait prendre plusieurs semaines, selon un porte-parole du TSSL.
« C’est une bonne nouvelle à la fois pour le gouvernement et pour le pays. C’est un pas en avant car justice est faite », a assuré le vice-ministre sierra-léonais de l’Information Sheku Tarawali au nom du gouvernement de Sierra Leone. À Freetown, des victimes rassemblées dans une salle du TSSL pour regarder le jugement retransmis en direct ont accueilli la condamnation dans un silence seulement rompu par quelques larmes d’émotion et soupirs de soulagement.
L’accusation avait recommandé le 3 mai une peine de 80 ans de prison contre M. Taylor, premier ex-chef d’État condamné par la justice internationale depuis le tribunal militaire de Nuremberg qui jugea les dignitaires nazis. Les juges ont cependant estimé qu’une peine de 80 ans de prison était « excessive », rappelant que M. Taylor avait été reconnu coupable le 26 avril d’avoir eu un rôle crucial dans l’exécution des crimes sans pour autant avoir eu le contrôle « effectif » des rebelles sierra-léonais qui les ont directement commis. Ils ont toutefois retenu comme circonstances aggravantes le fait que M. Taylor avait « trahi », selon eux, la position de « confiance publique » dans laquelle il se trouvait en tant que président du Liberia.
L’avocat de M. Taylor, Courtenay Griffiths, a de son côté estimé lors d’une conférence de presse à l’issue de l’audience que « dans les faits, Charles Taylor mourra en prison ». « La peine infligée aujourd’hui ne remplacera pas les membres amputés, ne ramènera pas ceux qui ont été tués, a pour sa part déclaré la procureure Brenda Hollis lors d’une conférence de presse à l’issue de l’audience. Mais elle apporte une forme de justice. »
Président du Liberia de 1997 à 2003, Charles Taylor avait été reconnu coupable le 26 avril des onze chefs d’accusation de crimes contre l’humanité et crimes de guerre dont il devait répondre, et qui ont eut lieu pendant une guerre civile marquée par des nombreux actes de cannibalisme, viols, meurtres, pillage et mutilations, et ayant fait 120 000 morts entre 1991 et 2001.
(Source : AFP)

