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Culture - Rencontre

Prendre l’écriture par les racines

Avec « Cèdre et Baobab » (Pascal Galodé éditeurs), Mehdi Omaïs risque d’agrandir une audience déjà bien étoffée avec trois romans précédents.

Mehdi Omaïs, deuxième génération de Libanais émigrés au Sénégal, écrivain et cinéphile patenté, raconte des vies comme celle des autres, comme les nôtres. Dans ses romans, il y a des fêlures et des sentiments à fleur de peau. Des héros à bout de souffle, au bord du précipice, prêts à basculer. Dans Cèdre et Baobab, il brasse les eaux plutôt troubles des familles et des névroses qu’elles engendrent. Mais embarque surtout le lecteur dans la quête identitaire de deux personnages engloutis dans leur solitude. Anna, une Franco-Sénégalaise qui porte un secret terrible, et Walid, un jeune Libanais adopté par des Français dans le Liban des années 70. «Leur rencontre à Paris leur permettra peut-être de colmater les rifts de leurs existences», lance, énigmatique, le jeune auteur.


Le titre du roman porte à l’évidence des accents autobiographiques. «Oui, acquiesce Omaïs, ce titre est forcément un résumé de mon identité. J’aime l’idée selon laquelle ces deux pays sont représentés par de magnifiques arbres. Cela évoque les racines... Pour répondre vraiment à la question, je me sens avant tout citoyen du monde. Je parle français, arabe et wolof, et c’est plutôt génial!» (rires).


«La question de l’identité et du métissage culturel me passionne, reprend-il plus sérieusement. Lorsqu’on vit à cheval entre plusieurs cultures, on s’interroge sur ses racines. Je ne me sens pas déraciné pour autant, car je me raccroche à toutes les facettes de mon identité. J’aime le Sénégal de manière inconditionnelle, et le Liban, que j’ai découvert depuis peu, m’a renversé par sa beauté et sa chaleur. Mon premier voyage a été important. Il m’a permis de visiter la maison familiale de mon grand-père à Karaoun, dans la Békaa. M’y rendre, c’était coller une pièce au puzzle de ma vie. Je suis fier de me revendiquer sénégalais et libanais. Dans ce roman, les personnages sont réellement déracinés, et j’avais envie qu’ils se croisent, par hasard, pour se propulser vers leurs propres vérités et apprendre à s’aimer.»

Écrire pour exorciser
Depuis ses premières écritures griffonnées sur un petit carnet marron après le décès de son grand-père, qui a eu lieu le jour de ses 15 ans, Mehdi Omaïs avoue avoir «beaucoup écrit et de manière intense, presque maladive». «Les mots m’ont aidé à exorciser son absence et cette peur du néant que représente la mort. Ce n’est que bien plus tard, après mon baccalauréat, que je me suis replongé dans ces bribes de phrases. Et, arrivé à Paris pour mes études, j’y ai entrevu une certaine cohérence qui m’a poussé à en tirer mon premier roman: La mort est belle (2007). Ont suivi Le troisième enfant (2008) et Le livre perdu (2009).»
Citer les auteurs qui l’ont marqué se révèle être une entreprise délicate pour ce dévoreur de livres. «Sans vouloir me montrer chauvin, j’adore Le Prophète de Khalil Gibran, qui a tenu une place de choix dans mon second roman, Le troisième enfant. J’aime les plumes de Yasmina Khadra, J.M. Coetzee, Bret Easton Ellis, Hubert Selby Jr., Jonathan Tropper, Cormack McCarthy, Albert Camus, Laurent Gaudé et tellement d’autres.»
Mais Omaïs donne irrévocablement une mention spéciale à la saga Harry Potter. «J’admire réellement le travail de J.K. Rowling. Sa construction d’un univers aussi riche et complexe me fascine.» Autrement, il reconnaît être un grand aficionado de la Beat Generation et notamment Sur la route de Kerouac. «J’ai d’ailleurs hâte de découvrir l’adaptation pour le cinéma qu’en a fait le cinéaste brésilien Walter Salles.» Le cinéphile invétéré a visionné Edward aux mains d’argent plus de cent fois. «Tim Burton m’a fait comprendre à quel point le cinéma pouvait m’emporter vers d’autres horizons. Il s’en dégage une poésie infinie, sublimée par la partition de Danny Elfman. Et, plus de 20 ans après sa sortie, il n’a pas pris une seule ride et se décline, avec plus de force que jamais, comme un message fort contre toutes les formes d’intolérance et de préjugés.»


Avec ses activités de blogueur (www.lescinevores.com) et de journalisme (pour Métro), le jeune auteur a un peu moins de temps pour écrire. Mais il essaye, au quotidien, de noircir des pages. Car il écrit «par survie. Je ne peux considérer mon monde sans coucher des mots, encore et toujours, jusqu’au dernier souffle».
On vous a souvent dit que vous aviez une écriture cinématographique, encore plus marquée dans ce dernier roman?
«Oui. C’est vrai. C’est peut-être parce que je projette dans mon esprit le film de l’histoire avant de l’écrire. Mais vous savez, je ne pense pas à mon style lorsque je suis au bureau. Je travaille naturellement et me relit énormément. Je fais partie d’une société élevée par un certain culte de l’image et n’ai lu que très tardivement. Mes références sont donc davantage visuelles. Ceci doit expliquer cela.»


Mehdi Omaïs, un être sensible en phase avec son temps, qui se dit marqué par «la mort des êtres chers» et la première fois que sa nièce Léna a dit «Tonton Mehdi». Et qui, à chaque journal télévisé, «avec son lot d’atrocités et de miracles», se dit «touché, dans le bon et mauvais sens du terme». Au final, il s’accroche à une gageure, celle de pouvoir «rester dans la lumière!».

Mehdi Omaïs, deuxième génération de Libanais émigrés au Sénégal, écrivain et cinéphile patenté, raconte des vies comme celle des autres, comme les nôtres. Dans ses romans, il y a des fêlures et des sentiments à fleur de peau. Des héros à bout de souffle, au bord du précipice, prêts à basculer. Dans Cèdre et Baobab, il brasse les eaux plutôt troubles des familles et des névroses qu’elles engendrent. Mais embarque surtout le lecteur dans la quête identitaire de deux personnages engloutis dans leur solitude. Anna, une Franco-Sénégalaise qui porte un secret terrible, et Walid, un jeune Libanais adopté par des Français dans le Liban des années 70. «Leur rencontre à Paris leur permettra peut-être de colmater les rifts de leurs existences», lance, énigmatique, le jeune auteur.
Le titre du roman porte à...
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