Deux bombes ont déjà explosé au passage de convois de l’ONU depuis que les observateurs ont entamé il y a un mois une des missions les plus dangereuses jamais entreprise par les Nations unies. « Ils sont sans armes, il n’y a pas de cessez-le-feu, pas de dialogue entre les deux camps et c’est une guérilla urbaine, souligne Edmond Mulet, sous-secrétaire général pour les opérations de maintien de la paix. Nous n’avons jamais mis nos observateurs militaires dans une telle situation. » La Mission de supervision de l’ONU (MISNUS) sera bientôt à effectif plein (300 observateurs militaires), mais les Occidentaux parlent déjà de ne pas renouveler son mandat de 90 jours, qui expire le 21 juillet. « Il y a bien sûr le risque qu’à tout moment des observateurs soient tués ou blessés, explique ainsi l’ambassadeur britannique Mark Lyall Grant. Il s’en est fallu de peu plusieurs fois, donc nous surveillons la situation de près. »
Depuis le déploiement des observateurs, le pilonnage des villes rebelles par l’armée a baissé d’intensité, mais le bilan reste lourd. « C’est la même stratégie, même si la tactique est différente », estime un diplomate d’un pays membre du Conseil de sécurité. « Au lieu d’en tuer 100, ils (les forces syriennes) en tuent 60 et ils en arrêtent 500 » et procèdent à des « assassinats ciblés » d’opposants.
Le président Assad ne donne aucun signe de vouloir discuter avec l’opposition, qui est elle-même trop divisée pour négocier, analysent des diplomates. Mais personne n’a de plan B à proposer pour remplacer la médiation entreprise par Kofi Annan au nom de l’ONU et de la Ligue arabe. « Je sais que beaucoup se demandent ce qui se passera si le plan (Annan) échoue, déclarait Kofi Annan lui-même la semaine dernière. J’attends qu’on m’explique ce qu’on peut faire d’autre. Si quelqu’un a une meilleure idée, je suis preneur. » « C’est le refus du gouvernement Assad d’appliquer le plan Annan qui provoque ce cercle vicieux de la violence », fait valoir l’ambassadeur allemand à l’ONU Peter Wittig. Mais la communauté internationale, ajoute-t-il, s’en tient au plan Annan « parce qu’il n’y a pas d’alternative crédible ».
Pour beaucoup de diplomates et d’experts, la mission de l’ONU en Syrie devrait aller à son terme de 90 jours, mais ils prévoient ensuite de vives tensions au Conseil de sécurité. La Russie, principal allié de Damas, pourrait demander une prolongation de la mission, avec le soutien de la Chine, de l’Inde, du Pakistan et de l’Afrique du Sud. États-Unis, France et Royaume-Uni ne savent pas trop comment mettre fin à la MISNUS. Même les Américains, d’emblée les plus sceptiques sur la mission, n’ont pas encore osé annoncer l’échec du plan Annan. Pour Richard Gowan, du Center on International Cooperation de l’université de New York, « il est important que les Occidentaux laissent ce soin à Annan lui-même, sinon la Russie les accusera d’avoir torpillé la mission ». « Si Annan ne renonce pas de lui-même, nous pourrions nous retrouver en porte-à-faux vis-à-vis de lui », explique un diplomate occidental. Dans ce cas, « la Russie bloquera les sanctions » que les Occidentaux ont menacé d’imposer à Damas en cas d’impasse.
L’avenir de la MISNUS devrait être évoqué au sommet de l’OTAN qui se tient dimanche et lundi à Chicago.
(Source : AFP)

