Le Premier ministre et le chef de l’opposition Shaul Mofaz ont conclu un pacte d’union nationale qui évite des élections législatives anticipées et place M. Netanyahu à la tête d’une des coalitions les plus larges de l’histoire d’Israël, et qui a reçu hier la confiance du Parlement à 71 voix contre 23. Selon les commentateurs, cette annonce inattendue est avant tout le résultat des difficultés de M. Netanyahu au sein de son parti, le Likoud. Confronté à une fronde de la frange ultra de sa formation, le chef du gouvernement a préféré un recentrage politique à une confrontation avec le lobby des colons qui lui reprochent de trahir « les valeurs traditionnelles » du Likoud, l’accusant de manquer de fermeté sur la colonisation.
« Netanyahu était soumis aux pressions de l’aile la plus à droite de son parti, notamment sur la question des colonies », explique l’analyste Mark Heller, de l’Université de Tel-Aviv, relevant que le nouveau gouvernement est « une bonne solution pour lui, comme pour Mofaz, car ils étaient tous les deux en difficulté. M. Mofaz préfère entrer maintenant dans le gouvernement avec ses 28 députés plutôt que d’attendre les prochaines élections et devenir un partenaire de second plan avec seulement 10 à 11 sièges », a-t-il souligné.
Les Israéliens apparaissent mitigés sur l’alliance de M. Netanyahu avec M. Mofaz, ancien chef d’état-major et ex-ministre de la Défense. Dans un sondage publié hier par le quotidien de gauche Haaretz, seulement 23 % des personnes interrogées estiment que l’accord a été motivé par l’intérêt national, contre 63 % qui l’attribuent à des considérations politiques et personnelles.
Au-delà des manœuvres politiques, l’éventualité d’une frappe contre les installations nucléaires iraniennes, qu’Israël considère comme une menace pour son existence, a pesé dans la décision de M. Netanyahu, ajoutent des experts. Shmuel Sandler, professeur de science politique à l’Université Bar-Ilan, près de Tel-Aviv, estime que même si ce n’est pas « la seule raison » derrière ce coup de théâtre, c’est « un facteur non négligeable. Netanyahu est très nerveux concernant l’Iran. Une attaque israélienne sera facilitée par une majorité parlementaire aussi large. Toutefois, je ne pense pas que la décision d’attaquer ait encore été prise », a-t-il tempéré.
Pour Ari Shavit, éditorialiste du Haaretz, « le but véritable du nouveau gouvernement est l’Iran : la décision de Netanyahu de faire entrer Mofaz dans sa coalition est comparable à celle de Levi Eshkol qui avait fait entrer Menahem Begin et Moshe Dayan dans son gouvernement en 1967. Cela crée une fondation politique solide sur laquelle conduire le combat stratégique avec l’ayatollah Ali Khamenei », a-t-il jugé, relevant que ce gouvernement d’union nationale « fournit une légitimité intérieure et internationale à une possible confrontation ».
La ligne de M. Netanyahu et de son ministre de la Défense Ehud Barak sur l’Iran se heurte toutefois aux réticences publiques des chefs de l’armée et d’anciens patrons du renseignement. « Si effectivement Bibi décide d’attaquer l’Iran, ce qui reste un point d’interrogation, il dépendra du feu vert des milieux de la Défense et des États-Unis », a conclu Mark Heller.
(Source : agences)


