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Moyen Orient et Monde - Révolte

Attentat à Damas, le régime et l’opposition s’accusent

Au moins 18 morts dans les violences ; manifestations massives contre le régime en Syrie.

Des milliers de manifestants se sont rassemblés hier à Kafarnebel, dans la province d’Idleb. Raad al-Fares/Shaam News Network/Reuters

Un attentat a été perpétré hier à Damas. Diffusant en boucle des images de lambeaux de chair et de membres ensanglantés, la télévision officielle a affirmé que « l’attentat-suicide », qui a fait 11 morts et 28 blessés, avait eu lieu en face d’une mosquée au moment de la grande prière du vendredi. Selon l’opposition, l’explosion s’est produite alors que les fidèles sortaient de la mosquée Zine al-Abidine, près de laquelle avait été déployé un imposant dispositif de sécurité car elle a fréquemment été le point de départ de manifestations hostiles au régime. Des membres des forces de sécurité figurent parmi les blessés, ont rapporté les médias. Depuis le début de la contestation, les autorités accusent des « terroristes » de semer le chaos. Des militants ont pour leur part accusé le régime d’être derrière l’attentat, soulignant qu’Internet avait été coupé quelques minutes avant l’explosion. Une autre explosion dans la zone industrielle de Damas a également été rapportée par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) et des militants.
Dans le même temps,
l’OSDH a fait état de dizaines de milliers de manifestants contre le régime à travers le pays, malgré les tirs des forces gouvernementales pour les disperser, qui ont fait trois morts, dont un enfant, dans la région de Damas, à Alep et à Deir ez-Zor. Comme chaque vendredi, les militants prodémocratie avaient appelé la population à se mobiliser en interpellant les observateurs de l’ONU, selon des vidéos de militants. « Observateurs, arrêtez de jouer avec le sang de notre peuple », proclamait une pancarte à Beit Saham, dans la banlieue de Damas. « Mission Annan, s’il vous plaît, ne venez pas nous voir, vous êtes devenus la source des tueries », pouvait-on lire sur une banderole à Hass, dans la province d’Idleb. Militants et ONG ont fait état ces derniers jours de morts et de blessés dans plusieurs villes après le passage d’observateurs de l’ONU. Hier, outre les trois manifestants, trois membres des forces de sécurité et un soldat dissident ont péri dans des violences à travers le pays, selon l’OSDH.
De son côté, l’organisation Amnesty International a dénoncé la poursuite des violences malgré le cessez-le-feu, évoquant un bilan d’au moins 362 morts depuis le début de la mission des observateurs de l’ONU. Au total, en 13 mois, les violences ont fait plus de 11 100 morts, selon l’OSDH. En outre, selon une estimation de l’ONU, les violences et la répression ont poussé plus de 65 000 Syriens à fuir leur pays, en grande majorité vers la Turquie et le Liban voisins.
Selon un porte-parole de l’ONU, Neeraj Singh, deux observateurs sont désormais basés à Deraa, après les deux restés à Homs et les deux autres installés à Hama. À New York, des diplomates ont annoncé que le général Robert Mood était en route pour Damas, où il doit prendre la tête de la mission d’observation de l’ONU. Ce Norvégien de 54 ans avait négocié le déploiement des 30 premiers observateurs et devra gérer l’arrivée de 100 autres membres de la mission d’ici à un mois, sur les 300 prévus à terme. Une quinzaine d’observateurs devraient arriver d’ici à fin avril en Syrie.

Le plan Annan obsolète ?
Mais de nombreuses voix s’élèvent pour accuser Damas de ne pas respecter ses obligations prévues par le plan Annan, certains ne voyant même plus l’intérêt de la mission d’observation. « Nous sommes très inquiets de la poursuite de la violence malgré le cessez-le-feu accepté par le régime syrien. Il est clair que le régime syrien ne remplit pas ses obligations », a déclaré Michael Mann, le porte-parole de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton. « Ils ont promis de retirer leurs troupes des villes et ce n’est pas le cas », a-t-il rappelé. Pour leur part, les États-Unis ont averti qu’ils étaient prêts à retourner devant le Conseil de sécurité pour prendre des actions contre la Syrie si Damas faisait échouer le plan de paix. Le plan « échoue à parvenir à ses objectifs car Assad ne respecte pas la moitié de sa part du contrat », a regretté la porte-parole du département d’État, Victoria Nuland. Le secrétaire général de l’ONU en personne, Ban Ki-moon, a accusé le régime syrien de violer ses engagements. M. Ban s’est dit « profondément alarmé par la poursuite des violences et des tueries en Syrie, dont les bombardements et les explosions dans diverses zones résidentielles et les affrontements armés. Cette situation est inacceptable et doit cesser immédiatement ».
Pour sa part, la Ligue arabe a annoncé qu’elle allait demander à l’ONU de garantir la protection « immédiate » des civils, sans toutefois aller jusqu’à envisager un recours à la force, dont Paris et Washington ont déjà brandi la menace. L’organisation panarabe, dont la propre mission d’observation avait été un échec début 2012, a de nouveau dénoncé l’attitude de Damas qui consiste à « négocier et tuer son peuple en même temps ». Les Frères musulmans syriens ont, eux, appelé M. Ban à annoncer l’échec du plan Annan et réclamé la suspension de la Syrie aux Nations unies.
Par ailleurs, Reporters sans frontières (RSF) a appelé Damas à libérer tous les journalistes détenus, s’inquiétant du sort de la jeune militante Yara Chammas, 21 ans, qui risquerait la peine de mort. Elle avait été arrêtée le 7 mars à Damas. Pour Anouar al-Bounni, directeur du Centre syrien pour les études et les recherches juridiques, cette arrestation vise à « faire pression sur l’avocat Michel Chammas », le père de Yara, également militant des droits de l’homme. RSF se dit par ailleurs très préoccupée par le sort du citoyen journaliste Ali Mahmoud Othman, très actif à Homs, arrêté le 28 mars à Alep. D’après un militant récemment libéré, il serait détenu à Damas et subirait d’atroces tortures. L’organisation cite également l’arrestation le 28 mars à Damas de Noura al-Jizawi, qui collaborait notamment au journal révolutionnaire Hurriyat. RSF rappelle en outre être toujours sans nouvelles des deux journalistes turcs, Adem Özköse et Hamit Coskun, « kidnappés le 10 mars dans la région d’Idleb par des chabbiha ».
(Sources : agences et rédaction)
Un attentat a été perpétré hier à Damas. Diffusant en boucle des images de lambeaux de chair et de membres ensanglantés, la télévision officielle a affirmé que « l’attentat-suicide », qui a fait 11 morts et 28 blessés, avait eu lieu en face d’une mosquée au moment de la grande prière du vendredi. Selon l’opposition, l’explosion s’est produite alors que les fidèles sortaient de la mosquée Zine al-Abidine, près de laquelle avait été déployé un imposant dispositif de sécurité car elle a fréquemment été le point de départ de manifestations hostiles au régime. Des membres des forces de sécurité figurent parmi les blessés, ont rapporté les médias. Depuis le début de la contestation, les autorités accusent des « terroristes » de semer le chaos. Des militants ont pour leur part accusé le...
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