Bien-être de la population, égalité sociale, protection de l’environnement. Ce sont les trois piliers du développement durable tel que l’a défini l’ONU. Un concept lancé en force lors du premier sommet de Rio en 1992 et qui sera soulevé une fois de plus en juin prochain lors du sommet baptisé Rio+20.
Vingt ans plus tard, les objectifs du développement durable dans le monde ont-ils vraiment été atteints ? Ce sujet a été abordé les 24 et 25 avril lors d’une table ronde organisée à l’intention des médias régionaux et de cadres de l’ONU par plusieurs organisations onusiennes, à la Maison des Nations unies à Beyrouth. Il est ressorti des interventions du premier jour que le bilan de l’application des préceptes du développement durable dans le monde reste très mitigé.
Les lacunes du système qui ont mené à un tel résultat ont été détaillées par Melanie Hutchinson, du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Elle a relevé la complexité handicapante du cadre institutionnel mondial qui aurait dû renforcer l’application du développement durable dans le monde, les fonds limités, la reddition de comptes quasiment inexistante, la coordination insuffisante entre les organisations. Pour régler ces problèmes, faut-il créer une nouvelle organisation spécifique qui chapeaute tout le reste, faire des réformes dans le système existant ou tout simplement renforcer le PNUE ? s’est-elle demandé. À un niveau national, le développement durable reste loin des priorités des États, qui le relèguent souvent aux oubliettes.
Les objectifs du développement durable pourraient, selon certains, se réaliser à travers ce qu’on appelle l’économie verte. Cette idée sera centrale en juin, au cours de Rio+20. Jana el-Baba, de l’Escwa, en a énuméré les avantages. Selon elle, une économie verte, donc plus respectueuse de l’environnement, assurera plus d’emplois, résoudra les déficits en eau et en électricité, etc. Plusieurs points plus mitigés ont été soulevés : le financement de technologies vertes souvent coûteuses, le manque de transfert de technologies entre les pays développés et en développement, les contraintes « vertes » qui pourraient être imposées par le monde industrialisé aux importations des pays en développement... Le journaliste Habib Maalouf a estimé que l’économie verte est insuffisante pour résoudre une telle crise mondiale, prônant un bouleversement du système économique mondial ainsi qu’un changement profond dans le mode de consommation.
Le sommet Rio+20 se tient donc dans quelques semaines dans la grande ville brésilienne. Qu’apporteront les pays arabes à cette occasion ? Reem Nejdawi, cadre de l’Escwa, a énuméré les multiples réunions préparatoires qui ont eu lieu entre les représentants des pays. Ceux-ci ont conclu qu’il fallait rappeler aux pays industrialisés leur engagement à l’égard de l’application du développement durable dans le monde. Dans leur papier, ils ont abordé le sujet de l’économie verte en précisant ce qu’elle n’est pas : un substitut au développement durable, concept beaucoup plus vaste, un modèle unique pour toutes les nations, un prétexte invoqué par les pays riches pour échapper à leurs engagements, ou encore une condition essentielle pour l’obtention de financements.
Enfin, la conférence s’est terminée par une série de recommandations visant à renforcer le journalisme environnemental : améliorer l’accès aux sources d’information, faire preuve d’engagement à l’égard des questions d’environnement, créer un réseau de journalistes d’environnement sur Facebook, respecter le partenariat entre les médias et les composantes de la société, rédiger un guide à l’intention des journalistes, contribuer à augmenter la part accordée aux sujets d’environnement dans la presse et les médias, assurer le concours du PNUE et de l’Escwa...
S.B.

