Yasmine Char.
Une littérature puisée au cœur de la réalité mais qui dépasse toute fiction... Journal d’un corps de Daniel Pennac (390 pages) est bien dans l’air du temps avec ses pages impudiques et sans tabous. Une recension méticuleuse de l’intimité humaine, qui ne laisse rien à l’ombre. Rien à l’ombre de ce qui touche à notre corps, ce galopin de compagnon d’une vie, que nous croyons pourtant connaître. Et qui, souverainement imprévisible, nous surprend à chaque fois. Avec ses émotions, ses emballements, ses coups de cœur que nous arrivons à peine à contrôler, ses maladies qui nous minent, ses embardées et ses fléchissements sexuels, son vieillissement et, inexorablement, sa mort. Le corps, cette énigme que nous habitons...
En prenant le parti pris de tout dire à travers un journal, Daniel Pennac est loin de jouer à Anne Franck ou de se rapprocher des pages sulfureuses d’un René Crevel (Mon corps et moi) ou du Sabbat de Maurice Sachs. Au contraire, il se fraye un chemin solitaire à travers une narration grave et malicieuse. Rien sur la Seconde Guerre et encore moins sur les événements de Mai 68, mais à profusion abondent les détails tels : comment pissent les garçons, comment sont les seins des femmes, ou comment jouir... D’un éloge de la masturbation aux premiers signes de vieillissement, en passant par le trouble des maladies, l’auteur de Chagrin d’école (prix Renaudot 2007) ne craint nullement d’affronter le miroir qui lui renvoie son image dans tous ses états.
Sans fard ni « bricolage » (ces soins esthétiques pour venir au secours d’une incarnation qui crame comme un gâteau qui se dégonfle à la sortie du four !), le livre de Pennac, authentique registre pour la gloire et la misère du corps humain, garde le lecteur constamment en éveil et pique, sans pudeur aucune, sa curiosité.
Par-delà toute violence, le droit au bonheur...
Une voix venue du Liban avec Yasmine Char qui, après le magnifique La main de Dieu, signe un second ouvrage non moins remarquable, Le palais des autres jours (209 pages). Sur le thème de la gémellité, mais bien loin de la prose somptueuse et des affinités des Météores de Michel Tournier, chef-d’œuvre du genre, Yasmine Char, née à Beyrouth de père libanais et de mère française, explore la force et l’impact des souvenirs.
Des souvenirs évoqués à travers les pérégrinations de Lila et Fadi, sœur et frère pris dans l’engrenage de la violence. Des fracas des armes dans la capitale libanaise au racisme sans pitié dans la Ville Lumière, de Beyrouth à Paris, ils luttent pour trouver une place dans ce monde, tout en revendiquant une part de bonheur, un droit d’être heureux....
Dans ce dédale à la friabilité d’argile, sombre et aux accents tragiques, se dresse le bilan de tout ce qui se nomme déracinement, abandon, héritage et identité. Ces jumeaux fusionnels en font la lourde et pénible expérience. La cruauté de la vie à travers des pages qui évoquent des violences différentes ramène ces deux êtres à la plus touchante des fragilités, à la plus surprenante des vulnérabilités.
De la mélancolie d’un lien qui se défait, d’un pays qu’on quitte toujours à contrecœur, d’une terre nouvelle, même vaguement familière, qu’on foule avec quelque appréhension ou espoir, ce livre parle des problèmes identitaires. Avec un lyrisme moderne saisissant. Et dans un style fignolé, sans pour autant être précieux ou recherché. Une langue française aux diaprures orientales où sens de la formule poétique et rigueur d’une écriture d’une haute tenue servent avec doigté une trame rondement menée, ainsi que des portraits de personnages en quête de paix intérieure, brossés avec verve et finesse.
* « Journal d’un corps » de Daniel Pennac et « Le palais des autres jours » de Yasmine Char sont en vente à la librairie al-Bourj.
En prenant le parti pris de tout dire à travers un journal, Daniel Pennac est loin de jouer...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef