Le président Raimundo Pereira a connu le même sort, selon un membre de sa garde rapprochée. « Il n’a opposé aucune résistance » quand des soldats sont venus le chercher, a-t-il raconté. Plusieurs responsables politiques ont également été arrêtés jeudi soir et conduits au siège de l’état-major, selon une source militaire.
Les soldats ont eux renforcé leur présence dans les rues. Certains étaient postés hier devant les ministères des Finances et de la Justice, et le siège du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC, au pouvoir), en centre-ville. La radio publique a toutefois recommencé à émettre dans l’après-midi, alors qu’elle diffusait exclusivement depuis jeudi soir de la musique et des communiqués laconiques émis par un « commandement militaire » sans nom ni visage.
Ce dernier a ainsi assuré n’avoir « aucune ambition pour le pouvoir » et a convoqué les partis politiques pour une réunion en fin d’après-midi, en vue de permettre un « retour rapide du pays à une normalité politique et constitutionnelle ». Un peu plus tôt, l’armée avait expliqué son coup de force par la volonté de dénoncer « l’existence d’un accord militaire secret » entre le pouvoir et l’Angola. Selon elle, « cet accord vise à légitimer la présence de troupes étrangères, en l’occurrence la Mission militaire angolaise (Missang) en Guinée-Bissau, dans un souci de protéger le gouvernement en cas de crise ».
Peu après le coup d’État, les condamnations internationales se sont multipliées. Les pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU « ont condamné l’action militaire et demandé instamment le rétablissement immédiat des autorités civiles ». Jugeant le putsch « inadmissible », l’UA a averti qu’elle « n’acceptera aucune prise de pouvoir par des voies anticonstitutionnelles ni remise en cause du processus démocratique ». Les États-Unis ont eux exhorté « toutes les parties à déposer leurs armes et à restaurer le leadership légitime des civils », donnant des consignes de prudence à leurs ressortissants. L’Algérie aussi a condamné hier le coup d’État et appelé toutes les parties à « faire preuve de la plus grande retenue afin que la légalité et la légitimité puissent être restaurées le plus rapidement possible ». Et le Portugal, ex-puissance coloniale, « condamne avec fermeté le coup d’État », selon le président Anibal Cavaco Silva.
La Guinée-Bissau a une histoire jalonnée de putschs, tentatives de coups d’État militaires et violences politiques depuis son indépendance en 1974. La tension montait depuis plusieurs jours, en plein entre-deux tours de scrutin. Jeudi même, quelques heures avant les troubles, l’opposition menée par l’ex-président Kumba Yala, qui est censé affronter le 29 avril Carlos Gomes Junior, avait appelé au boycott de la présidentielle et mis en garde quiconque ferait campagne. M. Yala avait dénoncé des « fraudes massives » au premier tour du 18 mars, où il avait obtenu 23,26 % des voix contre 48,97 % pour M. Gomes. La campagne pour le second tour était censée démarrer hier.
(Source : AFP)

