Kazi Ashraf Hossain est mieux connu sous le nom de « Pakhi Bhai » (Frère oiseau). Munir uz Zaman/AFP
Obligé pour des raisons de santé de quitter son poste de conducteur de grue dans les années 1970, il écoute les conseils de ses collègues d’alors. « Ils disaient que je savais y faire pour persuader un fiancé récalcitrant », se souvient-il, dans ses bureaux du centre de Dacca. « Armé d’un simple jeu de photos, j’ai monté ma petite affaire » malgré l’opposition véhémente de son père, ajoute-t-il. Au début, il fait du porte-à-porte, rendant visite aux familles en leur présentant des portraits de fiancé(e)s potentiel(le)s. « J’allais si vite d’un client à un autre qu’ils avaient l’impression que je volais. D’où mon surnom : Frère oiseau », explique-t-il. À la fin des années 1970, il décide de passer à la vitesse supérieure et diffuse des petites annonces dans les journaux, une décision « qui a beaucoup choqué », mais qui s’est révélée payante. Aujourd’hui, il est un hôte régulier de la télévision et est reconnu pour sa richesse et son influence. Pakhi Bhai a cinq assistants et une base de données sur informatique, avec des milliers de CV et de photographies de célibataires qui ne veulent plus l’être.
Ses tarifs ? Entre 1 200 et 4 000 dollars US pour un mariage conclu, une somme rondelette dans ce pays pauvre. Les deux familles qui sortent de « la pièce de rencontre », dans les bureaux de l’entremetteur, ne feront sans doute pas affaire ensemble. Ahmad, qui travaille à Portsmouth, en Grande-Bretagne, dans l’industrie aéronautique, a pris un long congé sans solde pour se marier au pays. Sans résultat pour le moment. « Il n’y a pas eu d’étincelle », commente Pakhi Bhai. « Le garçon est très diplômé. Il est normal que sa famille recherche une belle fille. Ils en veulent une qui soit belle, éduquée, mince et qui fasse au moins 1 mètre 57. »
Sans surprise, Pakhi Bai est un ardent défenseur du mariage arrangé. « Une union arrangée est solide comme le roc parce que c’est entre deux familles et leur famille éloignée. Le couple appartient à ces deux familles qui vont tout faire pour qu’il ne se sépare pas », explique-t-il. « J’ai vu des milliers de mariages d’amour se rompre. Et les divorcé(e)s viennent ensuite me voir pour un mariage arrangé », assure-t-il. La dispersion des familles et l’immigration vers les villes rendent son métier encore plus indispensable, selon lui, d’autant que les aspirations des uns et des autres évoluent. « Les filles maintenant sont très difficiles. Elles préfèrent attendre jusqu’à la fin de la trentaine plutôt qu’épouser quelqu’un qui ne leur va pas », soupire-t-il. « Et les bonnes vieilles qualités telles que l’honnêteté, l’humilité, le bon caractère sont oubliées. Toutes les filles veulent un mari riche et intelligent. Il doit posséder une voiture ou un appartement. » Les agences matrimoniales au Bangladesh sont critiquées pour leur propension à gonfler la profession ou la fortune de leurs clients, une habitude propre aux nouvelles agences qui se sont multipliées ces derniers temps, selon Pakhi Bhai. Mais « c’est difficile de savoir si une fille ment sur son âge ou un garçon sur ses biens », avoue-t-il.
Devenu riche et célèbre, Pakhi Bhai a un regret : les gens ne veulent pas montrer que leur alliance est le fait d’un entremetteur. « J’ai fait se rencontrer tellement de personnes, pour lesquelles même les parents n’avaient plus d’espoir. Mais on ne m’invite quasiment jamais à la noce. »
(Source : AFP)

