Aung San Suu Kyi a salué une « nouvelle ère » et appelé à l’union nationale.Christophe Archambault/AFP
La télévision d’État, citant la commission électorale, a confirmé hier ce que son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), avait annoncé dès dimanche soir : la lauréate du prix Nobel de la paix intègre l’appareil politique légal de son pays, pour la première fois de sa vie. La LND a remporté au moins 40 des 44 sièges qu’elle briguait. Les résultats dans les cinq autres circonscriptions, sur les 45 en jeu, seront annoncés plus tard. Le parti avec lequel Mme Suu Kyi a fait toute sa carrière politique comptera donc au moins 35 députés, sur un total de 440, ainsi que trois représentants à la Chambre haute et deux dans les Chambres régionales.
L’annonce n’a fait qu’entériner une réalité déjà connue des partisans de l’opposante, devant qui elle s’est exprimée hier. Un discours de victoire, bref et solennel. « Nous espérons que cela va être le début d’une nouvelle ère, dans laquelle le rôle du peuple dans la politique au quotidien sera accentué », a-t-elle déclaré aux centaines de militants qui l’attendaient avec des fleurs. « Ce n’est pas tant notre triomphe que le triomphe de ceux qui ont décidé qu’ils devaient participer au processus politique de ce pays. Ce qui importe n’est pas le nombre de sièges remportés, bien que nous soyons bien sûr extrêmement satisfaits d’en avoir gagné autant, (mais) le fait que les gens montrent autant d’enthousiasme dans leur participation au processus démocratique. »
La Ligue a toutefois estimé hier qu’un siège pourrait lui échapper dans le nord de l’État Shan, où le Parti national démocratique shan (SNDP), deuxième force du Parlement actuel, a assuré que son candidat avait remporté la victoire. La « Dame de Rangoun », qui prône la non-violence contre l’oppression depuis près de 25 ans, a pour autant lancé un appel à l’union. « Nous espérons que tous les partis qui ont participé aux élections seront en mesure de coopérer avec nous afin de créer une atmosphère véritablement démocratique dans notre nation. » Dans un message diffusé tard dimanche soir, elle avait déjà appelé ses partisans à la mesure, exigeant que « la victoire du peuple soit une victoire digne ».
Le gouvernement n’a rien à craindre dans l’immédiat. Le Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP), créé de toutes pièces par l’ancienne junte, avait revendiqué environ 80 % des sièges en 2010. Et un quart des parlementaires sont, en vertu de la Constitution, des militaires désignés en marge du processus électoral. Mais Mme Suu Kyi va désormais tenter d’influencer l’appareil de l’intérieur, d’ici aux législatives de 2015, qui, au vu de ce résultat, pourraient voir l’opposition devenir majorité. « Ils veulent gagner les prochaines élections complètement et être capables de mettre en place leur propre gouvernement », assurait ainsi avant le scrutin Trevor Wilson, ancien ambassadeur australien en Birmanie.
Les anciens militaires réformateurs arrivés au pouvoir il y a un an tentent de prouver que leurs réformes justifient la levée des sanctions occidentales. Dans le cadre de ce processus de transition sous contrôle de l’armée, ils avaient même intérêt, selon les analystes, à voir l’opposante triompher sous le regard de la communauté internationale. Avant même l’annonce des résultats officiels, le régime de Naypyidaw, la capitale birmane, semblait d’ailleurs avoir réussi son opération de séduction. Il a reçu le soutien de ses voisins de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean), qui a salué des élections « libres, justes et transparentes ».
La Maison-Blanche a également adressé ses « félicitations au peuple birman pour sa forte participation à ce processus électoral, ainsi qu’à Aung San Suu Kyi et la Ligue nationale pour la démocratie pour leur succès ». Dans un communiqué, Washington dit aussi espérer que le gouvernement birman continue à œuvrer à une plus grande démocratisation. L’Union européenne a, elle, évoqué la possibilité d’envoyer un « signal positif » au régime birman, laissant entrevoir un possible allègement de ses sanctions à l’occasion d’une réunion qui doit réévaluer ces restrictions fin avril. Le président de l’UE, Herman Van Rompuy, et la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, ont adressé leurs « félicitations aux autorités et au peuple de Birmanie » dans des communiqués.
Le président français Nicolas Sarkozy a salué quant à lui une « victoire de la démocratie » en Birmanie, tout en se disant conscient que « le chemin de la réconciliation nationale est encore long », dans une lettre rendue publique par l’Élysée.
(Source : AFP)

