Le siège de la Syrie était désespérément vide hier au sommet de la Ligue arabe à Bagdad, Damas ayant été suspendu par l’organisation. Ahmad al-Rubaye/AFP
Présent au sommet, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a appelé M. Assad à appliquer sans délai le plan de M. Annan, qui prévoit la cessation des violences par toutes les parties, la fourniture d’aide humanitaire et la libération des personnes détenues arbitrairement. Depuis Damas, M. Assad a indiqué de son côté avoir accepté ce plan, soulignant que son pays « n’épargnera aucun effort pour (le) faire réussir », dans une déclaration rapportée par l’agence SANA. Il a néanmoins implicitement soumis sa réussite à l’arrêt du soutien apporté selon lui aux « groupes terroristes » (rebelles) par des pays de la région, sans les nommer. « Pour faire réussir la mission d’Annan, il faut faire tarir les sources du terrorisme visant la Syrie et en provenance de pays qui ont annoncé avoir financé et armé les groupes terroristes », a-t-il ainsi déclaré. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, y a vu un « signe d’espoir », jugeant toutefois que le plan devait être appliqué « immédiatement ». À Washington, Mark Toner, un porte-parole du département d’État, a estimé que les déclarations de M. Assad « ne sont pas surprenantes, mais décevantes ». Il a en outre appelé le président syrien à mettre fin à la violence et souligné que les forces gouvernementales n’avaient encore rien fait pour se conformer au plan de M. Annan.
Damas accuse des pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et le Qatar, de financer et d’armer l’opposition. Ces deux pays, qui se sont dit en faveur de l’envoi d’armes à l’opposition, ont boudé le sommet en n’y envoyant que des responsables de second rang. Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki s’est, lui, montré fermement opposé à l’idée d’armer l’opposition. « D’après notre expérience en Irak, armer les deux camps dans le conflit va conduire à une guerre régionale et internationale par procuration en Syrie. Cela préparera le terrain pour une intervention armée étrangère en Syrie, ce qui porterait atteinte à la souveraineté d’un pays arabe frère », a-t-il dit. M. Maliki a également mis en garde contre el-Qaëda, qui pourrait tirer profit des bouleversements affectant plusieurs pays arabes.
Explosion à Bagdad
Le sommet s’est tenu sous des mesures de sécurité exceptionnelles, ce qui n’a pas empêché un obus de mortier de s’abattre à proximité du lieu de rencontre. L’explosion s’est produite près de l’ambassade d’Iran sans faire de victime. Au total, dix chefs d’État des pays membres étaient présents. La Syrie en était absente car suspendue par la Ligue arabe. Un responsable syrien avait indiqué récemment que Damas rejetterait par conséquent toute initiative émanant de la Ligue. L’Iran, en revanche, a tenu à afficher son soutien sans faille au régime syrien par la voix de son guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Ce dernier a affirmé que la République islamique « défendra la Syrie en raison de son soutien à la résistance antisioniste », en recevant le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. « Nous sommes fermement opposés à toute ingérence de forces étrangères dans les affaires internes de la Syrie (...) Les réformes qui ont commencé là-bas doivent se poursuivre », a-t-il ajouté. Parallèlement, à New Delhi, en Inde, les cinq grands pays émergents du bloc des BRICS, qui veulent asseoir leur influence diplomatique, ont unanimement estimé lors d’un sommet que seul le dialogue pouvait résoudre la violence en Syrie et la crise avec l’Iran.
Plus de 30 civils tués
Sur le terrain en Syrie, selon les sources, entre 23 et 36 civils ont été tués hier dans la poursuite de la répression, que la France a encore une fois dénoncée. Les violences ont notamment touché les provinces d’Idleb, de Homs et de Hama, où 14 militaires et un rebelle ont péri. Dans la province de Deraa, de violents combats se déroulaient entre l’armée et les rebelles dans la ville de Daël. Des dizaines de personnes ont été arrêtées lors de perquisitions dans trois autres localités de la province. À Alep, des hommes armés ont tué un colonel au lendemain de l’assassinat d’un officier dans cette même ville.
Par ailleurs, deux journalistes freelance, dont un Britannique d’origine algérienne, ont été tués lundi à la frontière turque par l’armée syrienne, a indiqué hier l’organisation Reporters sans frontières. À Londres, le Foreign Office a indiqué qu’il enquêtait sur l’affaire. Le Royaume-Uni a en outre annoncé le quasi-doublement de son aide destinée à l’opposition, qui atteint désormais au total 1,2 million d’euros, pour qu’elle puisse notamment recueillir des informations sur les violations des droits de l’homme. Pour leur part, les médias de Téhéran ont rapporté que 12 Iraniens enlevés en Syrie il y a plusieurs mois ont été libérés.
Sur le plan humanitaire, des experts de l’ONU et de l’Organisation de la coopération islamique, qui ont participé récemment à une mission d’évaluation en Syrie, ont conclu que « plus d’un million de Syriens avaient besoin d’aide humanitaire », a indiqué un porte-parole de l’ONU. Quant à la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, elle a demandé aux « parties impliquées dans le conflit d’assurer la protection de l’héritage culturel (syrien) exceptionnel ».
Tournée régionale de Clinton
Parallèlement à ces développements diplomatiques et sécuritaires, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton entamera aujourd’hui une tournée au Proche-Orient et en Turquie, qui sera dominée par la crise syrienne. À Istanbul, elle profitera de la deuxième réunion des Amis de la Syrie pour exhorter l’opposition syrienne de s’unir. Concernant cette réunion, Chypre a estimé que le refus de la Turquie de l’y inviter représentait « un problème majeur pour l’Union européenne ». Enfin, la Belgique a annoncé à son tour la fermeture de son ambassade à Damas.
(Sources : agences
et rédaction)

