L’émissaire onusien avait déjà indiqué le 14 mars avoir reçu un premier élément de réponse des autorités syriennes au plan qui préconise notamment la cessation de toutes formes de violence par toutes les parties sous supervision de l’ONU, la fourniture d’aide humanitaire et la libération des personnes détenues arbitrairement.
Parallèlement, M. Annan a indiqué à Moscou que les Syriens devaient décider eux-mêmes si le président Bachar el-Assad devait quitter le pouvoir. Il a par ailleurs estimé que la crise « ne peut pas durer indéfiniment », mais qu’il lui était impossible d’avancer une date butoir pour une résolution du conflit. « Cela n’a pas de sens d’avancer un calendrier quand toutes les parties ne sont pas d’accord », a ajouté M. Annan, poursuivant que « comme je l’ai dit aux parties sur le terrain, elles ne peuvent pas résister au souffle du changement ».
Moscou et Ankara
L’émissaire a rencontré dimanche le président russe Dmitri Medvedev et le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov, afin d’évaluer dans quelle mesure Moscou était prête à faire pression sur Damas pour endiguer les violences. M. Medvedev a jugé que les propositions de M. Annan étaient « la dernière chance » pour y éviter une « guerre civile prolongée » et lui a promis de lui apporter « toute l’aide » possible.
Le président américain Barack Obama et son homologue russe ont constaté à Séoul leur accord sur le soutien au plan et l’installation à Damas d’un gouvernement « légitime ». À l’issue de leur tête-à-tête, M. Obama a néanmoins brièvement évoqué leurs différends persistants.
La prochaine étape de la tournée de M. Annan sera à Pékin, aujourd’hui et demain. « La Chine apprécie et soutient les efforts de médiation et espère que cette visite permettra des discussions approfondies sur un règlement politique de la question », a déclaré de son côté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hong Lei.
Dans le même temps, la Turquie a fermé son ambassade à Damas, en raison d’une dégradation des conditions de sécurité, a-t-on indiqué de source diplomatique turque. Le consulat général à Alep restera en revanche ouvert. « La fermeture de notre ambassade est évidemment un fort message politique » au régime de Damas, a-t-on par ailleurs souligné de source proche du gouvernement turc. La fermeture de l’ambassade est intervenue quelques heures après une rencontre entre M. Obama et le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, qui sont convenus d’apporter une aide « non militaire » aux rebelles syriens, dont des équipements de communication, a annoncé un responsable américain. Le numéro deux des Frères musulmans syriens, Farouk Monir Khalid, a pour sa part qualifié de « bonne nouvelle » cette annonce. La Norvège a par ailleurs emboîté le pas à Ankara, fermant elle aussi son ambassade. La secrétaire d’État Hillary Clinton se rendra à Riyad vendredi pour discuter de la crise syrienne.
Par ailleurs, l’opposition syrienne peine à se rassembler en un front uni face au régime. À l’approche d’une réunion internationale sur la Syrie le 1er avril à Istanbul, le Conseil national syrien ainsi que de nombreuses formations et personnalités doivent se réunir en séance plénière aujourd’hui dans la ville turque. Des opposants ont refusé d’y participer.
Contrôler les hauts lieux de contestation
Malgré toutes les tractations diplomatiques en cours, la situation sur le terrain ne fait qu’empirer. Les troupes syriennes ont ainsi mené une série d’offensives contre plusieurs villes défendues par les rebelles, notamment Homs, violemment pilonnée, faisant au moins 61 morts à travers le pays, selon la chaîne satellitaire al-Arabiya. Khaldiyé, bombardé aux roquettes et aux obus de mortier depuis près d’une semaine, était toujours sous le feu de l’armée du régime, ont rapporté les Comités locaux de coordination (LCC). Les quartiers Bab Houd et Hamidiyé, dans la vieille ville de Homs, étaient en outre « violemment pilonnés », et ceux de Ouarché, Bab Sbaa, Safsafa, Wadi Iran, Bayada et Bab Dreib étaient la cible d’un bombardement d’une moindre intensité.
À Saraqeb dans la province d’Idleb, l’armée menait des perquisitions et des arrestations, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). L’armée a également lancé un assaut sur le village de Chatouriya et affronté les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) dans celui de Darkouch, où les bombardements ont provoqué l’incendie de plusieurs maisons. Toujours dans la province d’Idleb, un civil a été abattu par un tireur embusqué à Maaret al-Noomane. À Harasta, à 10 km de Damas, une jeune fille de 18 ans a péri sous les balles des troupes et un civil a été tué à un barrage militaire dans la province d’Alep. Par ailleurs, des campagnes d’arrestations ont été menées à Deraa et Deir ez-Zor.
Selon Abou Ghazi, un militant dans la province de Hama, les troupes ont attaqué Kafr Zeita. Elles « ont arrêté des militants et des médecins, brûlé les maisons de plusieurs d’entre eux, puis ont isolé la ville en installant des barrages à ses entrées et déployé de nombreux tireurs embusqués ». Dans la même région, l’armée bombardait Qalaat al-Madiq, où la situation humanitaire s’aggrave.
Dans la province de Hassaka, le corps de Khalaf Mohammad Qatana, militant et neveu de Mechaal Tamo, leader kurde assassiné en octobre, a été retrouvé, a rapporté l’OSDH.
Enfin, la Syrie a fait échouer une infiltration de « terroristes » dans la région d’Idleb depuis la Turquie voisine, a rapporté l’agence SANA.
(Sources : agences
et rédaction)

