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Moyen Orient et Monde - Reportage

La torture, méthode ordinaire dans les commissariats russes

La police russe affirme que les cas de torture en garde à vue sont des « incidents isolés », mais les témoignages de détenus victimes de sévices et de leurs proches laissent penser que cette pratique est couramment utilisée en Russie pour extorquer des aveux.
Une quarantaine de personnes se pressent au pied de l’escalier menant vers le comité d’enquête du Tatarstan dans l’espoir de dénoncer les sévices que les policiers de cette république du centre de la Russie infligent. Si elles sont réunies là mercredi, c’est qu’un groupe d’enquêteurs venu de Moscou se penche sur les méthodes des forces de l’ordre de Kazan, la capitale tatare, à la suite de la mort en détention début mars de Sergueï Nazarov, 52 ans, après avoir été sodomisé à l’aide d’une bouteille. Au moins trois enquêtes visant ce même commissariat sont en cours et sept policiers ont été arrêtés.
L’une de leurs victimes, Oskar Krylov, un informaticien de 22 ans, a raconté comment un soir d’octobre 2011, il a été placé en garde à vue pour un vol. Comme il refusait d’avouer, trois policiers, dont le chef de la brigade criminelle, Aïnour Rakhmatoulline, l’ont violé d’abord avec un stylo, puis avec une bouteille. « J’ai crié “à l’aide”, “lâchez-moi”, “je signerai tout”. Mais Rakhmatoulline m’a dit : “Il fallait signer tant qu’on te traitait bien, maintenant on va te baiser toute la nuit”. » « Maintenant, avec ce qui est arrivé à M. Nazarov, je me dis que je suis vivant, en bonne santé, j’ai eu de la chance », conclut le jeune homme.
Si la brutalité de ces policiers a été largement relayée par les médias, les autorités insistent sur le caractère isolé de ces comportements. Interrogé, le chef de la police de Kazan, Roustem Kadyrov, la mine grave mais le regard fier, insiste : « Les gens doivent faire confiance à la police. Je considère que ce n’est pas juste de tirer des conclusions générales à partir d’un seul cas honteux. » Ceux qui se sont rassemblés devant le comité d’enquête ne font pas confiance à la police. L’un après l’autre, ils relatent les sévices dont leur fils ou leur frère ont été victimes. Tassima Minimoulovna, la cinquantaine, pleure en racontant comment son fils, Aïrat, a été battu des jours durant afin de lui faire avouer un meurtre et des attaques contre des chauffeurs de taxi. « Les policiers ne travaillent que pour obtenir un profit (...) ils se fichent de tout, et tous les moyens étaient bons pour mettre mon fils en prison », s’emporte-t-elle.
Le directeur du Centre des droits de l’homme de Kazan, Igor Cholokhov, qui a déposé au parquet cette semaine 17 dossiers concernant des violences, dont cinq décès en détention, considère que ces méthodes sont la norme. « Au Tatarstan, ce n’est ni mieux ni pire que dans les autres régions », explique cet ancien directeur de prison qui se consacre désormais à la dénonciation des violences policières. Selon lui, une grande partie du problème vient du fait que les policiers ont les mains libres du moment qu’ils atteignent les objectif fixés par leurs chefs sur le nombre de crimes à élucider. « C’est ainsi que les policiers obtiennent une prime, une promotion et d’autres avantages et ne sont pas punis pour avoir mal fait leur travail », explique M. Cholokhov.
Ainsi, à la faveur du scandale au Tatarstan, les ONG russes ont attiré l’attention sur plusieurs affaires, notamment le cas, dans la région de Moscou, d’un jeune Daguestanais, emprisonné depuis le 8 mars, qui a été roué de coups et a eu les ongles arrachés pour lui extorquer un témoignage contre un ami. Pourtant, le président russe Dmitri Medvedev avait fait de la réforme de la police l’une de ses grandes priorités. Sans grand résultat.
(Source : AFP)
La police russe affirme que les cas de torture en garde à vue sont des « incidents isolés », mais les témoignages de détenus victimes de sévices et de leurs proches laissent penser que cette pratique est couramment utilisée en Russie pour extorquer des aveux.Une quarantaine de personnes se pressent au pied de l’escalier menant vers le comité d’enquête du Tatarstan dans l’espoir de dénoncer les sévices que les policiers de cette république du centre de la Russie infligent. Si elles sont réunies là mercredi, c’est qu’un groupe d’enquêteurs venu de Moscou se penche sur les méthodes des forces de l’ordre de Kazan, la capitale tatare, à la suite de la mort en détention début mars de Sergueï Nazarov, 52 ans, après avoir été sodomisé à l’aide d’une bouteille. Au moins trois enquêtes visant ce même...
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