Les putschistes maliens annonçant à la télévision nationale malienne « la fin du pouvoir » du président Touré. Photo Reuters/Mali TV
Hier vers 04h00 (heure locale et GMT), des militaires en uniforme sont apparus à la télévision nationale qu’ils occupaient depuis mercredi, après une mutinerie partie de Kita, ville-garnison à 15 km de la capitale, et qui a gagné Bamako puis Koulouba où se trouve le palais présidentiel. Au moins un militaire a été tué et environ 40 personnes, dont des civils, ont été blessées lors de combats avec la garde présidentielle près du siège de la présidence, a indiqué une source militaire. Cette source, qui communique avec les mutins et les loyalistes, a précisé ne pas avoir connaissance dans l’immédiat d’un bilan dans le camp loyaliste. La révolte a également gagné Gao dans le nord-est, siège d’un commandement de l’armée contre la rébellion où des chefs militaires loyalistes étaient détenus.
Les soldats mutinés ont ainsi annoncé avoir « fin au régime incompétent » du président Touré, décrété la dissolution de « toutes les institutions » ainsi qu’un couvre-feu pour une durée non précisée. Les frontières du Mali ont été fermées « jusqu’à nouvel ordre » et les fonctionnaires ont été invités à rependre le travail le mardi 27 mars à partir de 07h30, sous peine d’être considérés comme en « abandon de poste », ont-ils affirmé hier en cours de journée. De même, l’aéroport de Bamako a été fermé et les vols sont annulés jusqu’à nouvel ordre, de source aéroportuaire. Et depuis mercredi soir, des tirs de sommation sont sporadiquement entendus à Bamako, où la circulation était très fluide, selon des témoins. Des ministres africains des Affaires étrangères, qui s’étaient rendus à Bamako pour une rencontre sur la sécurité dans le Sahel, étaient d’ailleurs bloqués dans leur hôtel.
Parallèlement, alors que les partisans du président Touré s’inquiétaient de sa situation, une source militaire loyaliste a annoncé que « le président est bien à Bamako, il n’est pas dans une ambassade. Il est dans un camp militaire d’où il dirige le commandement », ce qu’a confirmé un membre de l’entourage de M. Touré, en précisant qu’il était avec des Bérets rouges de sa garde présidentielle.
Ce putsch intervient après plus de deux mois de guerre contre des rebelles touareg dans le nord du Mali, vaste zone déjà en proie aux activités de groupes islamistes armés incluant el-Qaëda au Maghreb islamique (AQMI) et de divers trafiquants. Le régime de Touré a dû en effet gérer ces dernières semaines la colère au front de soldats sous-équipés face à des adversaires lourdement armés, appuyés par des islamistes, mais aussi au sein de leurs familles qui critiquaient sa réaction molle et l’absence des nouvelles de leurs, dont certains ont été exécutés. Le bilan de cette guerre, lourd pour les deux camps, est difficile à établir, de sources indépendantes, d’autant que le conflit a poussé près de 200 000 personnes à se déplacer à l’intérieur du Mali ou dans des pays voisins.
Le lieutenant Amadou Konaré, porte-parole des mutins qui ont formé un Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE), a donc dénoncé « l’incapacité » du gouvernement « à gérer la crise » dans le Nord, et les putschistes s’engagent à « restaurer le pouvoir » civil et mettre en place un gouvernement d’union nationale.
Le coup d’État militaire a mis fin à un processus électoral qui prévoyait la présidentielle, un référendum constitutionnel et des législatives. Amadou Toumani Touré – élu en 2000 et réélu en 2007 – devait céder son fauteuil, conformément à la Constitution qui lui autorisait au maximum deux mandats consécutifs de cinq ans.
Unique formation de l’opposition représentée à l’Assemblée nationale malienne, le parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (SADI) a été le seul à se prononcer sur le putsch, qu’il a salué. Son président, Oumar Mariko, s’est déclaré prêt à rejoindre un gouvernement d’union nationale proposé par les putschistes.
Mais l’annonce du renversement du pouvoir a néanmoins suscité une vague de condamnations et d’appels au rétablissement de l’ordre constitutionnel à l’étranger. La France a décidé de suspendre « toutes ses coopérations régaliennes avec le Mali », a demandé le respect de l’intégrité physique du président Touré et la libération des personnes détenues. Son ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a, lui, souhaité des élections « le plus vite possible ».
Pour Jean Ping, président de la Commission de l’UA, le putsch « constitue un sérieux recul pour le Mali et pour les processus démocratiques en cours sur le continent ». Le chef de l’OCI s’en est dit « profondément choqué », et le président nigérien Goodluck Jonathan a parlé d’« un revers » pour la démocratie en Afrique. L’Algérie a également exprimé sa « grande préoccupation », l’UE a réclamé le retour de l’ordre constitutionnel et le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a appelé à une résolution pacifique des « doléances ». Le secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf a aussi condamné le coup d’État au Mali et appelé à des élections libres dans « des délais acceptables ». Quant aux États-Unis, ils ont demandé « le retour immédiat de l’ordre constitutionnel au Mali, dont l’autorité pleine et entière du pouvoir civil sur les forces armées, et le respect des institutions et traditions démocratiques du pays ».
(Source : agences)

