Un art de la tapisserie privilégiant le mouvement et les couleurs vibrantes Photo Michel Sayegh
Organisée par Elsa Martayan, la fille de l’artiste, en collaboration avec le galeriste Fadi Mogabgab, cette rétrospective partielle (présentée dans le cadre du mois de la francophonie) met l’accent sur la période libanaise de cette artiste française qui, suite à son mariage, s’était installée au Liban en 1951. Elle y a vécu jusqu’à ce qu’en 1978 la guerre l’arrache à ce pays qui a joué un rôle essentiel dans son art, à travers la découverte de son éblouissante lumière. Une lumière vibrante et ensoleillée, qui baignera dès lors l’ensemble de ses œuvres... jusqu’à son retour forcé en France, où elle entamera son troisième et dernier virage de style avant de décéder en 2009.
C’est ce parcours chronologique que suit la scénographie de l’exposition consacrée à Simone Baltaxé Martayan à la villa Audi, et qui déroule une ou deux toiles de ses débuts parisiens suivies d’un grand ensemble de peintures et tapisseries réalisées au Liban (et empruntées essentiellement à des collections privées libanaises), puis de quelques-unes de ses dernières œuvres. Une quarantaine de pièces privilégiant donc sa période libanaise soulignant aussi les deux principaux éléments constitutifs de son art. À savoir : la représentation du mouvement chez cette artiste qui – selon sa fille – aurait voulu être danseuse. Et le goût des grandes compositions qu’avait cette fresquiste de formation (qui avait suivi un cursus d’art monumental aux Beaux-Arts de Paris).
La rétrospective s’ouvre par la Danse du 14 juillet, une grande huile parisienne datée de 1949, imprégnée de couleurs froides et d’une touche postcubique. Elle illustre le basculement esthétique qui se produira chez Martayan à peine deux ans plus tard. Laquelle, au contact de la lumière du pays du Cèdre, changera radicalement de palette et plus progressivement de style. Délaissant les tonalités froides pour les tons chauds et les couleurs ensoleillées, elle s’attellera à une figuration plus chaleureuse de scènes débordantes de vie. Guidé par son regard bienveillant, son pinceau s’attachera à dépeindre des scènes populaires et du quotidien de son pays d’adoption : ouvriers se reposant au soleil, foules aux souks et aux marchés, familles à la plage ou jour de Fête du Ramadan à la Forêt des pins de Beyrouth...
À travers ses peintures, qui mettent en scène l’individu dans son environnement, c’est le portrait du Liban d’avant-guerre que l’on retrouve avec émotion. Une terre de lumière et de convivialité que décrivent autant ses paysages côtiers ou ruraux, quasiment toujours habités que ses vues urbaines, dont un charmant coin de « Zarif » peint de son balcon.
« Ma mère n’a jamais fait de natures mortes, affirme Elsa Martayan. C’est l’être vivant qui l’intéressait. » En effet, la relation aux autres animait le travail de Simone Baltaxé Martayan. Ces autres qu’elle ne se contentait pas de reproduire dans ses peintures (une série de portraits de ses jeunes élèves du Lycée des jeunes filles à Beyrouth est, notamment, incluse dans cet accrochage), mais avec lesquels elle tissait des liens forts. C’est le cas de le dire s’agissant de sa rencontre et sa collaboration depuis le début des années 60 avec le maître lissier Georges Audi qui donnera naissance à plus d’une cinquantaine de tapisseries réalisées dans les ateliers de Zouk Mikaël, d’après ses esquisses. Et dont la présente exposition donne à voir une belle sélection de grandes pièces tout en dégradées de tonalités vives, rayonnantes et solaires célébrant, dans un style flirtant avec l’abstraction lyrique, le mouvement et la joie de vivre qu’elle avait trouvé dans ce pays où il faisait si bon vivre.
« Parallèlement à la tapisserie, ma mère a aussi signé les fresques murales de nombreux lieux publics de Beyrouth, notamment l’ancien aéroport et le Palais de justice, malheureusement disparus durant la guerre », signale aussi Elsa Martayan. Cette guerre tragique qui poussera Simone Baltaxé Martayan à regagner Paris. Et à franchir une troisième et dernière période artistique d’une grande liberté stylistique. Des quasi-abstractions évoquant, au moyen de formes suggérées et de couleurs denses, la Maternité, les Jeux d’enfants ou encore le bonheur de l’Envol ressenti par cette dame qui s’etait mise au parapente à l’âge de 70 ans !
Avenue Charles Malek, Achrafieh. Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi, de 10h à 18h. Tél. : 03/734520.
C’est ce parcours chronologique que suit la scénographie de l’exposition consacrée à Simone Baltaxé Martayan à la...

