A Sermin, village syrien situé à 8 kilomètres seulement du bastion rebelle d'Idleb, une manifestation, le 17 mars 2012, contre le régime de Bachar el-Assad. Depuis la chute d'Idleb, à Sermin, la population attend et redoute, dans l'angoisse, un possible prochain assaut des troupes syriennes. Ricardo Garcia/AFP
Un silence à glacer le sang règne dans les rues presque désertes de Sermin, dans le nord-ouest de la Syrie. Les rares hommes restés sur place attendent un nouvel assaut des forces du régime, après l’attaque violente subie il y a un mois.
Le 27 février, une centaine de chars d’assaut ont déferlé dans la cité, suivis de près de 1 000 fantassins, qui sont allés de maison en maison procéder à des exécutions sommaires, ont raconté des habitants. Lors de cette violente offensive contre Sermin, située à huit kilomètres d’Idleb, 13 personnes ont été tuées et une trentaine blessées, d’après les témoignages recueillis sur place.
« D’abord, ils ont bombardé avec des chars et des obus de mortier. Puis ils ont envoyé l’infanterie finir le sale boulot », explique un homme tenant l’une des barricades installées dans les rues où des pneus, arrosés de carburant, sont prêts à être mis à feu en cas d’attaque.
L’offensive, qui a duré huit heures, a laissé sur les façades des maisons de nombreux impacts de balles. « Un groupe d’environ 20 soldats a fait sauter la serrure de la maison de mon frère. Ils l’ont traîné à l’extérieur et lui ont tiré dessus de sang-froid. Ils ont ensuite pris son téléphone portable, son porte-monnaie et sa montre », raconte Mashen.
À côté, ses neveux montrent une photographie de leur père mort. « Leur objectif était de tuer tout ce qui bougeait, toute personne qui était dans la rue. Ils ont tué juste pour tuer. Ils sont pires que des animaux », affirme un autre habitant.
Au milieu de la terreur, pourtant, certains soldats de l’armée régulière ont bravé les ordres pour sauver des habitants, témoigne Abou Mohammad. « Un groupe de soldats est allé dans une maison et a rassemblé les habitants dans le sous-sol. Leur chef a donné des instructions pour qu’ils les exécutent, puis il est reparti. Aussitôt après, les militaires ont demandé (aux habitants) de hurler, puis ont tiré sur les murs pour donner l’impression que l’ordre avait été exécuté », raconte-t-il.
Depuis l’assaut de février, les rues de Sermin se sont vidées. La plupart des habitants, estimés entre 15 000 et 20 000 personnes, ont pris la fuite pour se réfugier dans des endroits plus sûrs, notamment en Turquie voisine. « Chacun s’attend à une nouvelle attaque, spécialement après la chute d’Idleb », confie Ahmad, ajoutant : « Nous serons les prochains. »
À Sermin, on estime à près de 250 le nombre de combattants de l’Armée syrienne libre (ASL). Mais ces derniers ne sont dotés que d’armes légères, qui paraissent bien faibles face à la puissance de feu du régime. Selon l’un de ces combattants, les troupes régulières ont massé 40 chars à moins de 2 km de Sermin et autant à Idleb.
Dans ce contexte, la population essaie de survivre tant bien que mal, alors que les produits de base manquent. Parmi les quelques femmes restées sur place, certaines se disent terrifiées. « Nous restons ici parce que nos maris restent pour se battre et mourir », mais « je suis effrayée », dit l’une d’elles, à la recherche comme d’autres de n’importe quelle denrée pour nourrir sa famille. Mais, assure une autre : « Nous n’avons pas peur, nous devons tous mourir un jour. »
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