Le projet demande à M. Assad et à l’opposition syrienne de « travailler de bonne foi » avec M. Annan, émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe, et « d’appliquer totalement et immédiatement » le plan de règlement en six points mis sur la table par M. Annan lors de ses récents entretiens à Damas. Le texte mentionne parmi les propositions de M. Annan la fin des violences, la mise en place progressive d’un cessez-le-feu, la fourniture d’aide humanitaire et le lancement d’un dialogue politique. Le Conseil prévoit « d’envisager des mesures supplémentaires », non précisées, si les six points ne sont pas appliqués dans les sept jours suivant l’adoption de la déclaration. Il s’agit d’une « déclaration présidentielle », qui doit être adoptée par consensus et qui a moins de poids qu’une résolution.
Selon le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, Moscou refuse que la déclaration prenne « la forme d’un ultimatum » au régime syrien. M. Lavrov a cependant estimé, au cours d’une interview préenregistrée à la radio Kommersant FM, que la direction syrienne avait « mal réagi aux toutes premières manifestations pacifiques de protestation et qu’en dépit des nombreuses promesses qu’elle a faites en écho à nos appels, elle a commis beaucoup d’erreurs ». « Les choses qui actuellement vont dans le bon sens arrivent trop tard », a-t-il déploré. Ces commentaires interviennent alors que les signes se multiplient quant à un éventuel changement de position de la Russie, jusque-là fidèle soutien à M. Assad. Par ailleurs, à l’issue d’une rencontre entre M. Lavrov et le chef du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Jakob Kellenberger, Moscou a aussi souligné « la nécessité d’assurer l’accès du CICR à toutes les personnes détenues en Syrie ». Paris et le département d’État US ont, eux, noté une évolution positive de la position russe.
À Genève où ils se sont rencontrés, M. Annan et le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, ont souligné « l’importance d’un message unifié de la part de la communauté internationale ». En outre, le Français Jean-Marie Guéhenno a été nommé adjoint de M. Annan pour le seconder dans sa mission de médiation, a annoncé l’ONU. Depuis lundi, cinq experts mandatés par M. Annan sont en Syrie pour négocier la mise en place d’une mission d’observation dans le but de faire cesser les violences.
Nouvelles sanctions de l’UE
De son côté, l’Union européenne prépare de nouvelles « sanctions ciblées » à l’encontre de la Syrie, de l’Iran et du Bélarus, en l’absence de progrès de la situation dans ces trois pays, a indiqué hier un haut responsable européen. Ce nouveau train de sanctions devrait être discuté, et probablement approuvé, à l’occasion de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE demain et vendredi à Bruxelles, selon la même source. Concernant la Syrie, les Européens devraient ajouter une douzaine de noms à la liste de près de 150 personnes et organisations, dont les principaux membres du régime syrien, faisant l’objet d’interdictions de visa en Europe et de gels d’avoirs. Les ministres devraient également discuter de la coordination de la présence diplomatique à Damas. La situation en Syrie et en Iran sera en outre abordée vendredi en présence du ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu.
À Washington, le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney, a assuré que l’administration Obama étudiait de nouvelles façons de renforcer les sanctions contre Damas. « Nous œuvrons avec nos alliés afin de renforcer la pression contre le régime Assad pour l’isoler davantage, le priver de ses ressources économiques. Je n’ai pas de nouvelles sanctions à annoncer aujourd’hui, mais nous travaillons avec le groupe des amis de la Syrie (...) pour faire tout notre possible » à cet effet, a-t-il promis.
Sur ce sujet bien précis, la conférence des amis de la Syrie, que la Turquie a prévu d’organiser à Istanbul, aura lieu le 1er avril et non le 2 avril comme annoncé au préalable, a-t-on appris de source diplomatique turque. « Nous avons décidé d’avancer d’un jour la réunion pour (...) gagner du temps et pouvoir utiliser notre temps d’une manière plus efficace (...) », a précisé cette source.
Au moins 55 civils tués
Sur le terrain, les troupes poursuivaient leurs opérations, provoquant la mort d’au moins 55 civils.
Selon des militants, des combats sporadiques ont opposé hier à l’aube des soldats de l’armée régulière aux dissidents de l’Armée syrienne libre (ASL) au cœur même de Damas. En milieu d’après-midi, la situation était normale dans le centre de la capitale, après les tirs sur la place Arnous, et dans les quartiers de Barzé et de Qaboun, en périphérie. La circulation dans les rues adjacentes à la place des Abassides (les rues de Bagdad, Qoussour et Tijara) était dense, du fait que des ruelles menant à des bâtiments gouvernementaux étaient coupées à la circulation par des barrages et des sacs de sable. Selon un témoin, l’armée, appuyée par des chars, a violemment dispersé un sit-in de centaines d’habitants de Douma, dans la banlieue de Damas, qui réclamaient les corps des personnes tuées depuis deux mois. Toutefois, les opposants auraient libéré un général capturé la semaine dernière dans ce faubourg damascène. « Naïm Khalil Odeh a été libéré en échange de plusieurs prisonniers et de quatorze corps », a déclaré une source de l’opposition.
Dans la province de Homs, 21 civils – dont trois enfants – ont été tués par des balles et des tirs de roquettes. Un civil a été tué à Hama, également par des tirs de mitrailleuse, et une dizaine de personnes ont été blessées dans plusieurs quartiers de la ville, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Dans la province d’Alep, un homme a été tué par un franc-tireur. À l’Université d’Alep, les forces syriennes ont violemment dispersé une manifestation étudiante et arrêté de nombreux étudiants. Quatre civils ont en outre été abattus dans la région d’Idleb et un soldat de l’ASL y a péri. Dans la ville portuaire de Lattaquié, un homme a péri en prison. À Deir ez-Zor, un homme est mort touché par un tir des forces gouvernementales qui menaient des perquisitions. Selon des militants, les rebelles auraient battu en retraite de la ville. Enfin, un soldat a été tué par des rebelles dans la région de Deraa.
(Sources : agences
et rédaction)

