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Hommage à Chaker Abou Sleiman

Il y a dix ans disparaissait un grand patriote, homme de parole et de droit : Chaker Abou Sleiman. Celui qui fut un parlementaire brillant, président de la Ligue maronite et médiateur courageux en temps de guerre a laissé un vide qu’il a été difficile de combler depuis, au fil des bouleversements qui ont affecté la scène politique libanaise. En digne fils de Mtein, Chaker Abou Sleiman alliait le bon sens hérité de ses racines montagnardes à la prudence d’un avocat chevronné. Durant le terrible conflit interchrétien des années 1989-1990, Abou Sleiman fut l’ultime recours, lui qui était considéré par tous comme un homme de modération et de dialogue, deux attributs qui lui étaient chevillés au corps. À propos de ce conflit sanglant qu’il tenta d’arrêter, au péril de sa vie et de celle de ses confrères religieux au sein du « comité de conciliation », l’évêque de Beyrouth alors, Mgr Khalil Abi-Nader, et l’abbé Boulos Naaman, il avait coutume de dire : « Les chrétiens en particulier et le Liban en général vont en subir les conséquences pour les vingt-cinq ans à venir. » L’avenir lui donna malheureusement raison.
Chaker Abou Sleiman savait élever la voix quand la nécessité se faisait sentir, pour rappeler les principes de droit et de dignité, ainsi que les valeurs de la coexistence qui ont forgé l’histoire et les fondements de l’État libanais. Son éloquence n’avait d’égale que l’autorité morale qui était la sienne, lui qui avait réussi le tour de force de se faire respecter par toutes les parties libanaises, quelles qu’aient été leur confession religieuse ou politique. C’est que son grand atout était peut-être cette faculté unique de savoir distiller avec un humour décapant les moments de tension, de doute ou de gravité, dédramatisant ainsi toute situation difficile. Son engagement national, ses convictions intimes, en harmonie avec les constantes historiques du patriarcat maronite, étaient associés à une grande capacité d’écoute et une volonté de conciliation. Il savait que le Liban était le fruit d’un combat immémorial pour la liberté et un « pacte » de coexistence sans cesse recommencé entre ses fils de toutes communautés. L’indépendance et la souveraineté du Liban demeuraient sa ligne directrice en toute circonstance.
Avec un franc-parler qui témoignait d’une grande liberté intérieure, il était devenu, à certains moments-clés, la voix authentique de la conscience libanaise. C’est cette voix qui fait cruellement défaut aujourd’hui, une voix rauque et puissante où le rire affleure aussi, jusqu’au coin des yeux, pour rappeler que sur cette bonne terre du Liban la joie de vivre et l’espérance finissent toujours par vaincre les heures sombres de la nuit.

 

Carole H. Dagher

Il y a dix ans disparaissait un grand patriote, homme de parole et de droit : Chaker Abou Sleiman. Celui qui fut un parlementaire brillant, président de la Ligue maronite et médiateur courageux en temps de guerre a laissé un vide qu’il a été difficile de combler depuis, au fil des bouleversements qui ont affecté la scène politique libanaise. En digne fils de Mtein, Chaker Abou Sleiman alliait le bon sens hérité de ses racines montagnardes à la prudence d’un avocat chevronné. Durant le terrible conflit interchrétien des années 1989-1990, Abou Sleiman fut l’ultime recours, lui qui était considéré par tous comme un homme de modération et de dialogue, deux attributs qui lui étaient chevillés au corps. À propos de ce conflit sanglant qu’il tenta d’arrêter, au péril de sa vie et de celle de ses confrères...