En attendant, et pas plus tard qu’hier, deux touristes brésiliennes et leur guide égyptien ont été enlevés par des Bédouins dans le Sinaï, selon des sources sécuritaires. Les trois personnes ont été kidnappées alors qu’elles revenaient du monastère de Sainte-Catherine. Selon un responsable de la sécurité, les touristes sont deux adolescentes, mais selon un autre responsable de la police, elles sont âgées de 18 et 40 ans, et l’un des ravisseurs réclame la libération de son fils, condamné à de la prison dans des affaires de trafic de drogue et d’armes.
Ces incidents sont les derniers en date d’une série de violences ayant mis dans l’embarras le pouvoir militaire, qui a été incapable de défendre un gazoduc alimentant Israël, saboté à 13 reprises en un an. Des attaques ont aussi visé la police ainsi que des touristes et des travailleurs étrangers brièvement enlevés.
Le Sinaï, où sont concentrées les stations touristiques les plus lucratives d’Égypte, est peuplé en grande partie de Bédouins longtemps négligés sous Hosni Moubarak et qui avaient pris les armes lors de la révolte qui a renversé l’ancien président. L’armée, qui a pris ensuite le pouvoir, peine à déloger ces groupes radicaux de cette région désertique et montagneuse de l’est du pays, où la population bédouine est lourdement armée et la troupe très peu présente en raison de la démilitarisation du secteur prévue par l’accord de paix israélo-égyptien. La péninsule constitue en outre un passage pour le trafic de drogue, la traite humaine et l’immigration clandestine en Israël, de même que la contrebande d’armes vers l’enclave palestinienne voisine de Gaza. Elle a été utilisée également pour commettre des attentats en Israël.
Depuis la chute du régime Moubarak en février 2011, le pouvoir militaire a de plus en plus de mal à imposer son autorité dans cette région. Après une tentative de mater les Bédouins l’année dernière, il tente aujourd’hui la négociation avec cette partie de la population locale et les islamistes radicaux. Pendant des décennies, la solution militaire dans cette région n’a pas seulement échoué mais a envenimé le problème. Entre 2004 et 2006, des dizaines de touristes ont été tués dans des attentats et les forces de Moubarak avaient arrêté des milliers de Bédouins dont certains ont été torturés selon des ONG.
« La racine des griefs dans le Sinaï remonte à très longtemps, et l’autorité du gouvernement y a toujours été faible », affirme Michael Wahid Hanna, un expert égyptien du centre d’études américain The Century Foundation. « Il y a un certain degré de discrimination, une relation d’adversité avec les Bédouins du Sinaï. Face à ce dysfonctionnement dans la relation, les autorités ont opté pour l’approche sécuritaire pour traiter avec les Bédouins », dit-il.
L’Égypte compte sur le tourisme et l’emploi dans cette péninsule pour renflouer ses caisses. Mais les Bédouins, qui constituent moins de la moitié des quelque 500 000 habitants de la région, en profitent peu. Nombre d’entre eux sont pauvres et illettrés. Les autorités « disent que le Sinaï est égyptien, mais je ne pense pas qu’elles y croient vraiment », affirme le militant bédouin des droits de l’homme Yahya Abou Nasira, emprisonné pendant 30 mois sous Moubarak. Elles « doutent toujours de notre loyauté ».
Pour Mohammad Fadel Shosha, ancien gouverneur de la région, le développement de la province est crucial pour faire cesser les violences. Mais les infrastructures et le développement agricole sont difficiles et « coûteux » dans cette région, dit-il, en soulignant la nécessité de construire de nouveaux canaux d’irrigation et de mettre en place une installation pour transporter l’eau dans les zones montagneuses. Cela se chiffre à plus de 400 millions de dollars, selon lui. Les investisseurs « ont les capitaux, mais ils ont peur », ajoute M. Shosha. Malgré la promesse des autorités militaires de développer la région, « rien ne s’est passé depuis la révolution. La situation s’est même détériorée. Le Sinaï est un navire sans capitaine », déplore M. Abou Nasira.
(Source : AFP)


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