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Diaspora

Les Arabo-Américains de Toledo : une assimilation menée à bien

Parution Un ouvrage récent bien documenté nous apprend comment les Arabo-Américains ont réussi à s’assimiler aux valeurs américaines dans une ville typique de ce pays.
19/03/2012
ILLINOIS, de Pauline M. KARROUM

Les Arabo-Américains à Toledo : assimilation culturelle et implication communautaire (Arab Americans in Toledo : Cultural Assimilation and Community Involvement), éd. University of Toledo Press, est le titre d’un livre récent dirigé par Samir Abu-Absi, libanais d’origine. Toledo est la quatrième ville de l’État d’Ohio. Ils sont plus de trente chercheurs et personnalités à avoir mis la main à la pâte. Ils ont effectué des entretiens avec des Arabo-Américains, rédigé des chapitres ou encore apporté des informations importantes.

Halte aux stéréotypes contre les Arabes
Il résulte de leur travail en commun un livre de 320 pages relatant d’abord l’histoire des premiers immigrés arrivés de Syrie dans les années 1880. Ensuite, la manière avec laquelle ces derniers ont marqué Toledo, ville connue comme étant la cité de verre. Certains Américains originaires du Moyen-Orient sont devenus par la suite des personnalités nationales éminentes, tels que Jamie Farr (Jamil Farah) ou encore Denny Thomas. Des chapitres leur sont d’ailleurs consacrés dans ce livre. Mais attention, il ne faut pas comprendre que Samir Abu-Absi a édité cet ouvrage pour chanter les louanges des Libano-Américains ou d’autres Arabo-Américains. Il a entamé ce projet pour combattre les stéréotypes qui pèsent sur les Arabes au sein de la société américaine. Il nous explique qu’il est important pour lui « d’informer le grand public américain afin de corriger les idées fausses véhiculées par les médias ». Malgré l’obtention pour son livre d’un prix attribué par le Musée national arabo-américain, catégorie fiction en 2011, il garde les pieds sur terre. Il note : « Nous avons effectué ce travail pour préserver certaines expériences et les souvenirs d’un groupe de migrants qui a eu une présence constante à Toledo depuis plus d’un siècle. » D’ailleurs, l’histoire de ces derniers installés à Ohio renvoie à celles d’autres immigrés qui se sont établis dans des États tels que l’Illinois, la Californie ou New York.

Une communauté multireligieuse
La majorité des immigrés arrivés aux États-Unis dans les années 1880 était composée de chrétiens ayant quitté leurs villages d’origine pour des raisons économiques et parfois politiques. Ils se rendaient au port de Beyrouth pour un voyage qui durait dix jours. Arrivés à Ellis Island ou à un autre port des États-Unis, ils se dirigeaient vers des États où ils avaient déjà des attaches, de la famille. Dès qu’ils s’installaient, les immigrés se regroupaient entre eux et composaient des quartiers appelés parfois « la petite Syrie ». Par la suite, ils fondaient des clubs portant le nom de leurs villages d’origine. Ils luttaient aussi pour créer des églises maronites ou orthodoxes, et tenaient à ce que leurs enfants apprennent la langue arabe. Après la Première Guerre mondiale, beaucoup ont pris la décision de rester aux États-Unis. Ils créent alors des clubs culturels et leur nombre ne cesse d’augmenter tout comme celui des femmes et des enfants. Des années plus tard, la troisième génération ne souhaite plus se distinguer de ses compatriotes américains. Pour cela, elle quitte les quartiers communautaires et se mélange aux autres Américains. Ce parcours est celui de la majorité des immigrés qui ont quitté la Syrie. Mais ce qui singularise les Libano-Syriens de Toledo, c’est que, d’un petit regroupement chrétien, ils ont composé une communauté multireligieuse prospère, dans un peu moins de cent ans. Outre les églises, ils ont construit aussi des mosquées pour permettre aux musulmans arrivés du Liban d’exercer leur culte. Selon Gaby Semaan, l’un des chercheurs de cet ouvrage, les musulmans de Toledo ont démontré qu’ils ont mieux assimilé les valeurs américaines que les musulmans de Michigan, par exemple. « Cela est attribué au fait que Toledo offre la possibilité aux immigrés de préserver leur héritage culturel et religieux. »

Un groupe harmonieux
Nous avons interrogé Samir Abu-Absi sur les stéréotypes frappant les Arabes qu’il a voulu combattre dans ce livre. Les choses commencent-elles à changer ? « Il est assez tôt pour mesurer l’impact d’un ouvrage qui a été récemment publié, répond-il. Cependant, j’ai déjà reçu plusieurs commentaires positifs ainsi que de nombreux messages d’encouragement de la part des lecteurs. Ce qui me porte à croire que le livre commence à avoir l’impact souhaité. Au niveau national, le livre a reçu le prix du Musée national arabo-américain, catégorie fiction, en 2011. »
Outre l’émergence d’une communauté multireligieuse, qu’est-ce qui singularise les Libano-Américains de Toledo ? « Il existe une réelle harmonie entre les divers groupes libanais qui transcende toutes leurs différences religieuses, leurs affiliations politiques, affirme Abu-Absi. Les Libano-Américains de Toledo s’entendent très bien entre eux et avec le reste de la communauté. Autre particularité, l’esprit d’entreprise qu’ils ont apporté avec eux et qui leur a permis d’avoir une présence visible. Partout où vous allez à Toledo, vous trouvez des sociétés prospères qui ont été établies par des Libanais. Par exemple, quelques-uns des meilleurs restaurants de la région offrent une authentique cuisine libanaise et portent des noms tels que Beyrouth, Byblos, les Cèdres. »

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