Moyen Orient et Monde

Couvrir la Syrie, un casse-tête logistique et sécuritaire pour les médias

Éclairage
OLJ
10/03/2012
Couvrir la Syrie est un casse-tête logistique et sécuritaire pour les journalistes, dont certains y ont déjà laissé la vie. Damas restreint drastiquement les mouvements de la presse dans le pays, et qui veut accéder aux rebelles n’a qu’une solution : s’infiltrer clandestinement, en général à partir du Liban ou de la Turquie. Le voyage, entrepris récemment par des journalistes de l’AFP, est long et épique : en voiture, à moto et à pied sur des chemins boueux avec sac et gilet pare-balles, avec pour guides des contrebandiers qu’il faut payer et/ou des insurgés.
Une fois entré, « se déplacer reste le plus difficile. Je suis resté bloqué quatre jours car je voulais aller dans la ville d’Idleb », dont des barrages gouvernementaux coupaient l’accès, raconte Luc Mathieu, reporter au quotidien français Libération. Et un avenir sombre attend a priori tout journaliste infiltré arrêté par des forces loyalistes qui torturent, mitraillent et bombardent sans discernement. Dans un article publié récemment par Foreign Policy, le journaliste de guerre Robert Young Pelton expliquait « ce que la Russie », fournisseur d’armes de Damas, « a appris à la Syrie : lorsque vous détruisez une ville, assurez-vous que personne, pas même l’histoire, n’en sorte vivant ».
Après le Français Gilles Jacquier le 11 janvier, la journaliste américaine Marie Colvin et le photographe français Rémi Ochlik ont péri le 22 février dans un bombardement à Homs. Selon des techniciens travaillant avec les rebelles, des services de renseignements occidentaux et M. Pelton, les forces du président Bachar el-Assad possèdent la technologie, fournie par la Russie qui l’utilisait en Tchétchénie, pour géolocaliser les émissions satellitaires, en particulier via des drones. Un journaliste de l’AFP en a vu un survoler la région de Homs. Comme l’AFP, Luc Mathieu a vu les rebelles devenir nerveux dès qu’il dégainait son téléphone satellitaire Thuraya : « On m’a dit “tu peux appeler une minute par jour, pas plus”. »
Les combattants conseillent également aux journalistes de relier leurs antennes Bgan (Internet par satellite) à leurs ordinateurs par un câble d’au moins 15 mètres... et de croiser les doigts : « Au cas où l’armée tire un obus vers le signal, vous survivrez peut-être. »
Autre difficulté, les opposants cherchent parfois à contrôler le travail des médias : la propagande est en marche dans les deux camps. Un reporter occidental, qui demande l’anonymat pour « pouvoir retourner avec les rebelles », avait ainsi photographié des cadavres de soldats semblant avoir été sommairement exécutés. Furieux, les insurgés ont exigé qu’il efface les clichés, sous peine d’être abattu. D’autres journalistes ont aussi fait preuve d’inattention, tel ce cameraman d’un média occidental qui avait diffusé, par erreur, une vidéo d’un responsable rebelle qui ne voulait pas, comme beaucoup d’autres, que son visage soit montré, par peur de représailles contre lui-même ou sa famille. Des hommes armés furieux ont voulu « tuer » le cameraman, a constaté un journaliste de l’AFP. Discussion, négociations : ils sont repartis avec la promesse que la vidéo serait retirée rapidement.
La mission terminée, il faut encore quitter le pays. Luc Mathieu a traversé une rivière à gué, de l’eau glacée jusqu’à la taille, pour finir chez la police turque. « J’ai passé 18 heures en garde à vue, ils me prenaient pour un agent secret étranger », explique-t-il en riant. Mais pour Robert Young Pelton, ces difficultés ne justifient pas de renoncer aux infiltrations, et il faudrait « plus de journalistes » en Syrie, « où un régime travaille avec diligence à plonger son peuple dans les ténèbres ».
Par ailleurs, l’envoyée spéciale du Figaro Édith Bouvier, rapatriée en France après avoir été grièvement blessée à Homs, a publié hier dans son quotidien un long reportage sur l’hôpital de campagne de Baba Amr
où elle a reçu les premiers soins. Dans son reportage, la journaliste décrit l’hôpital de campagne de l’Armée syrienne libre (ASL), « un immeuble quelconque » qui constitue cependant « une sorte de havre, un îlot d’humanité », témoignant que les « blessés s’y entassent, on les soigne avec presque rien », tandis que les obus et les roquettes continuent de tomber sur le quartier.

(Source : AFP)

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