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Mode

Fashion Week de Paris

Alors que s’achève la présentation des maisons inscrites au calendrier officiel de la Fashion Week parisienne, voici un petit aperçu des moments les plus marquants de cette folle semaine où le prêt-à-porter de l’automne-hiver prochain a pourtant paru plus sage que de raison. Un nouveau symptôme de la crise en cours ?

Le mannequin américain Karlie Kloss portant une création du couturier britannique Bill Gaytten pour Dior, le 2 mars 2012 à Paris.  Photo AFP/Francois Guillot

Le train bleu de Vuitton entre en gare
Une gare reconstituée dans la cour carrée du Louvre, une horloge siglée Vuitton et un bruitage de pas perdus. Une grille coulisse et, dans un halo de fumée, apparaît un train bleu façon Orient-Express. Dans le wagon, les chapeaux des filles se découpent en ombres chinoises.
Mercredi, au défilé de la marque, la locomotive siffle, dégageant de la vapeur. Une par une, les mannequins aux talons vertigineux et très hauts chapeaux cabossés au style 1900 descendent sur le quai-podium, d’autant plus immenses qu’elles sont suivies par de tout petits porteurs aux gants blancs, un bagage dans chaque main.
Astucieuse mise en scène: les filles, dont les très longs manteaux étirent encore la silhouette, ne sont pas encombrées, évoluant avec grâce autour du train rutilant. Et les sacs, qui font l’essentiel du succès de la marque, bénéficient de leur propre lumière.
Le petit monde de la mode s’amuse encore à raconter l’anecdote désormais mythique sur le New-Yorkais Marc Jacobs, créateur de Vuitton depuis quinze ans: lors de son premier défilé, il avait, effronterie ou étourderie, complètement oublié les sacs!
Le train «a été fabriqué rien que pour nous», s’émerveille en coulisses le styliste, épuisé mais chaleureux. Au coût sans doute d’une petite fortune. «Nous avons commencé à travailler sur son design il y a cinq mois, juste après le défilé sur le manège» aux couleurs barbe à papa en octobre, précise-t-il.
Il suggère de le recycler en «pop-up store», magasin éphémère pour la marque. «Ce serait dommage qu’il ne serve plus», ajoute-t-il, racontant que le manège spectaculaire de la saison dernière avait été démantelé mais ses chevaux incorporés dans des vitrines.

Marc Jacobs,
viril en robe noire
Ce train bleu «n’est pas un regard nostalgique sur le passé. On avait en tête la notion romantique d’un bel objet à regarder», explique le styliste tatoué de 48 ans, chevelure de jais et regard vert, qui parvient à rester viril en robe noire et godillots.
Les questions sur la «modernité» des vêtements l’agacent. «Ce sont les gens qui vivent dans la modernité, pas leur vestiaire», dit le créateur qui s’exprime en anglais.
La collection tourne, très simplement, autour de «l’idée du voyage». Quoi de plus évident pour un malletier. «Il ne s’agit pas de ce que j’ai pensé, vu ou imaginé. Je n’essaye pas de faire le malin ou de pontifier», dit Marc Jacobs, allergique aux intellectualisations fumeuses sur la mode.
Il a mis en scène des jupes longues sur des pantalons, réchauffés par des manteaux aux larges boutons scintillants ou des redingotes féminines qui s’allongent en s’arrondissant dans le dos.
Pour les matières, Jacobs est parti de «trucs plutôt moches, des laines de couvertures aux couleurs et aux motifs douteux. On les a brodés de cristaux et de motifs en plastique plissés» pour leur offrir de la brillance.
«J’aime bien l’idée de jouer avec un artisanat humble, ce côté naïf. Ajouter un bouton-bijou sur un manteau camel pour le rendre pimpant, c’est le truc le plus débile qui soit», explique le styliste, jouant les modestes.
À l’issue du défilé, les compliments pleuvent. «C’est un grand show, un vrai spectacle très luxueux», commente Catherine Deneuve, généralement discrète, qui a adoré les manteaux en peau d’autruche, à l’aspect de cuir piqueté.
«C’est un triomphe, du cinéma, magnifique», s’enthousiasme l’actrice américaine Sarah Jessica Parker, au célèbre rôle de fashionista dans Sex and the City. Le verdict laconique de Harvey Weinstein, le distributeur américain de The Artist interrogé par l’AFP: «J’aime son travail, ce mec est génial.»

Lanvin : spectaculaire défilé pour fêter les
10 ans du styliste
Alber Elbaz
La marque Lanvin a mis en scène un spectaculaire défilé vendredi soir, en présence de nombreuses stars, qui a laissé place à une fête avec orchestre et cotillons en l’honneur de son styliste Alber Elbaz, l’une des personnalités les plus admirées du milieu de la mode.
L’actrice de Hong Kong Maggie Cheung, l’Écossaise Tilda Swinton, Nathalie Baye, une fidèle, mais encore le rappeur Pharrell Williams ou l’effeuilleuse Dita Von Teese ont offert une standing ovation au couturier israélien.
Dans son éternel costume noir et nœud papillon, il est monté sur scène pour chanter le début de Que sera, sera: «C’est une chanson pour tous ceux que j’aime et qui m’ont aidé à réaliser mon rêve», a-t-il déclaré devant un public conquis.
Petits fours, champagne et énormes gâteaux aux couleurs pastel avaient accueilli les invités en début de soirée, avant un défilé au pas de charge qui s’est ouvert sur des couleurs vives et des matières très techniques pour le jour, notamment du néoprène, la matière des combinaisons de plongée.
Beaucoup de robes à larges volants, s’ouvrant parfois sur un dos nu, et de nombreux bustiers comme cette incroyable silhouette en velours noir, recouverte de volants plissés blancs que le modèle porte avec de longs gants en cuir et des talons rouge vif.
La fourrure est présente, notamment sur un manteau noir et blanc à poils longs ou ces fantaisistes étoles-boas bicolores, rose et violet par exemple.
Toute une série de «petites» robes noires, parfois brodées de larges motifs en cristaux, précède des modèles cuivrés et des robes du soir aux impressionnants drapés, complétées d’imposants bijoux.

Dior, coupes légères et matières opulentes mais toujours pas de couturier
La foule, les starlettes, le musée Rodin, la légèreté de l’organza et la douceur des cachemires: tous les ingrédients d’un défilé Dior étaient au rendez-vous vendredi 2 mars, mais sans le frisson d’anticipation de l’époque Galliano et en l’absence d’un nouveau couturier.
Pile un an après la disparition du flamboyant John Galliano, dans un parfum de scandale, les ventes de la maison n’ont jamais été aussi bonnes. Alors quelle urgence pour la maison Dior de lui nommer un successeur, son bras droit Bill Gaytten, spécialiste de la coupe, assurant l’intérim de façon efficace?
La multiplication de rumeurs, y compris les plus loufoques, ont dominé la Fashion Week parisienne en début de semaine. Mais le soufflé semblait retombé vendredi, la maison ayant fait comprendre qu’une annonce n’était pas imminente. Ce qui n’a pas empêché des centaines de tweets amusants, le petit monde de la mode se perdant en conjectures et mourant d’impatience.
Sidney Toledano, PDG de Dior Couture, s’en amuse: «Ça ne me déplaît pas», dit-il avec un sourire de chat gourmand. En l’absence d’informations fiables, «la rumeur va bon train, ce n’est pas bien grave», dit-il à l’AFP.
Il reprend son discours, usé et imperturbable, répété en marge de chaque défilé depuis un an. Patient et pro. «La pression, c’est le monde de la mode qui la vit, ça fait partie du jeu. Mais la nouveauté, on ne vit pas que de ça. Il faut construire. Moi je pilote, j’anime», explique-t-il.
La nomination du prochain directeur artistique prend du temps, «il y a un sillon à creuser, des graines à semer», ajoute-t-il, volontairement elliptique et visiblement détendu. «Ça avance. Le four est chaud», dit-il encore, façon message d’agent secret, sans laisser le moindre indice de ce qu’il en sortira.

« Pas de mains posées sur les hanches ! »
«Les ventes sont très bonnes, vous connaissez nos résultats, il n’y a pas à claironner», rappelle-t-il, précisant que celles de la collection couture présentée fin janvier sont «excellentes». Bien sûr, «la création reste un élément très important et le point de rencontre se fera à un moment donné, sans précipitation», réitère-t-il. Message reçu.
Le défilé s’est ouvert sur de nombreuses jupes en soie opulente ou cuir souple, allongées jusqu’à mi-mollet, sous des vestes courtes cintrées. Les filles, stricte queue-de-cheval dégageant leur visage, portent de longs gants en cuir et parfois de petits bonnets.
La plupart des robes sont sans manches, rajeunissant le look. Pour le soir, les robes bustier sont portées sur de fins tee-shirts couvrant la peau, pour un look plutôt sage et en même temps très immédiatement reconnaissable «Dior».
«J’ai voulu reprendre les codes Dior avec une approche un peu plus moderne, dépoussiérée», a expliqué à l’AFP Bill Gaytten dans la cohue des coulisses, où les top modèles se déshabillent ou se font retirer leurs extensions de cheveux tout en saluant poliment leurs nombreux groupies.
«Pas de manches, des encolures rondes et j’ai repris aussi le pied-de-poule présent dans la collection couture, mais de façon plus tonique», ajoute le styliste britannique.
Des consignes, écrites en grosses lettres, sont affichées au-dessus de la porte menant au podium, à l’intention des mannequins: «Pas de mains sur les hanches. Restez le plus près possible du centre et marchez vite!»
L’actrice américaine Mila Kunis, nouvelle égérie Dior, vient faire un petit tour, en robe rose poudré, comme la Française Isild Le Besco et plusieurs starlettes du cinéma hong-kongais.

Élégance urbaine chez Élie Saab
Défilant également vendredi, au dernier jour du calendrier officiel, le couturier libanais Élie Saab a présenté une collection pour une femme urbaine et perfectionniste le jour, dans une silhouette tailleur. Accentuée à la taille, incisée par des lignes précises, elle se découvre à la fois conquérante et contenue. Sûre et déterminée.
Prologue d’une collection complète, les premiers looks daywear appellent une jupe à basque soigneusement plaquée à la taille, un pantalon en tweed caviar ou une blouse «papillon» en mousseline et satin qui affûtent la silhouette.
Structurées, les coupes sont ajustées: gris anthracite, cendré, sable et vert empire, elles donnent libre cours à des robes gansées en double crêpe Georgette.
Marquées à la taille, les robes s’imposent à leur tour, accentuées ici et là par des pans plaqués, précis comme des ailerons. Plus en détail, elles se doublent, avec précision, de fines découpes et lignes ajourées.
Plus théâtrale, une cape en panne de laine noire succède à des manteaux gris souris en cachemire architecturés : ceinturés, ils enserrent la silhouette de manière sculpturale. Dans leur sillage, des fourrures aux accents fauves ou en vison vert mélèze les défient dans des volumes flous. Sauvagement élégants.
Par contraste, la dentelle se nervure tout en délicatesse à la manière d’une toile d’araignée stylisée, comme esquissée au fusain. Délimitée suivant des aplats géométriques, elle souligne encolures, décolletés et emmanchures avec un chic graphique. Dans sa suite, elle appelle un imprimé en mousseline qui évoque des branchages sombres légèrement mordorés...
Le soir venu, elle se glisse dans des fourreaux brodés, illuminés de paillettes en or mat, de pierreries cristallines. Sur elle, la lumière glisse avec la fluidité d’un clair de lune: reflets métalliques et limpides, échos argentés, opalins, perlés, elle scintille avec une élégance stellaire.
Le train bleu de Vuitton entre en gareUne gare reconstituée dans la cour carrée du Louvre, une horloge siglée Vuitton et un bruitage de pas perdus. Une grille coulisse et, dans un halo de fumée, apparaît un train bleu façon Orient-Express. Dans le wagon, les chapeaux des filles se découpent en ombres chinoises. Mercredi, au défilé de la marque, la locomotive siffle, dégageant de la vapeur. Une par une, les mannequins aux talons vertigineux et très hauts chapeaux cabossés au style 1900 descendent sur le quai-podium, d’autant plus immenses qu’elles sont suivies par de tout petits porteurs aux gants blancs, un bagage dans chaque main.Astucieuse mise en scène: les filles, dont les très longs manteaux étirent encore la silhouette, ne sont pas encombrées, évoluant avec grâce autour du train rutilant. Et les sacs, qui font...
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