Les gens de mer (huile sur toile, 2000).
Né à Beyrouth en 1927, de parents arméniens, Sarkis Artinian – pas encore Shart – montre, très jeune, des dispositions pour le dessin. À 15 ans, il est apprenti dessinateur au service géographique des FFL. À 20 ans, il part pour l’Italie et passe par Paris, où il fait la connaissance de Carzou, fréquente les ateliers de la capitale française et entame des recherches effrénées sur l’abstraction. Durant quelques années, ce passionné de dessin nourrira son talent de voyages et de visites de musées à travers l’Europe, où il décrochera même, en 1951, un prix de dessin en Scandinavie. Ce sera le premier des 17 prix internationaux qu’il glanera au cours de sa carrière.
Laquelle débute véritablement, en 1952, par une première exposition à Beyrouth, avant de décoller internationalement très rapidement après son installation à Paris où, naturalisé français, il vécut jusqu’à la fin de ses jours.
Soixante ans plus tard, c’est à Beyrouth, dont il gardait la nostalgie malgré des années passées en France – et où devait se tenir son ultime exposition programmée à quelques jours d’intervalle de son décès en janvier 2011 –, que ses fils ont voulu lui rendre un hommage à travers l’exposition d’une trentaine de ses œuvres de ses différentes périodes.
Un très bel accrochage, à but non commercial, auquel ont participé 17 collectionneurs en prêtant, gracieusement, leurs toiles jusqu’au 10 mars, à la galerie Hamazkayin*.
Laquelle déploie sur ses cimaises essentiellement des œuvres à l’huile, mais aussi quelques aquarelles, lithos et encres de Chine de ce peintre de la douceur des sentiments.
Car il se dégage de toutes les toiles exposées un expressionnisme tendre, un humanisme feutré qui, du portrait de la jeune Arménienne au regard triste baptisé Fille à la Colombe (daté de 1955 et la plus ancienne pièce de cette sélection) à la lumineuse scène de marché au poisson intitulée Gens de la mer, évoque la vie des gens d’un pinceau trempé dans une souriante sollicitude.
Un pinceau à la technique sans faille, traçant avec fermeté, vigueur et amplitude des lignes simples encerclant une palette chromatique d’une grande harmonie.
Un pinceau qui, au fil des années et des périodes thématiques, va se libérer et évoluer vers un dessin moins angulaire, des couleurs plus claires, veloutées et contrastées. Et qui, de la grave splendeur des paysages de Bretagne, de Neige en banlieue ou de Neige sur Montmartre (dans les années soixante), ainsi que des figures d’enfants tristes (de la même époque), va se diriger vers de joyeuses descriptions de corps de métier (Personnages de cirque, Famille de baladins, Marchands...) à travers des scènes de genre plus grouillantes et colorées.
L’hommage de Picasso
Plus il avance en âge, plus Shart semble ne vouloir retenir que les moments de grâce et le côté ensoleillé de la vie. La preuve, même les Quais de Notre-Dame, huile peinte en 1989, se nimbent d’une lumière rosée. Une tonalité qui imprégnera désormais l’ensemble des œuvres de cet artiste qui a conscience de la laideur du monde, mais lui tourne le dos.
Un artiste dont Picasso aurait loué le talent par ces mots: «Il y a des peintres qui transforment le soleil en une tache jaune, mais il y en a d’autres qui, grâce à leur art et à leur intelligence, transforment une tache jaune en un soleil. Shart fait partie des seconds.»
Un peintre dont l’art séduit les yeux et réchauffe le cœur!
* Bourj Hammoud, Shaghzoyan Center. Horaires d’ouverture : tous les jours de 10h à 20h. Tél. : 01/241262- 3- 4.

