Le procès avait débuté sous haute sécurité, dans une salle comble et une ambiance chaotique. Le juge a même dû suspendre l’audience pour obtenir le silence. Il n’y a pas eu d’arrestations, et seulement 14 des prévenus, tous égyptiens selon l’un d’eux, se sont présentés au tribunal pour réfuter les accusations « d’atteinte à la souveraineté de l’État » avancées par le parquet. Ils ont d’ailleurs été laissés en liberté jusqu’à la prochaine audience. Rappelons que quarante-trois membres d’ONG égyptiennes et étrangères, dont 19 Américains et d’autres étrangers selon une source judiciaire égyptienne, sont accusés d’avoir reçu des financements étrangers illégaux et d’ingérence dans les affaires politiques du pays.
« L’affaire est évidemment politique. Nous avons prouvé lors de l’enquête que nous n’avions rien fait de mal », a déclaré un des prévenus, Islam Chafiq. « Ces organisations ne cherchent ni à diviser l’Égypte ni à conspirer contre le pays comme le disent les médias officiels. Elles paient pour avoir cherché à sensibiliser les Égyptiens à la démocratie », a estimé un avocat de la défense, Tawhid Ramzi, ajoutant n’avoir pu consulter aucun document de l’enquête.
En outre, seuls sept des 19 Américains inculpés sont présents en Égypte, selon le responsable d’une ONG américaine, les autres ayant quitté le pays avant que l’interdiction de sortie du territoire ne soit prononcée. Certains, comme Sam LaHood, responsable de la section Égypte de l’International Republican Institute (IRI) et fils du ministre américain des Transports Ray LaHood, se sont réfugiés à l’ambassade des États-Unis. Et à part les Américains et les Égyptiens, il y a parmi les prévenus des Serbes, des Norvégiens, des Allemands, des Palestiniens et des Jordaniens, selon la justice égyptienne, qui a précisé que les organisations américaines National Democratic Institute (NDI) et Freedom House, ainsi que la fondation allemande Konrad Adenauer figuraient parmi les ONG concernées.
Entre-temps, des « discussions intenses » ont lieu entre Washington et Le Caire pour chercher à « résoudre la situation d’ici à quelques jours », comme l’a déclaré samedi soir un haut responsable américain. Dès le début de l’affaire, des élus américains avaient prévenu que le procès risquait d’avoir des conséquences irrémédiables sur les relations avec l’Égypte, partenaire essentiel au Moyen-Orient des États-Unis qui lui apportent une aide annuelle de 1,3 milliard de dollars. Sur ce point, les Frères musulmans qui dominent aujourd’hui l’Assemblée ont menacé de revoir l’accord de paix israélo-égyptien si les États-Unis décidaient de mettre fin à cette contribution.
Ces poursuites interviennent alors que l’armée fait l’objet de critiques de plus en plus vives pour sa gestion de la transition, en particulier parmi les mouvements prodémocratie qui ont participé au soulèvement de l’année dernière.
Malgré tout, la législation égyptienne, très restrictive pour les activités des ONG et héritée de l’époque de Hosni Moubarak, est restée en place. Au sein du gouvernement, l’action contre ces ONG est donc soutenue de manière très active par la ministre de la Coopération internationale Fayza Aboul Naga, déjà en place du temps de l’ancien président. L’évolution de ce dossier, vers le compromis ou le raidissement, pourrait donc influer sur son avenir politique tant elle s’y est impliquée personnellement, alors que ses motivations restent obscures.
Dans ce contexte, l’armée au pouvoir a invité les deux Chambres du Parlement à se réunir samedi pour élire les cent membres de l’assemblée chargée de rédiger la première Constitution du pays depuis le renversement du président Moubarak. Une lutte acharnée a déjà commencé en coulisses concernant la teneur de la future Loi fondamentale, qui définira l’équilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif, lequel aspire à réduire les importants pouvoirs du président.
(Source : agences)

