« La Jordanie est entre le marteau et l’enclume », résume l’analyste politique Mohammad Abou Roummane, soulignant que Amman « craint qu’une chute du régime Assad ne provoque le chaos en Syrie, affectant les relations stratégiques et économiques avec la Jordanie, ainsi que la sécurité dans le royaume et la région tout entière ». Selon lui, « une possible montée des islamistes en Syrie, particulièrement les Frères musulmans, pourrait pousser les islamistes de Jordanie à réclamer le pouvoir », ajoutant que « les islamistes, qui représentent la principale force d’opposition en Jordanie, conforteraient ainsi leur influence dans la région ».
En Égypte et en Tunisie, où des soulèvements populaires ont mis fin à des décennies de dictatures dites « laïques », mais aussi au Maroc, les partis islamistes sont apparus comme les grands vainqueurs des élections, récoltant dans les urnes les fruits des révoltes du printemps arabe. En Libye, ils sont également sur le devant de la scène. La Jordanie a accordé l’asile et la protection aux Frères musulmans de Syrie en 1982 après le massacre de Hama par l’armée syrienne. « Si le régime syrien réussissait à se maintenir au pouvoir, cela serait également inquiétant pour la Jordanie, cible de critiques virulentes des médias officiels syriens », relève M. Abou Roummane. Rappelons que le roi Abdallah II a été en novembre le premier dirigeant arabe à appeler au départ de M. Assad. L’ambassade de Jordanie à Damas avait aussitôt été la cible d’une attaque de partisans du président syrien.
« Si les islamistes prennent le pouvoir en Syrie (...) la Jordanie devra leur faire des concessions dans le royaume où ils mènent un mouvement de contestation réclamant des réformes », explique pour sa part Hassan Abou Hanieh, spécialiste des groupes islamistes. Ils réclament notamment des mesures fermes contre la corruption, alors que la dette publique s’élève à 18 milliards de dollars, dépassant 65 % du PIB.
Face aux craintes d’une poussée islamiste en Syrie voisine, les puissants « Ikhwan » de Jordanie se veulent rassurants. « Un régime islamiste ou tout autre changement en Syrie ne doit pas et ne devrait pas être dangereux pour la Jordanie », a ainsi déclaré Hammam Saïd, le chef des Frères musulmans de Jordanie. Même son de cloche chez Zaki Bani Rcheid, haut responsable du Front d’action islamique (FAI), pour qui ces « craintes sont injustifiées » : « Les islamistes sont complètement conscients des défis et croient en un véritable partenariat. »
Sur le terrain, un millier de manifestants, pour la plupart membres de l’opposition islamiste, ont défilé hier dans le centre de Amman pour réclamer des mesures susceptibles de « déraciner » la corruption et appeler à des réformes démocratiques « authentiques ».
(Source : AFP)


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