Christian Wulff et sa femme Bettina, juste avant qu’il n’annonce sa démission de la présidence.Johannes Eisele/AFP
Le parquet de Hanovre s’était saisi de l’affaire en réclamant jeudi soir au Bundestag (Chambre basse du Parlement) la levée de l’immunité – une première dans l’histoire de la République fédérale – après des soupçons de prévarications. Si cela se confirme et est certifié par le ministère de la Justice, M. Wulff qui encourt désormais des poursuites risque au moins trois ans de prison.
Ce conservateur que la chancelière Angela Merkel avait difficilement fait élire il y a 20 mois pour un mandat de cinq ans à un poste essentiellement honorifique, mais qui représente une autorité morale, a admis que la « confiance » de ses citoyens était « affectée ». « Pour cette raison, il ne m’est plus possible d’exercer mes fonctions. C’est pour cela que je démissionne », a déclaré solennellement M. Wulff, reconnaissant « des erreurs » tout en assurant n’avoir rien fait d’illégal. Comme le prévoit la Loi fondamentale (Constitution), l’intérim sera assuré par le président du Bundesrat (Chambre haute du Parlement, qui représente les États), Horst Seehofer.
Mme Merkel, chef de la première économie européenne vers laquelle tous se tournent en cette période de crise, a dû annuler in extremis une rencontre en Italie prévue hier avec le Premier ministre Mario Monti, pour des consultations sur l’euro. Elle a également annoncé la tenue de discussions avec les partis d’opposition, les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts, « pour proposer un candidat commun pour l’élection du prochain président de la République ». La secrétaire générale du SPD Andrea Nahles et le chef des députés Verts Renate Künast, dont les partis réclamaient la levée de l’immunité, ont immédiatement « salué » l’offre de la chancelière. Des consultations devaient donc débuter dans la soirée entre les partenaires de la coalition de la chancelière, ses Unions chrétiennes (CDU/CSU) et les Libéraux (FDP), leurs alliés. Les députés du Bundestag et les représentants de la société civile choisis par les Länder formeront une assemblée ad hoc qui a 30 jours pour élire un nouveau président.
M. Wulff était depuis mi-décembre sous la pression des médias et de l’opposition, accusé d’avoir profité de sa position à la tête de la Basse-Saxe (2003-2010) pour obtenir de multiples avantages financiers, puis d’avoir tenté d’étouffer ces affaires. Début janvier déjà, il avait refusé de démissionner. Le plus jeune président allemand faisait figure de conservateur moderne mais un peu terne jusqu’à ce qu’une série de scandales le propulse sur le devant de la scène médiatique. La presse lui reprochait ainsi d’avoir occulté un prêt, profité de vacances gratuites à l’étranger chez de riches entrepreneurs et d’avoir fait pression sur des journalistes, notamment sur le puissant journal Bild, afin d’empêcher la sortie de nouvelles révélations. Au sein de l’opinion, il avait de toute manière perdu tout crédit, 77 % des Allemands estimant son image durablement abîmée et 48 % voulant sa démission.
Élégant, souriant, M. Wulff avait été péniblement élu le 30 juin 2010 président, au troisième et dernier tour de scrutin, où la majorité simple suffisait. Une humiliation pour Mme Merkel qui le présentait, car la coalition gouvernementale disposait théoriquement de la majorité à l’Assemblée. La chancelière avait déjà eu du mal à trouver un candidat à installer au Château Bellevue après la démission surprise de Horst Köhler, victime de déclarations sur le rôle de l’Allemagne en Afghanistan qui avaient fait scandale.
(Source : AFP)

