Scène spectaculaire d’une maison bombardée à Homs. Photo YouTube/AFP
« Nous ne céderons pas face aux chars et aux canons », « Nous avons le peuple, ils ont l’armée », scandaient des manifestants dans la province d’Idleb, qui a connu des manifestations massives, à l’instar de la province de Deraa, où une personne a été tuée par des tirs. Les militants antirégime avaient appelé à entamer une « nouvelle étape » dans leur action et « ne plus rester les bras croisés » face à la répression de la révolte.
Les manifestations ne se sont pas résumées à la Syrie. Des milliers d’Arabes israéliens étaient rassemblés dans la ville de Kafr Kanna (nord de l’État hébreu) aux cris de « Bachar el-Assad dégage » et « laisse le peuple vivre ». Au Caire, des centaines d’Égyptiens et de Syriens ont manifesté devant l’ambassade de Syrie, réclamant notamment l’expulsion de l’ambassadeur.
Les violences d’hier ont fait au total entre 27 et 56 morts civils, selon les sources, dont 13 dans le quartier de Baba Amr à Homs, touché par le bombardement le plus violent depuis deux semaines. « C’est d’une violence extrême, on n’a jamais connu ça. C’est en moyenne quatre roquettes tirées par minute », a affirmé Hadi Abdallah, membre de la Commission générale de la révolution syrienne. « Il y a eu 1 800 blessés en deux semaines », a rapporté le docteur al-Hazzouri à Baba Amr, joint via Skype, évoquant des blessés « qui souffrent en attendant la mort ». Des militants dénoncent régulièrement une crise humanitaire à Homs, dont plusieurs quartiers manquent de vivres et d’aide médicale et peinent à communiquer avec le monde extérieur.
Consensus international
Le nouveau pilonnage de Baba Amr intervient au lendemain de l’adoption par l’Assemblée générale de l’ONU, à une écrasante majorité, d’une résolution dénonçant la répression et soutenant un plan arabe appelant au départ du président Assad. Ce texte a toutefois une portée essentiellement symbolique, les membres l’Assemblée ne disposant pas du droit de veto comme ceux du Conseil de sécurité, où Moscou et Pékin, alliés de Damas, ont bloqué déjà deux résolutions. « Nous n’accepterons pas qu’un dictateur puisse massacrer son peuple », a rappelé le président français Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse, hier à Paris, avec le Premier ministre britannique David Cameron, qui a appelé à « mettre au maximum Bachar el-Assad sous pression (...) pour qu’il arrête la boucherie actuellement en cours ». De son côté, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a estimé que le vote à l’ONU montrait « le large consensus international » pour exiger du régime de Damas qu’il mette fin à la répression. Amnesty International a émis le même avis, estimant que la résolution envoie un « message clair et sans équivoque » au régime Assad.
Toutefois, l’OTAN n’a aucune intention d’intervenir en Syrie comme elle l’avait fait en Libye en 2011, car elle ne dispose pas d’un mandat à cette fin des Nations unies, a déclaré le secrétaire général de l’Alliance, Anders Fogh Rasmussen. Interrogé sur le point de savoir si l’OTAN envisageait de s’impliquer dans de possibles opérations humanitaires, M. Rasmussen a également exclu cette éventualité.
Pour les Arabes, l’opposition doit s’unir
Et à Damas, quelques jours après l’annonce d’un référendum la semaine prochaine sur un projet de nouvelle Constitution ouvrant la voie au multipartisme, M. Assad parlait toujours de réformes, qui doivent cependant être concomitantes avec « le retour au calme ». Il s’exprimait en compagnie du Premier ministre mauritanien, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. M. Laghdaf était à Damas pour inviter le président syrien à collaborer avec la Ligue arabe. Les pays arabes, eux, veulent que l’opposition s’unisse avant de la reconnaître comme l’autorité légitime représentant le peuple syrien, a déclaré le ministre tunisien des Affaires étrangères, Rafik Abdessalem. Le 24 février se tiendra en Tunisie une conférence, organisée par la Ligue arabe, des « amis de la Syrie ». Plusieurs responsables du Conseil national syrien (CNS) se rendront à Tunis, mais M. Abdessalem a déclaré que le CNS ne serait probablement pas officiellement représenté à la conférence. Quant à l’Arabie saoudite, elle a mis en garde ses ressortissants contre tout voyage en Syrie. Parallèlement, le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, opposé à un « changement de régime amené par la force », était attendu hier soir en Syrie.
Dans le même temps, des divergences apparaissaient au sein de l’Union européenne qui pourrait revoir ses ambitions de durcir les sanctions contre le régime, selon des sources diplomatiques. L’UE a en outre réclamé la « libération immédiate » de deux figures de la révolte, le journaliste Mazen Darwich et la blogueuse Razan Ghazzawi, et des autres défenseurs des droits de l’homme arrêtés jeudi, ainsi que de tous les « prisonniers politiques ».
(Source : agences et rédaction)

