Des pompiers athéniens sécurisent les restes fumants d’un édifice incendié dans le centre de la capitale grecque.Louisa Gouliamaki/AFP
« Ça rappelle décembre 2008 », quand la mort d’un adolescent tué par un policier avait déclenché près d’un mois de violences urbaines, a affirmé le vice-maire en charge de l’entretien, Andréas Varélas. Le ministère de la Santé a fait état de 54 citoyens blessés, et la police de 68 blessés dans ses rangs. Cette fois, les casseurs ont visé une série de « bâtiments emblématiques, une dizaine d’édifices néoclassiques » du début du XXe siècle, a relevé M. Varélas.
Deux cinémas historiques sont notamment partis en fumée. « J’ai honte, c’est du hooliganisme », commente devant les débris fumants de l’un d’eux, le Melpo, une femme de 55 ans, agent de sécurité. L’Attikon, une icône du centre d’Athènes, est également totalement détruit par les flammes. La vision saisissante de l’édifice noirci, éventré, autour duquel s’activent une dizaine de pompiers, fige les passants et ralentit le trafic sur la grande avenue Stadiou, qui part de la place du Parlement. Beaucoup immortalisent le spectacle avec leur téléphone portable. Le cinéaste Nikos Kavoukidis grave les images sur un petit caméscope. « C’est la culture qui part en fumée », se désole ce directeur de la photographie dont la filmographie court sur plus d’un demi-siècle. « Il n’y a plus de culture, plus d’éducation dans ce pays. Que va-t-il nous rester ? La télévision et le football ? » interroge-t-il en filmant une femme qui harangue la foule pour dire sa colère « d’être esclave des Allemands ». « Est-ce qu’on aurait laissé le Louvre brûler ? Est-ce qu’un État organisé aurait laissé faire ça? » s’interroge un couple de passants.
Hier en fin de matinée, la place emblématique de la capitale, du quartier touristique de Monastiraki aux rues chics de Kolonaki, était déjà rendue aux Athéniens affairés : engins de nettoyage en action, planches de bois fraîchement clouées sur les bancs consumés en brasero, débris de marbre dégagés, evzones (gardes en tenue traditionnelle) et agents de circulation en lieu et place des forces antiémeute.
« On aurait pu attendre une meilleure réponse policière », admet M. Varélas, alors que plusieurs médias réclament la tête du ministre concerné. La police a annoncé 67 arrestations parmi les fauteurs de trouble qui, selon une source policière, ont sévi pendant des heures en petits groupes mobiles et très organisés. D’après la même source, ce noyau dur d’environ un millier de personnes a aussi sporadiquement entraîné dans la casse des centaines de « suiveurs ».
(Source : AFP)

