Il y a, d’une part, la survie de ce cabinet – jugé le meilleur possible pour le Hezb dans le contexte politique actuel – au prix de concessions répétées à son chef ; et, d’autre part, le besoin d’offrir un minimum de satisfaction au public du 8 Mars en lui ôtant le sentiment de plus en plus ancré que c’est la minorité centriste du gouvernement (Sleiman-Mikati-Joumblatt) qui impose le plus souvent sa volonté à la majorité.
Or l’évolution des choses, tant en ce qui concerne les répercussions de la crise syrienne qu’en ce qui a trait aux rapports entre les composantes gouvernementales, et singulièrement entre la minorité centriste et les ministres aounistes, fait que ce dilemme du Hezbollah s’aggrave de jour en jour.
Le premier à s’en plaindre est bien entendu le général Michel Aoun. Il est revenu hier à la charge sur la NTV, avec plus de virulence que jamais, affirmant que le président de la République et le Premier ministre ont contracté ensemble une « alliance démoniaque » et accusant Nagib Mikati d’avoir fait du Conseil des ministres son « épicerie ».
Ressortant une nouvelle fois sa théorie de l’État – qu’il défendrait, lui – contre la « société anonyme » – que les autres protégeraient – et du « citoyen » contre le « client », le chef du CPL a affirmé que si c’était à refaire, on ne l’y reprendrait plus à soutenir la candidature de Nagib Mikati au poste de chef du gouvernement.
Et dans l’immédiat, il a clairement fait savoir que son bloc s’opposerait fermement à toute velléité de révocation du ministre du Travail, Charbel Nahas, principal trublion de la classe, ou même à un changement d’attributions de ce ministre.
Cette dernière idée était dans l’air ces derniers jours pour satisfaire l’une des deux conditions posées par M. Mikati afin de reprendre les réunions du Conseil des ministres, suspendues depuis une dizaine de jours. Le Premier ministre réclame en effet que le décret concernant l’indemnisation des salariés au titre des transports soit signé par le ministre du Travail, ce que M. Nahas refuse toujours de faire. Il demande aussi un accord sur la « productivité » du Conseil des ministres, un terme qui signifie qu’aux yeux de M. Mikati, c’est le comportement des ministres aounistes qui rend le gouvernement si improductif.
En outre, les milieux centristes du gouvernement entendent mobiliser les députés chrétiens non aounistes pour faire front contre la tendance du bloc du Changement et de la Réforme et de son chef à s’approprier facilement la représentativité chrétienne, alors même que ce bloc ne dispose à la Chambre que de 22 sièges chrétiens sur 64.
Ces milieux voudraient, une fois pour toutes, faire comprendre au général Aoun qu’il n’est pas pour les chrétiens ce que Saad Hariri est pour les sunnites, Hassan Nasrallah pour les chiites et Walid Joumblatt pour les druzes ; qu’il est un leader chrétien parmi d’autres et non pas le leader chrétien. L’ironie du sort, c’est que ce sont à présent ces milieux centristes du gouvernement qui reprochent aux chrétiens du 14 Mars de ne pas faire assez sur ce plan pour répliquer au général Aoun et qui les exhortent à se mobiliser.
Quoi qu’il en soit, on n’est donc toujours pas sorti de l’impasse et on ne le sera pas tant que le Hezbollah n’aura pas tranché la crise que vit le gouvernement dans un sens ou dans l’autre. M. Mikati, pour sa part, reste relativement confiant : il sait parfaitement que le Hezb a besoin de lui, tout autant que le régime syrien. Certes, Damas est de plus en furieux contre sa politique de « tenir le Liban à l’écart » de la crise en Syrie et le fait savoir par le biais de ses porte-voix habituels et par d’autres moyens. Mais on craint fortement que l’alternative à M. Mikati ne soit... Fouad Siniora, bête noire du 8 Mars et des dirigeants syriens. Alors on se ravise au final et on se contente de ce que l’habile Tripolitain est en mesure d’offrir.
Ce dernier, quant à lui, manœuvre, et le fait bien. Satisfait, semble-t-il, de sa visite à Paris, où il s’est vu pourtant pressé de coller davantage aux positions de la Ligue arabe sur la Syrie et de protéger les opposants syriens réfugiés au Liban, il estime que les affrontements de Tripoli constituaient une sorte de mini-putsch à message dirigé contre lui et contre la France, une version miniature du coup mené par le 8 Mars contre Saad Hariri lorsqu’il se trouvait à New York.
Mais combien de distance M. Mikati pourrait-il se permettre de prendre vis-à-vis du régime syrien ? Toute la question est là. À la Ligue arabe, l’équilibrisme du Liban est toujours de mise (ni pour ni contre) : on l’a de nouveau constaté hier à l’occasion des dernières résolutions prises par le Conseil de la Ligue au Caire. Mais la littérature d’accompagnement prodiguée par le ministre des Affaires étrangères, Adnane Mansour, pour compenser l’effet de l’abstention, reste franchement d’inspiration baassiste. M. Mansour a ainsi sermonné ses collègues arabes au sujet de la tentation de reconnaître le Conseil national syrien (CNS, opposition), une reconnaissance qui, selon lui, « déstabiliserait la région ».
Qu’est-ce qu’il lui faudrait !


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Analyse bien fine. En termes moins fins : Un président de la République dégoûté du comportement politique populiste, démagogique et aventurier de.... (devinez qui) . Un président du Conseil des ministres épaté par son propre jeu et par la réputation de "grand joueur" de poker politique qu'on lui reconnaît. Un président de la Chambre éternellement brillant dans son habileté de donneur d'un "coup sur le sabot, un autre sur le clou" (dharbet 3alhefer, dharbet 3almismar), selon l'adage populaire libanais. Voilà pour ce qu'on a l'habitude d'appeler les "trois pouvoirs". Pour celui qui détient le réel pouvoir, le Hezbollah, grand embarras, grand "dilemme". Ce n'est pas aussi facile de mener un gouvernement de "chemises noires" que ne le suggère la bouche des Mohammad Raad, des Nawaf Moussaoui & Co. Finalement un général mal de tête de tout ce monde. Et le Liban ? Mais vous êtes drôle ? Qu'est-ce que le Liban a à faire dans tout ça ? Cela ne le regarde pas.
04 h 08, le 13 février 2012