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Moyen Orient et Monde - Éclairage

Haï ou adoré, Baltasar Garzon divise l’Espagne

Le juge controversé a été condamné à 11 ans d’interdiction d’exercer pour avoir ordonné des écoutes illégales.

Des défenseurs du juge Garzon ont manifesté jeudi soir à Madrid après qu’il eut été jugé coupable d’écoutes illégales. Photo Susana Vera/Reuters

Sa soif de médiatisation a secoué l’ambiance feutrée de la magistrature et ses enquêtes sensibles ont dérangé à droite comme à gauche : le juge Garzon, adoré ou haï, divise en Espagne au-delà de sa lutte contre les atteintes aux droits de l’homme.
« Honte suprême », « Garzon, neutralisé », déploraient notamment hier les deux quotidiens de gauche espagnols, El Pais et Publico. Leurs confrères de droite, El Mundo et ABC, ironisaient eux sur les méthodes dignes de « régimes totalitaires » du juge, reprenant les termes très durs du verdict publié jeudi. Car depuis sa condamnation polémique à 11 ans d’interdiction d’exercer pour avoir ordonné des écoutes illégales, l’Espagne se déchire autour du bien-fondé d’une décision prise à l’unanimité par les sept juges du Tribunal suprême de Madrid. « Il est victime d’une persécution », affirment six Espagnols sur dix interrogés par Metroscopia pour El Pais, juste après la publication du jugement. « Les tribunaux agissent toujours de bonne foi », a rétorqué Carlos Carnicer, le président du Conseil général du barreau espagnol.
Baltasar Garzon est condamné pour avoir ordonné des écoutes de conversations entre des suspects incarcérés et leurs avocats, en violation des droits de la défense, dans une enquête sur un réseau de corruption qui avait éclaboussé en 2009 la droite espagnole. Et ses inimitiés vont au-delà du clivage droite-gauche, selon son avocat dans le second procès controversé le visant pour son enquête sur les disparus du franquisme, Gonzalo Martinez-Fresneda. « C’est quelqu’un qui a pu déranger tous les secteurs du spectre politique, économique et social », expliquait-il avant l’ouverture de ce procès et dont on attend encore le verdict.
Ses sympathies affichées pour la gauche l’avaient même poussé jusqu’à faire partie du gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez, pour une courte parenthèse. Mais elles ne l’ont pas empêché d’enquêter dans les années 1980 puis 1990 sur les Groupes antiterroristes de libération (GAL), organisation secrète créée sous ce même gouvernement pour éliminer des membres de l’ETA. Célèbre pour avoir ordonné l’arrestation de l’ex-dictateur chilien Augusto Pinochet à Londres en 1998, Baltasar Garzon a de plus obtenu d’indéniables succès en 22 ans de lutte contre l’organisation indépendantiste basque ETA. Toutefois, ses enquêtes sur le terrorisme islamiste ou les trafiquants de cocaïne galiciens ont souvent été battues en brèche par les tribunaux, poussant ses détracteurs, certains au sein de la magistrature, à dénoncer un « juge star » plus préoccupé d’occuper la une des journaux que de ficeler ses dossiers. « Ce n’est pas un juge ordinaire », a ainsi reconnu le procureur Luis Navajas pendant son procès sur le franquisme. Dans une lettre ouverte diffusée quelques heures après la condamnation de son père jeudi, Maria Garzon Molina faisait d’ailleurs allusion aux « jalousies » qu’il suscite.
Controversé depuis ses débuts, Baltasar Garzon n’avait cependant jamais reçu un tir aussi nourri qu’en ouvrant son instruction en 2008 sur 114 000 disparus pendant la guerre civile espagnole et les premières sombres années du franquisme. « C’est peut-être la goutte qui a fait déborder le vase », s’interrogeait son avocat, M. Martinez-Fresneda.
(Source : AFP)
Sa soif de médiatisation a secoué l’ambiance feutrée de la magistrature et ses enquêtes sensibles ont dérangé à droite comme à gauche : le juge Garzon, adoré ou haï, divise en Espagne au-delà de sa lutte contre les atteintes aux droits de l’homme.« Honte suprême », « Garzon, neutralisé », déploraient notamment hier les deux quotidiens de gauche espagnols, El Pais et Publico. Leurs confrères de droite, El Mundo et ABC, ironisaient eux sur les méthodes dignes de « régimes totalitaires » du juge, reprenant les termes très durs du verdict publié jeudi. Car depuis sa condamnation polémique à 11 ans d’interdiction d’exercer pour avoir ordonné des écoutes illégales, l’Espagne se déchire autour du bien-fondé d’une décision prise à l’unanimité par les sept juges du Tribunal suprême de...
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