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Liban

Le barrage de Tannourine : leurre ou marché de dupes ?

La région de Tannourine est riche en ressources hydrauliques.

Rarement un projet vital et important aura fait couler autant d’encre et suscité une polémique aussi acerbe. Le barrage de Batroun annoncé en grande pompe par le ministre de l’Énergie et des Ressources hydrauliques et présenté comme un exploit en est-il réellement un ? Que cache ce tapage médiatique dont a fait l’objet cette entreprise dont l’envergure et le coût, somme toute raisonnables, seraient passés inaperçus en temps normal.
Tout part d’une évidence qui saute aux yeux. Une région souffre de sécheresse et s’évertue pour assurer ses besoins en eau potable ou pour irriguer les minuscules lopins qui servent de potagers à ses demeures rustiques, alors que ses cimes regorgent de sources et abritent des nappes phréatiques immenses. Un barrage offrirait la solution idéale d’autant plus que la nature escarpée et les crevasses profondes qui jalonnent sa topographie s’y prêtent admirablement bien. Le député de la région ainsi que le directeur général du ministère, tous deux natifs du village, s’étaient employés à faire de ce rêve une réalité. Ils y sont (presque) parvenus. En effet, les études et les plans ont été achevés, la mise en œuvre programmée, l’adjudication lancée et l’offre soumise par un entrepreneur local agréée, tant et si bien que l’article correspondant à ce projet avait été inscrit dans le projet de budget 2012.
Il n’y avait plus qu’à trouver les bailleurs de fonds. C’est à ce stade que les choses se sont gâtées. Les instances arabes et internationales ont été sollicitées et les dossiers examinés par leurs experts. Le ministre de l’Énergie et des Ressources hydrauliques, Gebran Bassil, s’est ensuite rendu en visite à Téhéran. Bien qu’une multitude de projets pressants soient dans ses bagages, il a choisi le barrage de Batroun pour quémander une donation à M. Ahmadinejad. Celui-ci lui accorde la somme de 40 millions de dollars (alors que l’adjudication se montait à 33 millions seulement). Des instructions ont été données à son homologue iranien pour concrétiser cette promesse et faire parvenir le montant aux intéressés selon la procédure réglementaire. L’ambassadeur d’Iran à Beyrouth s’exécute et adresse une lettre officielle en ce sens au ministre de l’Énergie (sans se soucier des précautions d’usage qui consistent à passer par la voie du palais Bustros).
La missive en question, datée du 31 octobre 2011, annonce que le gouvernement iranien accorde la somme impartie mais prend soin de spécifier qu’elle serait exclusivement consacrée aux fins préconisées. Jusqu’ici rien d’anormal. Cependant, l’ambassadeur propose de recourir à une firme iranienne pour exécuter les travaux. Quand bien même cette exigence avait été exprimée sous la forme diplomatique d’une suggestion, il ne faisait nullement de doute qu’il s’agissait d’une condition préalable dont il fallait tenir compte. Il n’est pas exclu que cette mise en scène ait été concoctée d’avance au cours des pourparlers et élaborée dans ses moindres détails dans les coulisses. Preuve en est que le projet de décret soumis au Conseil ne se prêtait à aucune équivoque : la firme iranienne est nommément désignée sans autre forme de procès.
Le comble est qu’aucun des ministres ne prend la peine de consulter les archives. La proposition est acceptée telle quelle sans se soucier de savoir si la tâche préalablement adjugée était toujours en vigueur et s’il y avait lieu d’abroger les résultats de l’adjudication antérieure.
Les députés de la région ainsi que les autorités locales concernées s’inscrivent en faux contre de tels agissements, non seulement parce qu’ils sont contraires à toute éthique, mais essentiellement en raison de l’exploitation dont ils feront l’objet par les deux parties impliquées.
D’une part, M. Bassil brigue à tout prix un siège parlementaire aux élections de 2013 et insiste à inscrire un tel trophée au palmarès de ses réalisations (concrètes ou fictives) qui iront enrichir les brochures de propagande destinées à émerveiller ses ouailles et à influencer leur vote en abusant de leur crédulité.
D’autre part, et c’est là où le bât blesse, les travaux seront effectués par une main-d’œuvre socialement et ethniquement étrangère. Au vu du nombre de familles qu’il sera question d’embaucher et de loger, les paramètres de la démographie locale ne manqueront pas de se modifier à moyen et long terme. Plus grave encore sera le prétexte que les nouvelles colonies qui viendront ainsi s’implanter nécessiteront une protection armée qui leur sera assurée par leurs coreligionnaires. Les précédents ne manquent pas. Il n’y a qu’à faire un saut en arrière pour se rendre à l’évidence que Tannourine pourrait subir le même sort que Haret Hreik, Lailaké, Hadeth, Hizzirta, Qmatiyé, Tarchiche et j’en passe, sinon dans l’immédiat, du moins dans un avenir pas trop lointain. Le tsunami ravageur de la suprématie du nombre ne serait plus une vue d’esprit. Autant en prendre conscience bien avant qu’il ne devienne une menace et, partant, prendre les mesures qui s’imposent pour s’en prémunir.
Tenant compte de la précarité de la présence chrétienne dans le seul pays de la région où elle a encore droit de cité et dans le souci de sauver de leurs privilèges et prérogatives ce qui peut encore l’être, nous nous étonnons du silence des instances religieuses et de leur passivité face à une telle perspective. Nous exhortons les preneurs de décision d’agir d’urgence pour empêcher une spoliation qui risque d’affecter le tissu social homogène de la montagne profonde. Quoi qu’il en soit, les habitants du village ainsi que ceux de la région environnante ne se laisseront pas faire. Ils auront recours à tous les moyens qui leur sont accessibles pour s’opposer à la menace d’aliénation qui est perçue comme une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes.
Qu’on se le tienne pour dit !

Mounir TORBAY
Maire de Tannourine
Rarement un projet vital et important aura fait couler autant d’encre et suscité une polémique aussi acerbe. Le barrage de Batroun annoncé en grande pompe par le ministre de l’Énergie et des Ressources hydrauliques et présenté comme un exploit en est-il réellement un ? Que cache ce tapage médiatique dont a fait l’objet cette entreprise dont l’envergure et le coût, somme toute raisonnables, seraient passés inaperçus en temps normal.Tout part d’une évidence qui saute aux yeux. Une région souffre de sécheresse et s’évertue pour assurer ses besoins en eau potable ou pour irriguer les minuscules lopins qui servent de potagers à ses demeures rustiques, alors que ses cimes regorgent de sources et abritent des nappes phréatiques immenses. Un barrage offrirait la solution idéale d’autant plus que la nature...
commentaires (11)

Je répète pour le dernière fois qu'on se respecte si on veut être respecté. Le machin Monsieur est celui de votre . )

SAKR LEBNAN

13 h 07, le 07 février 2012

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Commentaires (11)

  • Je répète pour le dernière fois qu'on se respecte si on veut être respecté. Le machin Monsieur est celui de votre . )

    SAKR LEBNAN

    13 h 07, le 07 février 2012

  • OK OK je reconnais...mias j'avais oublié(sic!) les milices,pour une fois;

    GEDEON Christian

    09 h 55, le 07 février 2012

  • En plus quand il faisait des fautes d'orthographe, le sieur Tasso s'excusait, la il n'ose plus avec Sakr machin.

    Jaber Kamel

    08 h 38, le 07 février 2012

  • A chaque tournant une contre-vérité ! Cela devient intenable. Les financements octroyés au Liban par les Fonds de développent de pays du Golfe sont des financements pour des projets que le gouvernement libanais élabore à son critère, qui sont soumis à des adjudications sous la loi libanaise et qui sont exécutés par des sociétés libanaises où il n'y aucun élément étranger, ni ingénieur, ni "pasdaran", ni quoi que ce soit. L'unique règle de contrôle de la part de ces Fonds arabes est qu'ils s'assurent que leurs financements vont pour les projets pour lesquels ils ont été accordés, sans aucune interférence dans l'exécution de ces projets. Ce sont de tels financements, qui proviendraient de ces Fonds arabes du Golfe, que le ministre de l'Energie Gebran Bassil refuse pour les projets d'électricité, préférant le financement par le trésor libanais.

    Halim Abou Chacra

    06 h 52, le 07 février 2012

  • Monsieur Gédéon, les autres dont vous parlez n'ont pas des mélices pour leur compte su Liban. Reconnaissez-le.

    SAKR LEBNAN

    06 h 44, le 07 février 2012

  • Les bataillons sont formés depuis bonne lurette et les drapeaux toujours en mains, nous étions, nous y sommes et nous y resterons pour les siècles des siècles. Le Liban à toutes ses communautés sans aucune exception. José Malha.

    Marie Jose Malha

    06 h 35, le 07 février 2012

  • Un complot Iranian ourdi et executé par le Hezbollah pour mettre la main sur les régions chrétiennes. A vos drapeaux citoyens chrétiens formez vos bataillons.

    SAKR LEBNAN

    04 h 41, le 07 février 2012

  • Je dois reconnaître qu'André n' a pas vraiment tort sur ce coup là...on fait en effet beaucoup moins de manières pour les financements en provenance du Golfe...dont acte!

    GEDEON Christian

    04 h 34, le 07 février 2012

  • - - Cherchez de quelle couleur politique est le Maire de Tannourine monsieur Mounir Torbay , et vous comprendrez les dessous de cette affaire et qui se cache derrière toute cette mise en scène et son refus injustifié ! Dois-je vous rappeler ICI , tous les dons Saoudiens pour le Batroun et Tannourine pour la construction d'écoles et d'hopitaux qui portent le nom de Rafik Hariri !? J'ai bien dit avec des capitaux Saoudiens et Koweitiens messieurs , sans que cela n'émeuvent personne et surtout pas , les adversaires de Cheikh Boutros , contre lesquels il mène personnellement cette guerre médiatique perdue d'avance , et plus particulièrement , contre son Rival et homme fort du Batroun et sa région , Le Magnifique Gendre .

    JABBOUR André

    02 h 16, le 07 février 2012

  • Il est archisûr que le maire de Tannourine, Mounir Torbay, a complètement raison. Voilà une entreprise libanaise d'engineering qui connaît le terrain d'un projet donné au Liban mieux que n'importe quelle société étrangère. Elle fait son étude pour ce projet, offre 33 millions de dollars pour son exécution, gagne l'adjudication et assure un nombre considérable d'emploi pour des ingénieurs et des spécialistes libanais. Et quel est l'issue de cette affaire ? Par des caprices connus, cette société libanaise est écartée avec les avantages qu'elle offre à son pays, au profit d'une société publique de la Répubique islamique iranienne aux intentions suspectes au Liban. Cette société fera un apport d'ingénieurs et d'ouvriers probablement gardiens de la révolution iranienne et consommera 40 millions de dollars, un soi-disant cadeau que le gouvernement iranien "offre" au Liban avec la main droite et reprend avec la main gauche. C'est tout simplement un scandale ! Le maire de Tannourine a bien raison de "s'étonner du silence des instances religieuses et de leur passivité face à une telle parspective". Le ministre de l'Energie et des Eaux, Gebran Bassil, ne peut-il pas profiter de son "cadeau" et exercer ailleurs qu'à Tannourine le populisme qu'il a appris ?

    Halim Abou Chacra

    23 h 40, le 06 février 2012

  • 40 millions au lieu de 33 millions?!7 millions de différence?la belle affaire...et les cigarettes?et la panoplie de pasdaran pour le petit?qui c'est qui va les payer,hein?qui c'est qui va les payer?Et les centaines?milliers? d'ouvriers et leur famille devront bien entendu être là au plus tard le 31/12/2012,hein?Comme par hasard,hein?Prêter des intentions electoralistes à M.le ministre?Allons bonvous chipotez...

    GEDEON Christian

    19 h 26, le 06 février 2012

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