« Il est temps de réécrire la Constitution », a ainsi affirmé le candidat indépendant Youssef el-Badah lors d’un récent rassemblement électoral. Plusieurs des 286 candidats libéraux, islamistes et indépendants se sont fait l’écho de cet appel à l’approche du scrutin, le quatrième en six ans en raison de crises à répétition entre le législatif et l’exécutif. « La Constitution date de 1962 et, depuis, tout a changé », a souligné de son côté l’ancien député libéral Abdel Rahman el-Anjari, à nouveau candidat, dans un communiqué, ajoutant que « le dilemme est que nous considérons notre pays comme un véritable État démocratique alors qu’il ne l’est pas, car la vraie démocratie permet un gouvernement élu ».
Signalons que le Koweït est la première monarchie du Golfe à avoir adopté une Constitution et un système démocratique en vertu duquel la dynastie des Sabah a accepté une formule de partage de pouvoir, un an après l’indépendance en 1961. Mais ce système se montre aujourd’hui incapable de sortir la crise politique de l’impasse, ce qui a mené les jeunes, inspirés par le printemps arabe, à descendre dans la rue pour réclamer des réformes en profondeur. « Une réforme du système politique est inévitable (...) mais elle doit se faire en coordination et avec la participation de la famille régnante », affirme l’analyste politique et blogueur Dahem al-Qahtani. « Je crois que la famille régnante n’est pas disposée à des amendements constitutionnels ou à donner plus de pouvoirs au peuple maintenant », a-t-il cependant tempéré.
Souvent considéré comme une demi-démocratie, le système politique koweïtien est à mi-chemin entre les régimes parlementaire et présidentiel, l’émir disposant de pouvoirs étendus. Contrairement à d’autres monarchies du Golfe, le Parlement dispose de pouvoirs législatifs et a le droit de questionner le chef du gouvernement et les ministres. Il peut leur retirer la confiance, mais uniquement à titre individuel. Le pouvoir des députés est cependant contrebalancé par le fait que les ministres deviennent automatiquement membres du Parlement, où ils forment un bloc constituant environ le tiers de l’Assemblée.
Rappelons que les appels à amender la Constitution se sont intensifiés à mesure que le pays s’enfonçait dans la crise politique, qui a provoqué la démission de sept gouvernements en cinq ans. Les élections anticipées ont été convoquées après la dissolution début décembre de la Chambre, consécutive à la démission du Premier ministre, cheikh Nasser Mohammad al-Ahmad al-Sabah, et de son gouvernement à la suite d’une vague de manifestations populaires. Les groupes de jeunes ont demandé l’établissement d’une monarchie constitutionnelle au sein de laquelle les membres de la dynastie des Sabah garderaient uniquement les postes d’émir et de prince héritier. Les Sabah accaparent jusqu’à présent les postes de Premier ministre et les ministères de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires étrangères. S’il n’est pas donné satisfaction aux jeunes, cela pourrait « les conduire à adopter d’autres moyens pour réaliser leurs objectifs, et cela pourrait conduire au chaos », a prévenu M. Qahtani.
(Source : AFP)

