Les sanctions économiques imposées par les Occidentaux à Téhéran affectent de plus en plus la vie quotidienne des Iraniens. Atta Kenare/AFP
Les sanctions bancaires imposées depuis 18 mois et encore renforcées lundi par les Américains et les Européens ont accéléré une inflation déjà galopante, et provoqué un effondrement de la monnaie. « Les produits étrangers qui dépendent du dollar ont augmenté entre 20 % et 50 % au cours des derniers mois », raconte Ali, le gérant d’une épicerie dans le nord de Téhéran. « En revanche, le gouvernement contrôle étroitement les prix des produits fabriqués en Iran », qui représentent 90 % des produits de la consommation. « Les produits laitiers n’ont par exemple augmenté qu’entre 5 et 10 % », ajoute-t-il.
Mais alors qu’officiellement l’inflation se situe autour de 21 %, les hausses réelles de nombreux biens de consommation courante ont été beaucoup plus importantes, accentuées par la chute du rial. La monnaie iranienne, longtemps surévaluée et que la Banque centrale a laissé filer ces derniers mois pour économiser les devises de ses exportations pétrolières, de plus en plus compliquées à rapatrier, a perdu près de la moitié de sa valeur en un an. Tous les produits importés, notamment l’électronique ou l’électroménager (ordinateurs, téléphones portables, téléviseurs, réfrigérateurs...) ont augmenté de plus de 50 %. Le prix de certains médicaments importés a également augmenté de plus de 30 %, et les livres étrangers sont devenus inabordables pour la majorité des Iraniens.
Pour tous ces produits, les importateurs devaient acheter leurs devises sur le marché parallèle, devenu depuis le début de l’année un marché noir où les cours ont explosé car le gouvernement limite désormais la vente officielle de devises aux importateurs de produits de première nécessité, notamment pour l’industrie.
Autre conséquence des sanctions qui ont coupé la plupart des circuits bancaires pour les échanges en dollars ou en euros, de nombreux Iraniens ayant de la famille à l’étranger rencontrent des difficultés pour leur envoyer de l’argent ou en recevoir.
Face à cette tourmente monétaire, la Banque centrale iranienne a décrété un taux fixe unique pour le dollar, qui sera de 12 260 rials.
Malgré tout, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a minimisé l’impact de ces nouvelles sanctions, en affirmant, comme l’ont répété tous les responsables iraniens ces derniers jours, qu’elles seraient sans effet sur l’Iran. « À une époque, 90 % de notre commerce se faisait avec l’Europe, mais aujourd’hui c’est seulement 10 %, et cela fait trente ans que les États-Unis n’achètent pas de pétrole à l’Iran et n’ont pas de relations avec notre banque centrale (...) Le peuple iranien ne sera pas affecté », a affirmé le président.
Par ailleurs, il a affirmé être prêt à reprendre les discussions avec les grandes puissances sur son programme nucléaire controversé. Les Occidentaux « affirment que l’Iran esquive les négociations, mais cela n’est pas vrai », a lancé M. Ahmadinejad, faisant valoir : « Pourquoi devrions-nous fuir les négociations ? Un pays qui est rationnel et qui est dans son bon droit (en matière nucléaire) ne craint pas les négociations. »
Rappelons que les principaux dirigeants européens et américains ont renouvelé ces derniers jours le souhait de voir l’Iran reprendre des négociations « sérieuses » avec le groupe des groupe 5+1 (États-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France et Allemagne), tout en affirmant que la balle était dans le camp de Téhéran. Il a en revanche accusé les Occidentaux, qui ont fortement durci leurs sanctions, de chercher à faire capoter une reprise des discussions.
Signalons par ailleurs que le Parlement iranien devrait examiner la semaine prochaine un projet de loi visant à interdire l’exportation de pétrole vers l’Europe.
La Chine a de son côté estimé que l’embargo imposé par l’Union européenne n’était pas « constructif » et espéré que les parties impliquées dans la crise du nucléaire iranien en reviendraient à une approche susceptible de mener à la paix et à la stabilité.
Pas de bombe nucléaire en 2012
Signalons finalement que l’Iran ne se lancera probablement pas dans la construction d’une arme nucléaire en 2012 car il n’est pas encore en mesure de fabriquer suffisamment d’uranium enrichi à usage militaire, affirme un organisme américain indépendant dans un projet de rapport. Selon ce projet de rapport, l’Iran n’a même pas encore pris la décision de se doter d’un arsenal nucléaire.
(Source : agences)

