Hier, la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, qui sert d’intermédiaire aux 5+1 (États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) face à l’Iran, a rappelé qu’elle « attendait toujours » une réponse à sa proposition de reprise des négociations sur le nucléaire iranien, qui remonte au 21 octobre. Les ministres européens des Affaires étrangères vont en conséquence adopter de nouvelles mesures qui s’ajoutent à une liste déjà longue : gels d’avoirs contre 433 sociétés iraniennes et 113 personnes, restrictions d’exportation de nombreux produits sensibles, interdiction des investissements dans le secteur des hydrocarbures... Cette fois l’UE s’attaque aux ressources pétrolières stratégiques du régime iranien, malgré ses menaces de fermer le détroit d’Ormuz, par lequel transite 35 % du trafic pétrolier maritime mondial.
Selon l’Agence internationale d’énergie, l’UE a importé 600 000 barils par jour d’Iran entre janvier et octobre 2011, essentiellement l’Italie, l’Espagne et la Grèce. D’accord avec ses partenaires européens sur le principe d’un embargo, la Grèce, qui en est le pays le plus dépendant, a encore des réserves sur sa mise en œuvre et a empêché jusqu’ici sa finalisation. Toutefois, l’UE pense avoir trouvé des fournisseurs alternatifs, notamment l’Arabie saoudite, pour compenser l’arrêt des importations d’Iran. Le temps de trouver une solution, un délai de transition devrait être décidé d’ici au 1er juillet avant de mettre fin aux contrats de livraison en cours, avec une « clause de révision » d’ici au 1er mai pour faire le point sur l’impact de l’embargo et le marché international du pétrole.
Les 27 gèleront également les avoirs de la Banque centrale iranienne. Mais l’UE ne devrait que partiellement suspendre ses transactions avec la banque, afin de « permettre au commerce légitime de se poursuivre » et à Téhéran de rembourser ses dettes, selon un diplomate européen. La banque Tejarat, qui a des filiales au Royaume-Uni, en France et en Allemagne, sera aussi visée.
Selon le président français Nicolas Sarkozy, les sanctions en préparation sont la « seule solution » pour écarter le risque d’une escalade militaire avec l’Iran. Alors que la Chine et la Russie s’opposent à des sanctions supplémentaires à l’ONU, « ceux qui ne veulent pas le renforcement de sanctions à l’endroit d’un régime qui conduit son pays au désastre avec l’acquisition de l’arme nucléaire porteront la responsabilité du risque d’un déchaînement militaire », a menacé M. Sarkozy. « Une intervention militaire ne réglerait pas le problème mais déchaînerait la guerre et le chaos au Moyen-Orient et peut-être, hélas, dans le monde (...). Le temps est compté. La France fera tout pour éviter une intervention militaire », a insisté M. Sarkozy.
De son côté, le président des États-Unis, Barack Obama, a défendu avec force sa politique dans le dossier de l’Iran, en affirmant que les sanctions imposées à Téhéran avaient créé la « pagaille » dans l’économie du pays. « Lorsque je suis arrivé au pouvoir, l’Iran était uni et le monde était divisé. Aujourd’hui, il y a une communauté internationale unie qui dit à l’Iran qu’il doit changer d’attitude », s’est-il félicité.
Toutefois, en dépit des sanctions, l’Iran continue de recevoir l’argent de son pétrole vendu à l’Inde via la Turquie, a déclaré Mohsen Ghamsari, directeur des affaires internationales de la Compagnie nationale iranienne du pétrole (NIOC), cité hier par l’agence Mehr. M. Ghamsari a en outre précisé que la Banque centrale iranienne avait « d’autres canaux » pour le transfert de l’argent du pétrole exporté.
Par ailleurs, le secrétaire général de l’AIEA a affirmé sa volonté d’avancer sur le dossier du programme nucléaire controversé de l’Iran, où une équipe d’experts de l’agence doit se rendre fin janvier, selon des propos rendus publics hier. « Il s’agit de la question la plus importante à notre ordre du jour (...) », a déclaré Yukia Amano. Enfin, l’AIEA a rejeté les accusations de l’Iran, qui laisse entendre que des fuites émanant de l’agence onusienne auraient joué un rôle dans l’assassinat le 11 janvier d’un scientifique spécialiste du nucléaire.
(Source : agences)

