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Liban - La Situation

À défaut du mouvement, l’illusion du mouvement

Ban Ki-moon était l’invité d’honneur du dîner donné par Michel Sleiman en son domicile. Y étaient notamment présents Nabih Berry et Nagib Mikati. Photo Dalati et Nohra.


La visite entamée par Ban Ki-moon hier au Liban a introduit un élément de nouveauté dans une actualité qui avait fini par devenir monotone et répétitive. Hélas, cette nouveauté est de pure forme. Ban Ki-moon n’apporte avec lui que son visage souriant, mais sur le fond, la situation reste invariablement bloquée sur tous les dossiers qui comptent, qu’ils soient en rapport avec Israël ou avec la Syrie, qu’ils portent sur les violations de la souveraineté libanaise par Israël ou des entorses commises par les forces syriennes à l’intérieur de nos frontières ; qu’il soient externes ou internes.
Selon notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, l’un des rares avantages de la visite du secrétaire général de l’ONU au Liban est d’avoir permis au chef de l’État de mieux faire saisir par son hôte les difficultés que le pays éprouve, dans l’état actuel du rapport de force interne, à détenir le monopole des armes et, par conséquent, à mettre en application les résolutions 1559 et 1701 de l’ONU. Ce qui explique peut-être son indulgence pour les trois attentats commis en 2011 contre les contingents français (deux fois) et italien (une fois) de la Finul.
L’une des réactions les plus intéressantes, ou disons les moins conventionnelles, soulevées par Ban Ki-moon hier est également due au chef de l’État. Ce dernier n’a pas manqué de relever l’immense contradiction qu’il y a à exhorter des dirigeants arabes à respecter les droits de l’homme et les principes de la démocratie, tout en se taisant sur ce qu’Israël fait des droits des Palestiniens, au nom de fumeux impératifs de sécurité, et tout en achetant des sous-marins allemands à capacité nucléaire à 800 millions de dollars pièce, aux frais du contribuable américain.
Sur le retrait de la partie nord du village de Ghajar – libanais de sol, syrien de population – Ban Ki-moon n’a rien apporté de neuf, sachant que les Israéliens répètent à l’envi que ce dossier est clos, à leurs yeux, et qu’il ne reste que sa mise en application. Pas plus qu’il n’a réagi à l’évident empiètement d’Israël – cartographique pour le moment – sur la zone d’exclusion économique du Liban en Méditerranée et les gisements de gaz qui s’y trouvent.
L’appel de Ban Ki-moon à la reprise du dialogue interne n’apporte pas non plus du neuf sur le fond, sinon le fait qu’il est lancé par le secrétaire général de l’ONU. Cet appel n’a pas impressionné outre mesure le Hezbollah, qui n’a pas hésité à dénoncer le suivisme du responsable onusien. On verra aujourd’hui l’impact que ce discours aussi neutre qu’évasif – notamment sur les violations israéliennes de la souveraineté libanaise – apportera de nouveau, au cours des rencontres que le secrétaire général aura avec les représentants de l’opposition.
Certes, il ne faut pas exclure que les propos de Ban Ki-moon au Liban aient porté aussi sur des sujets gardés confidentiels, que pourraient révéler et cacher à la fois son sourire ironique et la bonhomie avec laquelle il a traité la presse locale.

Les autres dossiers
L’actualité locale a par ailleurs été marquée hier par de discrètes déclarations des protagonistes du dialogue entre le Hezbollah et Bkerké, un jour auparavant. C’est ainsi que Mgr Samir Mazloum a affirmé que le siège patriarcal était « ouvert au dialogue », ce qu’on savait, mais qu’il n’en pense pas moins que le concept de souveraineté se marie mal avec la possession par une communauté, à l’exclusion des autres, d’armes de destruction massive, sous la forme d’une quarantaine de milliers de missiles.
La réponse de M. Ghaleb Abou Zeïnab n’a pas été ambiguë. Dans un entretien accordé à une chaîne de télévision, ce dernier a dit – poliment – que la question des armes ne regarde pas Bkerké, mais les institutions et la table de dialogue, et qu’avec Bkerké, « seules les causes nationales, en l’occurrence la force du Liban face à Israël (à travers la force du Hezbollah), sont abordées. En d’autres termes, pour M. Abou Zeïnab, Mgr Mazloum peut donc, tranquillement, à tête reposée, perdre ses illusions.
Écartés de l’actualité – ouf! – les dossiers des nominations et du réajustement des salaires devraient revenir en force dès lundi, date du prochain Conseil des ministres. Ce jour-là, l’entracte Ban Ki-moon sera terminé, et le morose bras de fer entre la majorité et la composante centriste du gouvernement aura repris ses droits. Le gouvernement réussira-t-il, la semaine prochaine, à s’entendre sur cette question? Réussira-t-il à approuver à l’unanimité des nominations à certains postes-clés : Conseil supérieur de la magistrature, secrétariat général du ministère des Affaires étrangères ? Il faut l’espérer, pour la bonne marche des institutions.
Face à ces horizons bouchés, des tentatives de faire bouger les choses sont esquissées. Ainsi en est-il de la récente réunion, à Harissa, d’un groupe de personnalités chrétiennes de divers horizons, qui tentent de lancer une « troisième voie », face au clivage 8 et 14 Mars. Quelles sont les chances de réussite d’une telle entreprise ? Plutôt minces, compte tenu des boulets politiques que traîne chacun des hommes qui la composent, et du caractère politiquement hétéroclite d’un tel rassemblement. Ce dernier s’est quand même promis de publier, le 20 janvier, une sorte de manifeste ou de document de base qui orienterait son action. Comme dirait Kipling : point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.
La visite entamée par Ban Ki-moon hier au Liban a introduit un élément de nouveauté dans une actualité qui avait fini par devenir monotone et répétitive. Hélas, cette nouveauté est de pure forme. Ban Ki-moon n’apporte avec lui que son visage souriant, mais sur le fond, la situation reste invariablement bloquée sur tous les dossiers qui comptent, qu’ils soient en rapport avec Israël ou avec la Syrie, qu’ils portent sur les violations de la souveraineté libanaise par Israël ou des entorses commises par les forces syriennes à l’intérieur de nos frontières ; qu’il soient externes ou internes.Selon notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, l’un des rares avantages de la visite du secrétaire général de l’ONU au Liban est d’avoir permis au chef de l’État de mieux faire saisir par son hôte les...
commentaires (1)

Excellente analyse de la situation qui se résume en une phrase : Rien ne bouge sauf les langues qui prétendent que ça bouge. Parfaite vue sur le dialogue entre Bkerké et le Hezbollah : "Mgr Mazloum peut tranquillement, à tête reposée, perdre ses illusions". La majorité des Libanais n'en ont pas eu du tout pour en perdre. Sur les choses essentielles rien ne sortira de ce dialogue. Le Hezbollah n'y cèdera pas un milimètre, vu qu'il se considère détenteur de la vérité absolue et du droit exclusif de vue sur le Liban. Il est le seul à avoir un "Guide suprême" pour le pays.

Halim Abou Chacra

02 h 37, le 14 janvier 2012

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Commentaires (1)

  • Excellente analyse de la situation qui se résume en une phrase : Rien ne bouge sauf les langues qui prétendent que ça bouge. Parfaite vue sur le dialogue entre Bkerké et le Hezbollah : "Mgr Mazloum peut tranquillement, à tête reposée, perdre ses illusions". La majorité des Libanais n'en ont pas eu du tout pour en perdre. Sur les choses essentielles rien ne sortira de ce dialogue. Le Hezbollah n'y cèdera pas un milimètre, vu qu'il se considère détenteur de la vérité absolue et du droit exclusif de vue sur le Liban. Il est le seul à avoir un "Guide suprême" pour le pays.

    Halim Abou Chacra

    02 h 37, le 14 janvier 2012

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