Les heurts les plus violents se sont produits à Kano, la métropole du Nord à dominante musulmane, où deux personnes ont été tuées par balles et une trentaine ont été blessées, selon un responsable hospitalier. Dans cette ville, la police a lancé des grenades lacrymogènes et tiré en l’air contre des milliers de manifestants qui tentaient d’envahir les bureaux du gouverneur de l’État, selon plusieurs témoins. Ils ont également tenté d’incendier le domicile du gouverneur de la Banque centrale Lamido Sanusi et mis le feu au bureau du chef de l’administration régionale. Suite à ces incidents, les autorités locales ont décrété un couvre-feu nocturne dans la ville de 18h00 à 8h00. De même, les rues de Lagos, capitale économique du premier producteur de pétrole d’Afrique, étaient complètement vides, à l’exception de milliers de manifestants. Des jeunes y avaient aussi bloqué un important axe routier en enflammant des pneus, jetant des pierres sur les policiers. Un dirigeant syndical a par ailleurs signalé la mort également par balles d’un troisième manifestant dans cette même ville. À Abuja, la capitale fédérale, d’importantes manifestations ont également eu lieu, rassemblant des milliers de personnes.
Les syndicats exigent ainsi que le gouvernement rétablisse les subventions dont la suppression le 1er janvier a entraîné une brusque hausse des prix de l’essence qui affecte la plupart des Nigérians, tant pour les transports que pour l’alimentation des générateurs d’électricité. Le litre à la pompe est donc passé du jour au lendemain de 65 nairas (0,30 euro) à au moins 140 nairas alors que la plupart des 160 millions de Nigérians vivent avec moins de deux dollars par jour.
Si l’activité était largement à l’arrêt dans les grandes villes, la production de pétrole, 2,4 millions de barils par jour, n’a pas été affectée par la grève, ont par contre assuré des responsables du secteur.
Mosquée incendiée
Cette grogne sociale intervient sur fond de tensions politico-religieuses qui font craindre une escalade des violences entre musulmans et chrétiens qui peuplent à parts égales le Nigeria. Des manifestants ont en effet attaqué une mosquée de Benin City, dans le Sud, et un bureau de change tenu par un musulman, faisant plusieurs blessés légers, selon la police.
Depuis les sanglants attentats du jour de Noël qui avaient fait au moins 49 morts, six nouvelles attaques contre des chrétiens dans le Nord majoritairement musulman ont fait plus de 80 morts. La majorité de ces raids ont été revendiqués par Boko Haram, un groupe islamiste qui réclame l’application de la charia (loi islamique) dans l’ensemble du pays.
Dimanche, le président Jonathan avait admis pour la première fois que Boko Haram, un groupe assez mystérieux, disposait de soutiens et de sympathisants au sein du Parlement, de la justice et des services de sécurité.
Le pape Benoît XVI s’est d’ailleurs personnellement inquiété hier de cette montée des violences interconfessionnelles.
(Source : AFP)

