La mission des observateurs de la Ligue arabe est à ce jour un échec et les combattants de l’Armée syrienne libre (ASL) sont prêts à reprendre l’offensive si la situation n’évolue pas rapidement, a menacé le colonel Riad el-Assaad, le commandant des forces insurgées. « Si nous avons le sentiment que les observateurs ne sont toujours pas sérieux dans les prochains jours, au plus tard dans une semaine, nous prendrons une décision qui surprendra le régime et le monde entier », a-t-il affirmé, dans une interview à Reuters.
Notons que la semaine dernière, le colonel Assaad avait annoncé qu’il avait ordonné à ses troupes de cesser le combat pendant la visite des observateurs de la Ligue arabe, sauf dans les cas de légitime défense. La suspension des hostilités, ajoutait-il, devait donner aux observateurs l’occasion d’agir et de « démontrer que c’est le régime qui est criminel ». Mais hier le colonel a déclaré que la présence de la mission de la Ligue arabe en Syrie n’avait pas stoppé les effusions de sang. D’après les informations obtenues de sources proches de l’opposition, au moins 129 personnes ont été tuées au cours de la première semaine de mission des observateurs. D’autres groupes avancent jusqu’à 390 morts. « Ce qui semble le plus probable à présent, c’est que nous déclenchions une vaste escalade de nos opérations », a prévenu M. Assaad. Il ne s’agira pas d’une déclaration de guerre pure et simple, a-t-il précisé, mais d’« un changement transformateur de notre manière de lutter », ajoutant que « nous espérons que le peuple syrien le soutiendra ».
Insoumis v/s armée régulière
Sur le terrain, « au moins 18 membres des forces de sécurité ont péri à l’aube à Jassem après que des dizaines de soldats de l’armée régulière eurent quitté les rangs loyalistes avec leurs armes », a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). « Pendant leur fuite, les agents de sécurité du commissariat de Jassem leur ont tiré dessus et des affrontements s’en sont suivis. Les corps ont été transportés dans un hôpital gouvernemental et les agents de sécurité ont arrêté plus de cent personnes parmi les habitants », a ajouté l’OSDH.
Par ailleurs, au moins 21 civils ont encore été tués hier, selon al-Arabiya. Ainsi, deux jeunes hommes, âgés de 20 et 28 ans, ont péri par les tirs des forces de sécurité dans le quartier de Qoussour à Hama. Trois autres civils ont été tués à Homs, où cinq civils, dont une femme, ont été blessés par les forces gouvernementales qui ont tiré sur des manifestants qui attendaient l’arrivée d’une équipe d’observateurs de la Ligue arabe, a affirmé l’OSDH.
Face à ces violences continues, les militants prodémocratie syriens ont dénoncé le « manque de professionnalisme » des observateurs de la Ligue arabe dépêchés en Syrie. Les Comités locaux de coordination (LCC), qui organisent les manifestations sur le terrain, ont appelé le chef de la Ligue arabe et les observateurs à « annoncer leur impuissance à mener seuls cette mission et demander l’aide des organisations internationales concernées », indiquant que « le non-respect des horaires de leur arrivée dans des lieux précis ont fait que de nombreuses personnes ont été tuées ». « Les officiers et les soldats de l’armée portent des costumes de policiers, conduisent des véhicules militaires repeints et changent le nom des lieux, mais cela ne signifie pas que l’armée s’est retirée des villes et des rues ni que le régime applique les clauses du protocole » arabe, ont en outre dénoncé les LCC.
Rappelons que le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, avait demandé lundi « l’arrêt total des tirs » en Syrie où la répression a fait plus de 5 000 morts depuis mars, selon l’ONU. « Les chars se sont retirés des villes et de leurs environs. Mais selon certaines informations, des tireurs embusqués continuent à opérer depuis les toits de bâtiments et il y a des violences continuelles », avait affirmé M. Arabi.
Washington demande à l’ONU d’agir ; Paris s’énerve
Face à cette situation, la Maison-Blanche a estimé que la Syrie n’avait pas respecté ses engagements vis-à-vis de la Ligue arabe et qu’il était « largement temps pour le Conseil de sécurité (de l’ONU) d’agir » pour « soutenir les aspirations légitimes des Syriens ». Évoquant les « tirs de snipers embusqués, les actes de torture et les meurtres qui continuent », le porte-parole du président Barack Obama Jay Carney en a conclu qu’il est « évident que le cahier des charges (du plan de sortie de crise arabe) n’a pas été respecté » par le régime syrien.
Le président français Nicolas Sarkozy a quant à lui répété que M. Assad devait « quitter le pouvoir », et son ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a estimé que « les conditions dans lesquelles se déroule cette mission d’observateurs méritent d’être clarifiées ».
Sauf que cette mission reste « utile politiquement, moralement et psychologiquement »... C’est ce qu’a affirmé hier le chef du Conseil national syrien (CNS) Burhan Ghalioun depuis Lisbonne, estimant qu’ « il faut passer par cette étape pour (...) apporter la preuve que ce qui se déroule en Syrie est une révolution d’une population pacifique ». Le comité ministériel arabe sur la Syrie doit d’ailleurs se réunir samedi au Caire pour examiner un rapport préliminaire du chef de la mission d’observateurs.
Notons que le bureau exécutif du CNS a annoncé hier soir son rejet de l’accord signé récemment avec un autre groupe de l’opposition, le Comité national pour le changement démocratique (CNCD). « Ce texte est en contradiction avec le programme politique du CNS et avec les demandes de la révolution en Syrie », affirme le CNS sur sa page Facebook, ajoutant que « les membres du bureau exécutif ont appelé à l’unanimité à l’adoption d’un nouveau document qui sera présenté par le CNS aux forces et personnalités politiques (...) et qui sera en phase avec les revendications des jeunes de la révolution ». Le CNS a expliqué avoir signé le 30 décembre au Caire un texte qui « incluait des idées premières devant encore être débattues et ne constituait pas un document politique » comme il a été présenté par le CNCD. Selon le CNCD, cet accord, signé par le chef du CNS Burhan Ghalioun et un membre du CNCD, Haytham Manaa, « rejette toute intervention militaire qui porte atteinte à la souveraineté et à l’indépendance du pays ».
Entre-temps, 25 prisonniers d’opinion ont entamé une grève de la faim pour réclamer une visite des observateurs dans la prison d’Adra près de Damas, a indiqué l’OSDH. L’organisation a en outre appelé M. Arabi à réclamer la libération de Faten Rajab Fawaz, professeur de physique interpellée le 26 décembre à Douma, près de Damas, où elle anime la contestation et dont on n’est depuis sans nouvelles. Et le Centre syrien pour la presse et la liberté d’expression a demandé aux autorités une enquête sur le meurtre du journaliste Choukri Abou Bourghol, un assassinat condamné par la fédération des syndicats de la presse arabe.
Signalons finalement que le parti Baas a annoncé, comme si de rien n’était, la tenue en février de son 11e congrès régional.
(Sources : agences et rédaction)


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C'est dans la ville de Damas que tout se jouera...et à Alep aussi...et pour le moment...
20 h 15, le 03 janvier 2012