C’est autour d’un blog, « Victimes PIP » (Afectadas PIP), créé par une avocate, Virginia Luna, que le mouvement prend forme. Andrea parle devant une vingtaine de femmes qui trouvent dans ce blog des conseils juridiques et aussi un lieu pour calmer leurs craintes. « L’idée est de créer un groupe qui réunisse toutes les personnes concernées, quel que soit leur cas », explique Virginia Luna aux femmes qui écoutent autour d’elle. « J’ai reçu des appels de victimes d’Espagne, de Venezuela et d’autres pays : un réseau de solidarité internationale est en train de se mettre en place », ajoute Luna, qui déplore qu’ « en Argentine, ni l’Anmat ni le ministère de la Santé n’ont réagi face à un problème de santé publique ».
Cette angoisse remonte au mois d’avril 2010, lorsque l’Administration nationale des médicaments, aliments et technologie médicale (Anmat) interdit en Argentine l’importation, la commercialisation, la vente et l’utilisation des implants mammaires de la société française Poly Implant prothèse (PIP). En France, l’Agence des produits de santé (Afssaps) venait d’annoncer le retrait du marché de ces implants. L’entreprise était ensuite placée en liquidation. Il n’y a pas de statistiques officielles, mais selon plusieurs avocats spécialisés, entre 13 000 et 15 000 femmes sont porteuses de ces prothèses en Argentine. Ces chiffres se basent sur le nombre de prothèses importées.
L’Afssaps recommande en France depuis septembre 2010 un renforcement de la surveillance et le retrait des prothèses en cas de suspicion de rupture. Le ministère de la Santé français prend en charge les frais médicaux et chirurgicaux, ainsi que le remplacement pour les patientes relevant d’une chirurgie du cancer du sein.
Un gel industriel frelaté qui remplaçait frauduleusement le silicone médical déclaré est soupçonné d’être à l’origine d’un taux anormal de ruptures de la prothèse. L’affaire, révélée à l’automne 2010, a rebondi après l’annonce de cancers chez plusieurs femmes porteuses, dont deux sont décédées. Le lien entre les cancers et le port de ces implants n’est cependant pour l’instant pas établi.
Parmi les femmes réunies à Buenos Aires, aucune n’affirme souffrir d’un cancer, mais Claudia Rolon, 31 ans, opérée en 2007, se plaint d’une malformation. « Peu de temps après l’opération, je suis allée revoir le chirurgien car j’ai constaté que j’avais un sein plus bas que l’autre », dit-elle. « Il m’a dit que tout allait bien, mais j’ai été voir ensuite un autre médecin, qui a trouvé qu’il y avait eu une rupture et que j’avais du silicone liquide dans le corps », raconte-t-elle. « J’ai une inflammation et je dois être opérée, mais je ne veux pas revoir le chirurgien qui m’a opérée : je ne lui fais pas confiance, poursuit-elle. Depuis un mois, j’attends de pouvoir être opérée dans un hôpital public. »
Virginia Luna essaye de les rassurer. « Il y a un seul coupable : la compagnie française qui a trafiqué ces prothèses, dit-elle. Mais en Argentine, en tant que consommateurs, nous avons des droits et l’État doit assumer son rôle. »
Une seule clinique privée argentine a offert, à ce jour, de prendre en charge le retrait des prothèses. Mais les victimes refusent car le remplacement n’est, lui, pas pris en charge.
(Source : AFP)

