« Il y a beaucoup d’attentes quand on offre un cadeau », indique la psychothérapeute Sylvie Tenenbaum, auteur de Ce que disent nos cadeaux. Dans cet acte, il y a à la fois « offrir, recevoir, et puis rendre. Quand on offre un cadeau, même si ce n’est pas complètement conscient, on attend un remerciement, mais il y a aussi une attente beaucoup plus inconsciente, le retour ». « Pour celui qui reçoit, l’attente est très forte », souligne Sylvie Tenenbaum. « Si j’offre un cadeau qui correspond à la personne, elle va être très contente. Mais si je tombe à côté, elle va se dire : “Il/elle ne me connaît pas, ne me comprend pas, pourquoi il/elle m’offre ça ?” Il va y avoir une déception, souvent cachée derrière un sourire de convenance, ou un autre cadeau raté lorsque le destinataire fera à son tour un présent. » Le cadeau de Noël est « un cadeau obligé, mais qu’on peut prendre beaucoup de plaisir » à faire, souligne-t-elle.
Pour les enfants, « on ne le fait pas par obligation, on a envie de leur faire plaisir, qu’ils soient émerveillés. C’est pourquoi le marché du jouet se porte bien », indique de son côté Pascale Hébel, directrice du département consommation au Crédoc. « Là où c’était une obligation sociale, et on voit que les choses bougent, c’est pour les adultes. Ce qui se développe, c’est qu’on tire au hasard le nom de quelqu’un de la famille, et chacun fait un cadeau au lieu de dix. Comme il y a des limitations économiques depuis quatre-cinq ans, on va trouver de nouvelles façons de faire pour que ce ne soit plus une contrainte », explique-t-elle.
Sylvie Tenenbaum a demandé à ses patients ce qu’ils faisaient de leurs cadeaux de Noël. « Il y en a qui ont une armoire pleine, mais qui sont dans l’affectivité et n’osent pas s’en séparer, et peuvent les ressortir quand la personne vient les voir, comme un vilain vase », indique-t-elle. D’autres les donnent au Secours populaire, à la Croix-Rouge, etc, ou bien les revendent sur Internet pour s’offrir « le cadeau dont ils avaient envie ». Sans oublier les échanges dans les magasins, nombreux la première semaine de janvier. « En général, les gens rajoutent un complément, c’est intéressant » pour les distributeurs, relève par ailleurs Antoine de Riedmatten, associé au cabinet Deloitte.
Les déceptions ont toujours existé, « mais elles s’expriment plus, elles sont beaucoup plus visibles parce qu’il y a ces phénomènes de revente », note Pascale Hébel, évoquant une « déculpabilisation ». Y compris pour des cadeaux qui ont plu, mais dont on est venu à bout de l’usage : jeux vidéo, romans...
(Source : AFP)

