Les bouleversements vécus par certains pays arabes depuis un an ont connu plusieurs appellations : printemps arabe(s), soulèvements populaires, révolutions, réveil arabe, et même guerre civile, dans le cas de la Libye. Tout le monde n’est pas d’accord sur la terminologie.
Dans le cadre d’une table ronde à l’Université américaine de Beyrouth, animée par Rami Khoury, directeur du Issam Farès Institute, trois intervenants se sont penchés sur la question, tentant de définir les origines de ces événements pour mieux les nommer : Rabab el-Mahdy, activiste et assistante professeure de sciences politiques à l’Université américaine du Caire et coauteure de Egypt : The Moment of Change ; Tarek Mitri, ancien ministre et chercheur au Issam Farès Insitute, et Fawaz Traboulsi, écrivain, historien et journaliste.
Rabab el-Mahdy a commencé par rejeter certains labels qui ne correspondent pas, selon elle, à la réalité de ces bouleversements, qualifiant le terme de « réveil » d’« insultant, parce que cela suggère que les peuples concernés étaient morts, ce qui est faux ». Elle estime en outre que ces soulèvements « ne sont pas sortis de nulle part. Ils ont toujours été présents, latents, mais les médias n’ont pas su leur prêter attention », a-t-elle déploré, rappelant que plusieurs tentatives de révolution avaient déjà eu lieu, mais avortées et/ou réprimées, notamment en Égypte (2006-2009), en Irak lors de l’invasion américaine, à Gaza.
Mme el-Mahdy ne veut pas non plus du label « printemps », comme « printemps de Prague », jugeant que la principale revendication des populations arabes « n’est pas la démocratie au sens occidental du terme, et ne s’arrête pas aux élections précédant les transitions ». C’est beaucoup plus que cela, a-t-elle affirmé, assurant que ces revendications étaient davantage économiques et sociales. Enfin, elle critique ceux qui parlent d’avant et d’après la révolution alors que l’on ne peut que considérer qu’elle continue, malgré des élections et la disparition des dictateurs honnis. « C’est un processus en cours, qui ne s’arrête pas avec un changement de gouvernement », a-t-elle insisté.
Pour Tarek Mitri, le terme le plus approprié serait celui de « révolutions démocratiques arabes », dont la pluralité correspond le mieux à ces soulèvements distincts les uns des autres. « Le terme de “printemps” semble refléter l’aspect bref et passager de ces révoltes, alors que ce n’est pas le cas », a-t-il également relevé.
Enfin, Fawaz Traboulsi a estimé qu’« il faut se pencher sur les causes de ces révolutions, ainsi que les slogans des manifestants, qui exprimeraient le mieux leurs revendications : “Le peuple veut la chute du régime” ; “Du travail, la liberté, du pain”, etc. La jeunesse arabe a de plus en plus pris conscience qu’elle vivait sous la férule de “kleptocraties” corrompues, sans connaître le sens de redistributions de richesses », a-t-il indiqué. « Ce n’est pas une coïncidence quand on sait que le monde arabe connaît le plus haut taux de chômage et a la population la plus jeune au monde... Ces jeunes ont appris qu’il ne suffisait pas de rechercher la démocratie, qu’il lui fallait une feuille de route. Et il semble qu’ils l’aient trouvée dans la rue », a-t-il conclu.
S.M.

