De ce fait, cinq jours après des manifestations sans précédent de l’opposition qui conteste la victoire du parti au pouvoir Russie unie aux élections du 4 décembre, l’homme fort du pays a répondu pendant plus de quatre heures aux questions généralement sans aspérités de journalistes, de personnalités, et à celles, sélectionnées, de ses concitoyens. Une séance de communication télévisée à laquelle il se livre tous les ans depuis une décennie, sur un ton volontiers paternaliste, en présence de nombreuses personnalités comme le cinéaste Nikita Mikhalkov et le chef d’orchestre Valeri Guerguiev.
« Le fait que les gens s’expriment sur ce qui se passe dans le pays, c’est une chose absolument normale. Tant que cela reste dans le cadre de la loi », a ainsi déclaré M. Poutine. « À mon avis, le résultat de ces élections reflète indéniablement l’état des forces dans le pays », a-t-il ajouté. Quelques minutes plus tard, il a toutefois dénoncé à nouveau des tentatives de « déstabilisation » ourdies à partir de l’étranger et affirmé que l’opposition avait payé des jeunes gens pour manifester. « Franchement, quand j’ai vu à l’écran ce que certains avaient sur la poitrine, ce n’est peut-être pas très correct, mais j’ai cru que c’était pour la propagande de la lutte contre le sida, que c’étaient, disons, des contraceptifs », a aussi ironisé M. Poutine à propos du ruban blanc devenu le symbole de la contestation. « Nous aimerions être alliés aux États-Unis, mais (...) parfois j’ai l’impression que l’Amérique ne veut pas d’alliés, qu’elle veut des vassaux », a ajouté M. Poutine. Il avait accusé Washington la semaine dernière d’avoir encouragé un scénario du « chaos » en Russie et d’y consacrer des « centaines de milliers de dollars ».
Selon lui, le véritable objectif de l’opposition, dont un des principaux slogans est « La Russie sans Poutine ! », est l’élection présidentielle de mars à l’occasion de laquelle il a annoncé son intention de revenir au Kremlin. Président de 2000 à 2008, M. Poutine est depuis lors chef du gouvernement faute d’avoir pu enchaîner plus de deux mandats consécutifs, mais il est resté le véritable homme fort du pays. De même, Vladimir Poutine a vanté son bilan économique, avec « des indicateurs bien meilleurs et bien plus stables » que dans les pays européens, et mis en garde contre le risque de répercussion de la crise mondiale sur la Russie.
Nostalgique affiché de la puissance soviétique, il a également répété ses regrets à l’égard de l’explosion de l’URSS, survenue en décembre 1991. « Il aurait fallu constamment et courageusement, sans rester la tête dans le sable et le cul en l’air, lutter pour l’intégrité territoriale de notre État », a-t-il dit, avec le langage volontiers populaire qu’il affectionne en ce genre d’occasion. Vingt ans après, la Russie est toujours menacée, a affirmé M. Poutine, se positionnant clairement en leader providentiel, à trois mois de son retour annoncé au Kremlin. « Je ne dirais pas que tout est réglé et que tout est stable », a-t-il mis en garde, « il suffit de faiblir un peu et beaucoup de gens comprendront ce que sont les vraies difficultés, quand il ne faudra pas descendre dans la rue, mais aller combattre les terroristes ».
Enfin, il a promis qu’il quitterait le pouvoir dès qu’il sentirait qu’il n’a plus le soutien du peuple. « Quand je ne sentirai plus ce soutien, je ne resterai pas un jour de plus », a assuré M. Poutine, qui pourrait se maintenir au pouvoir pour deux nouveaux mandats, allongés dernièrement à six ans, soit jusqu’en 2024.
Dans ce contexte, M. Poutine a été désigné « homme de l’année » en Russie, selon un sondage publié hier par l’institut Fom, proche du pouvoir. Le sondage a été réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 1 500 personnes en Russie les 10 et 11 décembre, au moment des grandes manifestations de l’opposition contestant les résultats des législatives du 4 décembre remportées par le parti de M. Poutine avec près de 50 % des voix.
(Source : AFP)

