À Deir ez-Zor la grève générale a été suivie, les magasins sont restés fermés. Photo YouTube
La grève a été « très largement suivie » dans la province de Deraa ainsi que dans la plupart des localités de Jabal el-Zaouia à Idleb, près de la frontière turque, a ainsi précisé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), citant des militants sur place. Près de Damas, les forces de sécurité ont tenté d’ouvrir de force les magasins à Harasta et ont procédé à des arrestations, comme à Douma, où la grève était observée à 90 %. Al-Jazira a signalé de son côté que les magasins d’Alep qui suivaient la grève ont été vandalisés par les chabbiha alors que les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants. À Homs également « la grève a été suivie à 100 % dans les quartiers opposés au régime », toujours selon l’OSDH. Des images vidéo diffusées par des militants ont montré des rues complètement désertes, des échoppes et des écoles fermées. Des militants prodémocratie ont en outre signalé sur Internet que la grève était suivie dans plusieurs quartiers de Damas, mais la vie suivait son cours normal dans le centre de la capitale.
Rappelons que dimanche est un jour ouvert en Syrie, où le repos hebdomadaire est observé le vendredi et le samedi. « La plupart des facultés de l’Université de Damas, notamment celles de médecine, d’ingénierie informatique et d’économie, ont observé la grève », ont indiqué de leur côté les Comités locaux de coordination (LCC), un des groupes qui organisent les manifestations sur le terrain. Selon eux, cette grève marque le début d’une campagne de désobéissance civile qui doit se poursuivre sous d’autres formes : fermeture de routes, sit-in, grèves dans les universités ou les transports, coupures volontaires des téléphones portables... Les opposants ont d’ailleurs massivement manifesté hier soir contre le régime.
Encore et toujours des morts
Devant la détermination des opposants, les autorités ont poursuivi leur campagne de violences : 55 morts vendredi et samedi, et 22 civils hier à travers le pays. Selon l’OSDH, quatre civils ont ainsi été tués par des tirs des forces gouvernementales à Kafar Takharim, dans la province d’Idleb. Un adolescent de 16 ans a aussi été tué par les tirs de la sécurité à Tafas dans la province de Deraa et un autre civil a péri dans cette même province peu après son arrestation par les forces de sécurité, selon la même source qui ne précise pas les circonstances de sa mort. Cinq civils, dont deux enfants, ont par ailleurs été tués à Homs, encerclée par de nombreux chars et des milliers de soldats, selon des militants qui redoutent « un massacre » imminent. À Douma, deux civils, un jeune homme de 30 ans et une femme de 42 ans, ont péri sous les balles de tireurs embusqués.
Parallèlement, de nouveaux et violents affrontements ont opposé des insoumis et l’armée régulière dans la province d’Idleb, où deux véhicules de transports de troupes ont été incendiés, et dans celle de Deraa, où « trois chars de l’armée ont été incendiés et plusieurs personnes blessées », a indiqué l’OSDH. Des soldats issus principalement de la 12e brigade blindée basée à Isra, à 40 km de la frontière jordanienne, ont également attaqué la localité voisine de Bousra al-Harir où, comme dans la localité voisine de Loujah, se cachent les insoumis. Le bruit d’explosions et de tirs nourris de mitrailleuses a été longuement entendu. « Loujah est l’endroit le plus sûr pour que se cachent les transfuges de l’armée parce que le terrain, formé de collines rocailleuses, est difficile à infiltrer pour les fantassins et les blindés », a expliqué un opposant, qui se fait appeler Abou Omar, précisant que « la région comporte des grottes et des passages secrets, et rejoint la campagne des environs de Damas ».
Ghalioun et les institutions étatiques...
Entre-temps, le président du Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la plupart des courants de l’opposition, Bourhan Ghalioun, a déclaré vouloir préserver les institutions du pays. « L’opposition n’est plus prête à négocier avec des assassins », a-t-il rappelé dans un entretien à l’hebdomadaire Der Spiegel daté de lundi, poursuivant : « Mais elle est prête à parler aux fonctionnaires civils et militaires qui ne représentent pas le régime mais les institutions. » « Nous ne voulons pas refaire les erreurs qui ont été commises en Irak, nous voulons que les institutions publiques, et avec elles l’ordre et la paix sociaux, soient conservées », a-t-il insisté, à l’heure où le régime de M. Assad, qui continue de faire comme si de rien n’était, appelait les citoyens à voter en nombre pour les élections municipales prévues aujourd’hui.
Notons par ailleurs que dans un communiqué, le premier groupe pétrolier canadien Suncor Energy a annoncé qu’il suspendait ses opérations en Syrie et qu’il rapatriait ses salariés expatriés pour cas de force majeure.
Signalons finalement que l’ambassade de Syrie à Amman a affirmé qu’un groupe de personnes s’était introduit dans la chancellerie et s’en était pris au personnel et à des diplomates.
(Sources : agences et rédaction)

